Municipales 2020: A Besançon, la division entre marcheurs « hypothèque » leurs chances de garder la ville

REPORTAGE Dans la cité comtoise, des marcheurs rejettent le choix du parti présidentiel, qui a investi le député Eric Alauzet pour le scrutin local

Laure Cometti

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Les relations sont tendues entre le maire sortant de Besançon, Jean-Louis Fousseret (à gauche) et le député Eric Alauzet qui veut lui succéder aux municipales de mars 2020 (à droite), tous deux membres de LREM.
Les relations sont tendues entre le maire sortant de Besançon, Jean-Louis Fousseret (à gauche) et le député Eric Alauzet qui veut lui succéder aux municipales de mars 2020 (à droite), tous deux membres de LREM. — JC Tardivon/SIPA
  • Pour les municipales, La République en marche (LREM) a investi environ 600 candidats dans les villes de plus de 9.000 habitants. Dans certaines communes, le choix acté au QG parisien a déplu aux marcheurs locaux, entraînant une trentaine de dissidences selon le parti présidentiel.
  • A Besançon (Doubs), le candidat officiel de LREM Eric Alauzet se retrouve en campagne face à la dissidente Alexandra Cordier, qui présente une liste sans étiquette soutenue par le maire LREM sortant.
  • Les divisions locales des marcheurs pourraient faire perdre au parti présidentiel l’une des seules grandes villes qu’il détient.

De notre journaliste à Besançon (Doubs),

Une pluie fine tombe ce jeudi sur la citadelle de Besançon, qui surplombe le centre historique. Lovée dans un méandre du Doubs, la ville fortifiée fait figure d’exception : elle est, avec Lyon, l’une des seules communes de plus de 100.000 habitants dirigée par un maire membre de La République en marche. Son maire, l’ancien socialiste Jean-Louis Fousseret, a rallié Emmanuel Macron dès 2016.

Mais le macronisme pourrait n’être qu’une parenthèse de quatre ans dans l’histoire de la cité comtoise. A 73 ans et 366 conseils municipaux au compteur, l’édile élu en 2001 ne briguera pas de quatrième mandat les 15 et 22 mars prochains. Les marcheurs bisontins, divisés sur le choix de sa succession, partent en ordre dispersé pour le scrutin municipal, au risque d’offrir la victoire à EELV alliée à la gauche. « Nos chances sont gravement hypothéquées », s’alarme un cadre du parti.

La décision du QG contestée localement

La rupture est actée courant 2019. Deux marcheurs briguent alors l’étiquette LREM : le député Eric Alauzet et la référente départementale du Doubs Alexandra Cordier, soutenue par le maire sortant. Le 10 juillet, le parti choisit d’investir le parlementaire du Doubs. « Cette décision prise à Paris était injuste, Eric et Alexandra n’ont pas joué à armes égales et les adhérents locaux auraient dû avoir leur mot à dire », se souvient Patricia Roland, militante LREM.

Le 15 novembre, Alexandra Cordier annonce qu’elle démissionne de ses fonctions de référente départementale. Dans son sillage, sept marcheurs quittent leurs responsabilités locales. « Par solidarité », précise Patricia Roland, ancienne «responsable élections» de LREM dans le Doubs. « Mais je suis toujours marcheuse ». A Paris, la direction appelle au rassemblement et au dialogue. Mais rien n’y fait : en décembre, la marcheuse dissidente annonce qu’elle se lance elle aussi en campagne.  Sans créer d'hémorragie, selon l'entourage d'Eric Alauzet, «les 400 marcheurs du comité LREM de Besançon et la branche locale des Jeunes avec Macron» ayant choisi de soutenir le candidat investi. 

La permanence d'Alexandra Cordier, candidate à Besançon pour les municipales.
La permanence d'Alexandra Cordier, candidate à Besançon pour les municipales. - L. Cometti / 20 Minutes

Une trentaine de dissidences

La situation est loin d’être exceptionnelle : à Paris, Lyon, Annecy, Sens, Lille, Le Mans, Orléans, deux marcheurs sont en lice pour les municipales. LREM décompte « une trentaine de dissidences » dans les villes de plus de 9.000 habitants. « On est sur du résiduel, quelques cas de gens qui n’ont pas accepté nos décisions », relativise la parlementaire et porte-parole Laëtitia Avia.

Au QG, on déplore ces initiatives « personnelles » mais on ne compte pas intervenir à ce stade. « Dans beaucoup de sondages, les candidats dissidents sont à la peine. Ces chiffres ont plus d’effets que nos coups de fil », pointe Marie Guévenoux, députée et coprésidente de la commission en charge d’investir les candidats.

« Il faut des visages nouveaux », selon le maire sortant

A Besançon, l’implication du maire sortant corse l’affaire. Non seulement Jean-Louis Fousseret ne soutient pas le candidat investi par son parti, mais il défend Alexandra Cordier et figure même sur la liste, en 56e position. « Je ne suis pas d’accord avec le choix du parti, mais je distingue totalement le local du national. Je reste un soutien d’Emmanuel Macron », explique-t-il de sa voix rocailleuse, attablé dans un café à deux pas de la mairie.

« Je connais bien Alexandra, elle a travaillé 11 ans à mes côtés, elle est courageuse, pugnace et brillante, défend-il. Il faut des visages nouveaux pour poursuivre ce que j’ai fait à Besançon. 85 % des gens sur sa liste sont neufs en politique. Sur celle d’Eric Alauzet, il y a beaucoup d’anciens élus ». Quand on lui demande pourquoi il n’a pas soutenu le député, il réplique : « il n’est jamais venu me demander de le soutenir ».

Eric Alauzet en réunion publique pour les municipales de Besançon, le 26 février 2020 dans le quartier de Montrapon.
Eric Alauzet en réunion publique pour les municipales de Besançon, le 26 février 2020 dans le quartier de Montrapon. - L. Cometti / 20 Minutes

« Rancoeur » personnelle et « bâtons dans les roues »

« Il y avait une évidence à ce qu’il me soutienne », soupire l’intéressé, dans sa permanence située sur la Grande Rue. « On a travaillé pendant 19 ans dans la majorité. Garde-t-il une rancœur de ne pas avoir obtenu l’investiture aux législatives de 2012 ? », s’interroge l’acupuncteur, qui remporte à l’époque un siège à l’Assemblée. Quant à sa rivale, Eric Alauzet assure « avoir fait le maximum » pour qu’elle le rejoigne. « Je lui ai proposé un poste d’adjointe, à la délégation de son choix. Mais elle voulait être première adjointe, ce n’était pas possible, pour des raisons de confiance ». « Le maire sortant nous a mis des bâtons dans les roues, pour faire gagner sa protégée », explique-t-on dans son équipe. « Peut-être que beaucoup pensent qu’ils peuvent faire comme Macron », souffle une marcheuse au sujet de la liste présentée par Alexandra Cordier.

Les relations sont tendues entre le maire sortant de Besançon, Jean-Louis Fousseret (à gauche) et le député Eric Alauzet qui veut lui succéder aux municipales de mars 2020 (à droite), tous deux membres de LREM.
Les relations sont tendues entre le maire sortant de Besançon, Jean-Louis Fousseret (à gauche) et le député Eric Alauzet qui veut lui succéder aux municipales de mars 2020 (à droite), tous deux membres de LREM. - JC Tardivon/SIPA

La dissidente, qui préfère se dire « indépendante », veut faire de son échec au QG du parti un atout sur le terrain. « Bonjour, vous avez quelques minutes pour parler des municipales ? Je vous présente notre liste «Ensemble», sans étiquette ». Ce jeudi après-midi, malgré la pluie, le vent, et les portes qui restent parfois fermées, Alexandra Cordier, 36 ans, défend son projet, avec énergie, et trois colistières.

Alexandra Cordier, candidate aux municipales à Besançon, en opération de porte-à-porte le 27 février 2020, avec deux colistières.
Alexandra Cordier, candidate aux municipales à Besançon, en opération de porte-à-porte le 27 février 2020, avec deux colistières. - L. Cometti / 20 Minutes

La dissidente surfe sur le « sans étiquette »

Dans le quartier populaire de Clairs Soleils, sur les hauteurs de Besançon, le « sans étiquette » intéresse les habitants. « Vous n’êtes pas d’un parti ? Vous êtes de l’équipe Alauzet », interroge un homme. « Alauzet, c’est le candidat LREM, du gouvernement. On a choisi d’être en dehors de tout ça, on est indépendants », répond la candidate. A contrario, « l’étiquette LREM n’est pas facile à porter en ce moment, il faut du courage », dit-on dans les rangs de l’équipe Alauzet. Le logo du parti figure discrètement sur les grandes affiches vertes et les tracts du candidat.

En dehors de l’épineuse question de l’étiquette, les positions d’Eric Alauzet et Alexandra Cordier sont loin d’être irréconciliables. Les deux se situent dans la « continuité » du maire sortant. Leur programme a des points communs – gratuité des transports pour les enfants, pas de hausse d’impôts locaux, tendre vers le zéro carbone, zéro déchets et végétaliser la ville – même si les mots diffèrent parfois (brigade canine ou cynophile). Au jeu des différences, Eric Alauzet veut armer la police municipale et propose plusieurs projets d’urbanisme, tandis qu’Alexandra Cordier souhaite bâtir un téléphérique reliant le centre-ville et le plateau de Saône.

La ville de Besançon, en février 2020.
La ville de Besançon, en février 2020. - L. Cometti / 20 Minutes

Une division qui peut profiter aux Verts

Les électeurs bisontins, eux, ont parfois du mal à s’y retrouver. « C’est un peu l’imbroglio », admet Guillaume, encore indécis. La situation pourrait profiter à la liste menée par l’écolo Anne Vignot, alliée avec les socialistes, les communistes et les hamonistes. La candidate EELV était créditée de 34 % des voix dans un sondage Ipsos Spora-Stéria réalisé à la mi-janvier, loin devant Eric Alauzet (23 %). Alexandra Cordier n’y obtenait que 6 % des suffrages, derrière les listes LR (15 %) et RN (10 %). « Elle n’avait pas encore dévoilé sa liste », rappelle Jean-Louis Fousseret. « Je m’attends à une très bonne surprise le soir du premier tour », assure l’édile. « Ils feront moins de 6 % », prédit le camp Alauzet.

Cette division permet en tout cas aux Verts de creuser l’écart. « Avant cette dissidence, on devait garder Besançon sans problème », se désespère un cadre de LREM. « Je pense que Jean-Louis Fousseret aurait dû rester en dehors de tout ça, rassembler sa famille. Il gâche sa fin de carrière ! ». Le futur ex-maire, président de l’institut de formation des marcheurs, pourrait-il être exclu ? « Si Alauzet gagne, ça ira, mais s’il perd… »

Voici les neuf têtes de liste déclarées à la mairie de Besançon :

  • Eric Alauzet, tête de liste « L’Ecologie positive », investi par LREM et soutenu par le MoDem et Les Ecologistes
  • Jean-Philippe Allenbach, tête de liste « Les régionalistes », soutenu par le Mouvement Franche-Comté
  • Claire Arnoux, tête de liste « Besançon verte et solidaire », soutenue par LFI
  • Karim Bouhassoun, tête de liste « Bisontines, Bisontins » 
  • Alexandra Cordier, tête de liste « Ensemble »
  • Ludovic Fagaut, tête de liste « Besançon maintenant », soutenu par LR
  • Nicole Friess, tête de liste Lutte ouvrière
  • Jacques Riccardetti, tête de liste « Changeons Besançon », soutenu par le RN
  • Anne Vignot, tête de liste « Besançon par nature », soutenue par EELV, le PS, le PCF et Génération.s