Réforme des retraites : LFI et la majorité se renvoient la balle sur un éventuel 49-3

GUEGUERRE La majorité accuse la gauche de la gauche de l'«emmener» vers un recours au 49-3 en jouant l'obstruction

20 Minutes avec AFP

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Adrien Quatennens, Jean-Luc Melenchon et Clementine Autain à l'assemblée nationale le 21 février 2020.
Adrien Quatennens, Jean-Luc Melenchon et Clementine Autain à l'assemblée nationale le 21 février 2020. — Jacques Witt/SIPA

Le jeu du mistigri a commencé sur un possible recours au 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites. La majorité accuse la gauche de la gauche de l’y « emmener » par l’obstruction, LFI affirme que les « marcheurs » le « préparent » en surjouant le « chaos ».

Personne ne veut porter le chapeau de l'usage de cet article de la Constitution qui permet de faire passer un texte sans vote à l’Assemblée. Mais au vu du blocage sur le projet visant à créer un système « universel » par points, alors que les députés en étaient toujours à l’article 1er au septième jour dimanche, le gouvernement pourrait dégainer rapidement cette « arme atomique ».

Un dîner avec le Premier ministre

En attendant, le Premier ministre Edouard Philippe dîne dimanche soir avec les députés LREM à la questure de l’Assemblée, pour échanger sur ce difficile débat parlementaire sur les retraites, a indiqué son entourage à l’AFP, confirmant une information du Parisien.

« Cette majorité et ce gouvernement n’ont jamais souhaité utiliser le 49-3 et même encore aujourd’hui, nous ne souhaitons pas l’utiliser », a souligné dimanche sur BFMTV le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. « Mais on a des gens qui essaient de saboter un débat et qui après vont se plaindre des conséquences du sabotage qu’ils ont fait », a-t-il ajouté, accusant La France Insoumise et le Parti Communiste d’être des « ennemis de la démocratie parlementaire ».

S’il fallait « défendre cette option » du 49-3 sur le terrain, « j’expliquerais la mécanique » des oppositions, pour qu'« on ne nous considère pas comme responsables », fait valoir la députée Marie Lebec, vice-présidente du groupe LREM. Une poignée d’élus LREM de l’aile gauche ont fait savoir qu’ils ne « veulent pas » que le 49-3 soit considéré comme la « seule issue », d’autres grincent des dents car il faudra assumer devant les Français de ne pas avoir voté.

Un Parlement « ridiculisé »

« Je ne suis pas fan du tout du 49-3. Iil faut tout faire pour trouver une autre solution », a souligné dimanche l’ex-LREM Cédric Villani, dénonçant toutefois le « triste spectacle » de « l’obstruction systématique » qui « ridiculise le Parlement ». Le patron du groupe MoDem, Patrick Mignola, a accusé les oppositions de vouloir « emmener » la majorité vers un « 49-3 à l’envers », c’est-à-dire contraint par l’obstruction, et non parce que la majorité ferait défaut.

Selon un ténor, LFI et PCF, avec leurs amendements en nombre, ont pour « stratégie » de « pousser le gouvernement au 49-3 » pour ensuite dire « gouvernement fascistoïde ». De son côté, le chef de file des insoumis Jean-Luc Mélenchon estime que l'« ambiance assez spéciale » qui règne à l’Assemblée depuis le début des travaux lundi est justement due à « la menace du 49-3 ». Il a réclamé que le gouvernement s’engage à ne pas y recourir.

« Ils essayent de nous coller sur le dos le 49-3, c'est quand même le comble, c’est quand même pas nous qui décidons de ces choses-là », a-t-il lancé devant la presse. L’imputer aux insoumis, c’est « le pompon ! »

Passage en force

Marine Le Pen (RN)​ reproche, elle aussi, au gouvernement de vouloir passer en force. « Ça me choque, il s’agit là d’une réforme qui touche à un des piliers de notre protection sociale. Cette réforme est un foutoir et d’une opacité totale, une succession de mensonges très lourds », a fustigé dimanche la présidente du Rassemblement national.

Côté LR, Guillaume Larrivé voit dans Jean-Luc Mélenchon « l’allié objectif » d’Emmanuel Macron. D’après Aurélien Pradié également, « ils attendent patiemment que la machine puisse être bloquée pour activer le 49-3, ce qui serait dramatique ». « Quand même, venir nous reprocher la volonté de l’obstruction, la volonté de refuser les débats… J’ai souvenir d’une publicité qui disait « Tu pousses le bouchon un peu loin Maurice » et je pense qu’on en est là », a lancé samedi le ministre Marc Fesneau.