Procès Fillon : Trois ans après le crash de la présidentielle, la droite a-t-elle tourné la page ?

CICATRICES Au sein de LR, on aurait préféré que le procès Fillon ne débute pas à un mois des municipales

Laure Cometti avec Thibaut Le Gal

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Gérard Larcher et Valérie Pécresse aux côtés de François Fillon, en meeting, en 2017.
Gérard Larcher et Valérie Pécresse aux côtés de François Fillon, en meeting, en 2017. — Laurence Geai/SIPA
  • Le procès des époux Fillon doit débuter ce lundi à Paris et s’étendre jusqu’au 11 mars, quatre jours avant le premier tour des élections municipales.
  • Les Républicains, encore convalescents de leur défaite historique à la présidentielle, ne veulent plus entendre parler de François Fillon et disent avoir « tourné la page ».
  • Mais de rares élus LR regrettent le départ précipité de l’ancien Premier ministre, qui exclut désormais tout retour en politique.

Il y a trois ans, l'affaire Fillon torpillait la campagne présidentielle des Républicains. Après son élimination historique au premier tour en avril 2017, la droite française a enchaîné les déboires électoraux, perdant une centaine de sièges à l’Assemblée aux législatives de 2017, puis réalisant son pire score aux européennes de mai 2019 (8,4 %). Fort de son ancrage local, le parti mise sur les élections municipales pour se refaire une santé. C’était sans compter sur le calendrier judiciaire : l’ouverture du procès de François et Penelope Fillon à quelques jours du premier tour du scrutin, à moins d’un report de 48 heures en raison de la grève des avocats.

Pas d’inquiétude pour les municipales

Le 30 janvier, le retour médiatique de l’ancien candidat à la présidentielle avait agacé sa famille politique avait agacé sa famille politique. « Il n’a plus de mandat, plus rien à dire aux Français. Qu’il aille faire sa pub sur une chaîne du service public, c’est affligeant », grondait un cadre LR à la veille de l’émission « Vous avez la parole » sur France 2. A l’antenne, François Fillon a lui-même clos sa carrière politique, en excluant tout retour.

A l’approche du procès, la plupart des cadres LR affichent une certaine indifférence et s’en remettent à la justice. Beaucoup ne veulent pas aborder le sujet, et plusieurs députés LR contactés par 20 Minutes n’ont pas donné suite. « Pour moi, ce n’est pas un sujet, et je ne pense pas que ça le soit pour le groupe », avance Marie-Christine Dalloz, députée du Jura. « L’affaire a déjà été tellement médiatisée, purgée, que je ne pense pas que cela aura un quelconque impact sur le climat électoral », poursuit-elle en référence aux municipales. « On a déjà largement subi les dégâts collatéraux [de l’affaire], on ne va pas refaire payer à une famille politique les agissements d’une personne », balaie-t-elle. Le président du Sénat Gérard Larcher avait toutefois déploré ce télescopage des calendriers électoraux et judiciaires​ en septembre.

« On essaye d’écrire un nouveau chapitre, et il n’en fait pas partie »

Pour quelques-uns, la défaite n’est toujours pas digérée. « François Fillon est le fossoyeur de la droite française. Si on est dans cette situation-là aujourd’hui, c’est sa totale responsabilité », lâche un parlementaire LR. « S’il s’était retiré, on aurait pu mettre un autre candidat, qui aurait été élu ».

Il faut « passer à autre chose, et tourner la page », estime Pierre-Henri Dumont. A 32 ans, le député du Pas-de-Calais revendique le fait d’appartenir à une « génération qui n’a jamais vraiment eu de contacts avec François Fillon ». « On essaye d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire de la droite, et il n’en fait pas partie ».

Le corpus LR purgé du fillonisme… mais quelques regrets ?

Au sein du parti, « encore convalescent », on a rangé Fillon dans la case de « la droite qui perd », assure un cadre, par opposition à « la droite populaire, celle qui gagne, avec Chirac ou Sarkozy ». La « ligne » Fillon, mêlant conservatisme sociétal et libéralisme économique teinté d’austérité, a d’ailleurs été purgée du corpus idéologique. La nouvelle direction veut faire de LR un parti de « droite populaire ». Elle mise sur le « social, la valeur travail, les territoires », par opposition à Emmanuel Macron qui serait le président « de la finance, de Paris », théorise Guillaume Peltier, vice-président du mouvement.

Mais quelques rares LR regrettent le départ précipité de l’ancien champion de la droite. Un parlementaire, sous couvert d’anonymat, se désespère du manque de « figures » pour incarner son parti, à deux ans de la présidentielle. « Il manque dans le débat, pour son analyse. Il nous manque de grands hommes d’Etat comme lui ».