VIDEO. Municipales 2020 : Six mois après Lubrizol, EELV veut faire de Rouen « un laboratoire de l’écologie municipale »

REPORTAGE Allié du PS dans la majorité municipale sortante, EELV espère remporter la mairie de Rouen en mars prochain, six mois après l'incendie de l'usine Lubrizol

Thibaut Le Gal, Paul Blin-Kernivinen pour la vidéo

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Jean-Michel Bérégovoy et Françoise Lesconnec, adjointe écolo, chargée de l'Environnement.
Jean-Michel Bérégovoy et Françoise Lesconnec, adjointe écolo, chargée de l'Environnement. — TLG/20minutes
  • Allié du PS dans la majorité sortante, Jean-Michel Bérégovoy est le candidat Europe-Ecologie Les-Verts à la mairie de Rouen.
  • Les écologistes espèrent faire tomber ce fief socialiste aux municipales de mars prochain.
  • Six mois après l'incendie de l'usine Lubrizol, la question environnementale agite la campagne dans la capitale normande.

De notre journaliste à Rouen (Seine-Maritime),

« On est à quelques kilomètres de l’hyper-centre, mais on est pas mal, là ! » Au milieu des mares et de la verdure, Jean-Michel Bérégovoy est dans son élément. Le candidat Europe Ecologie-Les Verts à la mairie de Rouen (Seine-Maritime) raconte d’une voix éraillée, ce mercredi, le combat citoyen gagné il y a plus de vingt ans pour préserver cette zone humide de Repainville, menacée à l’époque par la construction d’une entreprise de grande distribution.

Cet écosystème de dix hectares, à l’est de la commune, est un symbole de ce que propose l’élu, soutenu par les communistes et Génération-s, pour les élections municipales de mars prochain. « La nature est inexistante à Rouen ! Il faut en faire une ville-jardin, une ville des sens retrouvés, améliorer le cadre de vie », dit-il. Végétalisation, pistes cyclables, gratuité des transports, arrêt du projet de contournement autoroutier est, isolation thermique… Sous la pluie, écharpe rouge autour du cou, le professeur des écoles de 53 ans détaille, volubile, son projet pour l’une des communes les plus polluées de France. « Il est important de proposer un projet de réanchantement, donner une autre image de la ville après la catastrophe de Lubrizol… »

Jean-Michel Bérégovoy, candidat EELV à Rouen, dans la zone humide de Repainville.
Jean-Michel Bérégovoy, candidat EELV à Rouen, dans la zone humide de Repainville. - TLG/20minutes

« Il y a eu un effet Lubrizol : les gens ont fait la connexion avec les écologistes »

Le 26 septembre dernier, un incendie ravage l’usine pétrochimique à l'ouest de la commune et emporte dans une monstrueuse fumée des milliers de fûts de produits chimiques stockés sur le site. Depuis décembre,  et malgré les critiques, l’entreprise classée Seveso a repris son activité. L’épais nuage noir de l'incendie a laissé place, ce mercredi, à un ciel gris des plus communs. Mais une drôle d'odeur agace toujours les narines et, près de six mois après le drame, l’inquiétude des habitants ne s’est, elle, pas dissipée.

« La gestion de crise a été catastrophique et on attend toujours des réponses sur ce qui s’est réellement passé et les conséquences de l'incendie», dénonce Simon de Carvalho, co-président de l’association Les sinistrés de Lubrizol. « Mais je pense qu’il y a eu une prise de conscience dans la population de la question écologique et des risques sur la santé ».

Usine de Lubrizol à Rouen
Usine de Lubrizol à Rouen - TLG/20minutes

L’accident industriel et sa gestion hasardeuse par les pouvoirs publics ont profondément marqué les habitants de la capitale normande. « On est systématiquement interpellé sur cette question-là », confirme l’élu local Stéphane Martot, secrétaire EELV de Rouen, aux côtés du candidat sur le site de Repainville. « Il y a eu un effet Lubrizol : les gens ont fait la connexion avec les écologistes car on a une légitimité, la sécurité des sites Seveso [il y en a 14 à Rouen] est un de nos combats depuis 15 ans ». De l’aveu même de leurs adversaires, l’incendie pourrait profiter à la liste écologique en mars prochain.

Jean-Michel Bérégovoy est plus prudent. « On n’a pas envie de parler de Lubrizol en permanence, mais notre programme est en adéquation avec ce qui s’est passé », balaie-t-il, indiquant qu’il faudra fermer l’usine si la sécurité n’est pas garantie. Avec, en toile de fond, la crainte de se voir accusé de récupération.

« On ne veut pas saupoudrer de vert, mais transformer en profondeur la ville »

Dans l’équipe de Bérégovoy, on rappelle que l’intérêt des Rouennais pour l’environnement est antérieur à l’incendie. Aux européennes de mai, EELV est arrivé en seconde position dans la commune à 18,33 %, derrière LREM, contre 13,48 % au niveau national. Un sondage Ifop  réalisé juste avant l’accident plaçait même Jean-Michel Bérégovoy en première position. « La prise de conscience date d’avant, mais Lubrizol a eu un effet démultiplicateur. Le message écologique a transcendé les classes sociales », veut croire Laura Slimani, de Génération-s, en quatrième position sur la liste.

EELV espère ainsi faire tomber dans son escarcelle la ville industrielle de 115.000 habitants, mélange de population bourgeoise et populaire. « A Rouen et dans la métropole, on arrive à une fin de cycle. La période socialiste des années 1990, autour de la personnalité de Laurent Fabius, s’achève. Les thématiques ont évolué, le décor industriel est moins important que par le passé, et tout le monde comprend qu’il faut faire évoluer la ville avec les enjeux du XXIe siècle », remarque l’eurodéputé écolo David Cormand, ex-patron d'EELV et élu de la métropole rouennaise. « Dans ce récit-là, de faire le lien entre emplois et écologie, nous sommes les plus crédibles ».

Profitant de l’affaiblissement du Parti socialiste, à Rouen comme ailleurs, les écologistes veulent désormais incarner l’alternance à gauche. « Dans le passé, on a réussi à convaincre les socialistes sur certains projets », dit Bérégovoy, adjoint au maire depuis 2014. « Aujourd’hui, on ne veut pas saupoudrer de vert, mais transformer en profondeur la ville. Rouen doit être un laboratoire de l’écologie municipale ».

« En 12 ans, qu’ont-ils fait pour rendre la ville plus verte ? 

Cette fois, le maire socialiste sortant, Yvon Robert, ne se représente pas. Mais le parti à la rose n’entend pas laisser échapper une ville qu’il gère depuis 1995, hormis une parenthèse centriste de 2001 à 2008. « Si l’écologie est l’enjeu majeur du siècle, pourquoi serait-elle l’apanage d’un seul parti ? », interroge Nicolas Mayer-Rossignol, conseiller municipal PS. L’ex-président de la région Haute-Normandie, 42 ans, défend le bilan écolo des deux derniers mandats et souhaite faire de Rouen « un champion de la dépollution » en se portant également candidat à la métropole. « Il nous faut des leviers et c’est à cette échelle [500.000 habitants] seulement qu’on pourra agir, sinon il ne s’agit que de promesses de campagne démagogiques. Or les écologistes n’ont que cinq candidats sur les 71 villes de la métropole ».

Jean-Louis Louvel, candidat soutenu notamment par LREM et LR, tracte sur la place du marché.
Jean-Louis Louvel, candidat soutenu notamment par LREM et LR, tracte sur la place du marché. - TLG/20minutes

Un peu plus tôt, place du Vieux-Marché, un autre candidat évoque la question écologique. « Je n’ai pas attendu les européennes pour en parler. Ca fait trente ans que je suis dans la filière bois, où l’on parle de développement durable, d’économie solidaire », souffle Jean-Louis Louvel, président de la société de palettes PGS. « En 12 ans, qu’ont-ils fait pour rendre la ville plus verte ? », interroge l’entrepreneur de 53 ans, soutenu par La République en marche, Les Républicains et les centristes. Il évoque l’incendie de septembre. « Lubrizol, ce n’est pas une question d’écologie mais de sécurité industrielle », dit-il, avant d’être interpellé par une passante. « L’écologie c’est bien, mais elle ne me parlait que d’une chose, la sécurité », reprend-il, rappelant que d’autres thématiques seront au cœur du scrutin de mars prochain.

Aux dernières municipales, Jean-Michel Bérégovoy n’avait recueilli que 11,09 % des suffrages. Mais le neveu de l’ancien Premier ministre de François Mitterrand pense que le temps des écolos est venu. « On est expérimentés, on a appris. On est aujourd’hui capable de piloter la ville. On espère que des grosses cheminées de Lubrizol sortira une fumée verte ».

Voici la liste des neuf candidats déclarés à la mairie de Rouen :

  • Jean-Michel Bérégovoy, soutenu par EELV et Génération-s ;
  • Nicolas Mayer-Rossignol, soutenu par le Parti socialiste ;
  • Jean-Louis Louvel, soutenu par LREM, LR et les centristes ;
  • Jean-François Bures, candidat divers droite ;
  • Lionel Descamps, soutenu par La France insoumise ;
  • Marine Caron, candidate divers centre ;
  • Marc Fouilloux, soutenu par le Nouvau parti anticapitaliste ;
  • Guillaume Pennelle, soutenu par le Rassemblement national ;
  • Pierre-Alexandre Guesdon, soutenu par le Parti animaliste.