Municipales 2020 : Pourquoi le maire est-il le seul élu à avoir encore la cote ?

POPULARITE Alors que le personnel politique est de plus en plus mal aimé en France, le maire bénéficie encore d’une bonne cote de popularité. Par quel miracle ?

Jean-Loup Delmas

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Aimés, respectés, appréciés, quel est le secret des maires ?
Aimés, respectés, appréciés, quel est le secret des maires ? — Damien MEYER / POOL / AFP
  • Il ne fait pas bon d’être responsable politique en ce moment. Défiance, rejet, animosité : la cote de popularité des politiques est au plus bas.
  • Tous ? Non. Les maires, eux, sont encore extrêmement appréciés. Un sondage publié ce lundi monte que deux tiers des Français sont satisfaits de leur action.
  • Comment le maire fait-il pour se démarquer dans un tel contexte ? Entre proximité, image médiatique et géographie, quelques explications.

Dans un paysage politique rempli de défiance envers les élus français, la figure du maire dénote. Un sondage OpinionWay-Square Management diffusé ce lundi montre que 66 % des citoyens sont satisfaits de l’action de leur maire et optimistes pour l’avenir de leur commune. Mieux, 68 % se disent intéressés et concernés par les élections municipales.

Des chiffres qui tranchent nettement avec la cote du reste du personnel politique. Dans un baromètre BVA-La Tribune publié en juin 2019, 88 % des Français répondaient ne pas faire confiance aux partis et 76 % se montraient méfiants à l’égard des députés et sénateurs. Comment les maires échappent-ils à l’opprobre populaire et s’en tirent-ils si bien aux yeux des Français ?

Ciré jaune et huile de coude

Au-delà des enquêtes d’opinion, les élus locaux ne sont pas perçus comme des politiques comme les autres, bénéficiant ainsi d’une autre image que leurs confrères nationaux. Un simple coup de zappette à l’heure du JT suffit à voir une différence de symbole. « Le cliché du maire, c’est un gars en ciré jaune qui aide les habitants de sa commune lors des inondations », dépeint Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences-Po et spécialiste de la participation politique. Loin du député usant les bancs de l’Assemblée nationale, tout est résumé ou presque dans ce portrait du maire trempé dans les soucis du quotidien : la proximité avec son électorat bien sûr, les actions tangibles et concrètes, mais aussi le manque de moyens. Trois bonnes raisons d’avoir de la sympathie pour lui ou elle.

« Les reproches traditionnels attribués aux hommes politiques – loin du peuple, appât du gain, et déconnecté de la réalité – ne sont pas transposables aux élus locaux. Mieux, ces derniers incarnent même l’inverse », constate Daniel Boy. Preuve de cette affection pour les maires, le directeur de recherche note qu’ils sont souvent réélus.

Petite commune, grande sympathie

Pour finaliser la compréhension de cette sympathie envers les maires, petit tour de géographie urbaine française avec Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof sur le vote et les élections : « 90 % des communes françaises ont moins de 3.500 habitants, ce qui fournit au maire un capital de notoriété très important. Il y a bien plus de Français qui connaissent le nom de leur maire que celui de leur député. »

En 2014, les municipales drainaient plus de 62 % des Français dans les urnes, soit plus dix points de plus que n’importe quelle autre élection dans la décennie, présidentielle mise à part. Qu’on trouve les maires sympathiques est une chose, mais pourquoi se passionne-t-on pour leur élection ?

Des actions concrètes dans le quotidien

La politique du maire est ancrée dans le réel grâce à sa proximité. Proximité spatiale tout d’abord. Bruno Cautrès, du Cevipof, se la joue Google Maps : « Dans la plupart des communes françaises, en vingt ou trente minutes à pied maximum, vous pouvez aller de votre domicile à la mairie ou l’hôtel de ville » Pas sûr qu’en une demi-heure, vous atteigniez le siège de votre député, de votre député européen ou de votre ministre.

Proximité également avec ses actions et ses choix politiques. Lorsqu’un maire piétonnise une rue, rénove une place, plante des arbres ou créé des parkings, cela impacte réellement le quotidien des citoyens. « Aucun autre élu ne peut se targuer d’avoir des actions aussi concrètes dans la vie des gens », tranche Bruno Cautrès. Pour reprendre sa comparaison sur la connaissance des noms entre les élus, combien de Français peuvent citer les actions de leur député ?

Anobli par le manque de moyen

Des actions du maire d’autant plus marquantes que ce dernier a l’image du brave gars se débrouillant avec les moyens du bord, autrement dit pas grand-chose. Retour par la case géographie : « La plupart des maires de petites communes, donc les plus nombreuses, ont peu d’argent et de personnel, ce qui non seulement les éloigne de cette image d’élu surenrichi, mais anoblit également leurs actions. »

Mais attention à ne pas survendre la positivité des petites communes. Intuitivement, il serait tentant de penser que plus le village est petit, plus le maire y est apprécié, mais les équations ne sont pas si simples. « En réalité, il n’y a pas de corrélation entre la taille de la commune et la popularité du maire », indique Daniel Boy. Et c’est peut-être ça, le plus gros tour de force des maires de France : une image de proximité insubmersible, indépendamment du parti, de la taille de la ville ou de l’image des autres élus.