Réforme des retraites : La bataille démarre cette semaine à l’Assemblée dans un contexte chaotique

DEBAT PARLEMENTAIRE Après un week-end chaotique pour la majorité, les élus LREM vont devoir défendre dès ce lundi la réforme pour un système de retraite universel

20 Minutes avec AFP

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Les débats sur la réforme des retraites vont entrer dans le vif dès ce lundi 17 février 2020 à l'Assemblée nationale.
Les débats sur la réforme des retraites vont entrer dans le vif dès ce lundi 17 février 2020 à l'Assemblée nationale. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La semaine dernière, dans les couloirs de l’Assemblée, les députés de la majorité disaient s'attendre à un «Verdun démocratique» dans l'hémicycle. Ce lundi, la bataille autour de la réforme des retraites doit entrer dans le vif lundi à l’Assemblée : la majorité, après une fin de semaine chaotique, va défendre dans l’hémicycle un projet que l’opposition dénonce comme « injuste » et entend torpiller par une nuée d’amendements.

Après des semaines de contestation dans la rue et un appel à une nouvelle journée de mobilisation lundi, la macronie arrive chamboulée, le rapporteur du volet organique de la réforme Olivier Véran ayant dû prendre au pied levé dimanche la casquette de ministre de la Santé. Agnès Buzyn lui a laissé sa place pour prendre le relais, dans la course LREM à la mairie de Paris, de Benjamin Griveaux, emporté vendredi par une affaire de vidéos à caractère sexuel.

Un examen en commission torpillé

Des turbulences qui s’ajoutent aux couacs et aux voix discordantes qui se sont élevées dans la majorité. Au point qu'Emmanuel Macron avait appelé mardi les députés «à l'unité» pour « gagner la bataille des retraites » et « vendre » ce projet hautement sensible visant à créer un « système universel » de retraite par points, fruit d’un engagement de campagne du chef de l’Etat.

L’examen inachevé la semaine passée en commission pour cause d'avalanche d'amendements des députés LFI, un fait inédit après 75 heures de dialogue de sourds, n’était qu’un préambule. Le calendrier sera-t-il cette fois tenable alors que 41.000 amendements ont été déposés, encore davantage que les 22.000 en commission ?

Quinze jours de débats prévus

Pour l’heure, quinze jours de débats sont prévus, soit 84 heures. Mais « s’il faut une troisième (semaine de débat), nous prendrons la troisième », a affirmé le patron de la majorité à l’Assemblée Gilles Le Gendre, dimanche à RTL-LCI-Le Figaro. Le gouvernement, représenté par le secrétaire d’Etat Laurent Pietraszewski et donc le nouveau ministre Olivier Veran, table toujours sur une adoption en première lecture avant les municipales dans un mois et espère un feu vert définitif « d’ici l’été » sur les deux textes (ordinaire et organique).

Face à l’obstruction des insoumis avec leurs amendements, les responsables de la majorité martèlent qu’un recours au 49-3 – arme de la Constitution qui permet l’adoption sans vote –  « n’est pas l’objectif » mais des « marcheurs » ne l’excluent pas si le débat est « clairement impossible ». « Totalement impensable », a prévenu LR. Ce serait même « du délire » pour le numéro un de la CFDT Laurent Berger. Mais les oppositions ont prévenu que le texte ne passerait pas « comme une lettre à la poste ».

Les quelques signaux envoyés en commission pour les enseignants ou avocats n’ont pas convaincu. S’y ajouteront de nouveaux amendements annoncés cette semaine sur la pénibilité ou les droits familiaux.

« Amateurisme »

Droite comme gauche dénoncent un « mépris » du Parlement et un projet « nébuleux » et « à trous », avec notamment la trentaine d’ordonnances programmées. Les trois groupes de gauche --PS, PCF et LFI-- qui dénoncent un « amateurisme coupable » du gouvernement, tablent en plus des amendements (près de 37.000 à eux trois) sur une motion référendaire lundi, voire une motion de censure, des étapes qui vont ralentir les débats.

Le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon qui revendique « une victoire » en commission, a promis une « noria » de son groupe afin « d’enfoncer la ligne de défense macroniste ». Le PCF, qui juge la réforme « bien pire » que ce qui avait été annoncé, ne sera pas en reste tout comme le PS, persuadé qu’un « certain nombre de concitoyens vont se faire avoir ».

LR fustige comme eux « l’impréparation » du gouvernement et estime que pour le financement « on marche sur la tête ». Le vote de la réforme est programmé avant les conclusions de la conférence de financement, censée trouver d’ici avril des mesures permettant d’atteindre l’équilibre en 2027.