Municipales 2020 : Marine Le Pen en déplacement à Sète pour faire « céder des digues » avec la droite

REPORTAGE Marine Le Pen est venue soutenir à Sète le candidat Sébastien Pacull, ex-président de fédération LR et « symbole », selon le parti, de l’effondrement des digues avec la droite

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen venue soutenir Sébastien Pacull à Sète.
Marine Le Pen venue soutenir Sébastien Pacull à Sète. — Pascal GUYOT / AFP
  • Marine Le Pen est venue soutenir les candidats de l’Hérault à Sète ce samedi.
  • Elle a notamment salué Sébastien Pacull, ex-président de fédération LR en lice pour la mairie de Sète, soutenu par le Rassemblement national.
  • Pour le RN, ce transfuge est symbole que les digues sont en train de sauter avec la droite locale dans le grand Sud.

De notre journaliste à Sète,

A l’extrémité sud de Sète, le Môle Saint-Louis est impassible. Depuis plus de trois siècles, cette longue digue de pierre protège sur 650 mètres la ville et son vieux port de l’assaut des vagues. A quelques pas de là, devant l’hôtel Impérial, une petite troupe s’agite. Sous un soleil aveuglant, Marine Le Pen descend de voiture.

La présidente du Rassemblement national est venue ce samedi soutenir ses candidats dans l’Hérault, et notamment la tête de liste du coin, Sébastien Pacull, ex-président de fédération Les Républicains. A un mois des municipales, la patronne du RN souhaite montrer qu’à l’échelle locale, une autre digue, elle, s’effrite : celle séparant son parti de la « droite traditionnelle ».

Au fond, le Môle Saint-Louis, la digue qui ne rompt pas.
Au fond, le Môle Saint-Louis, la digue qui ne rompt pas. - TLG/20Minutes

« J’ai décidé de faire l’union des droites pour faire céder des digues ».

Marine Le Pen évoque d’ailleurs un déplacement « symbolique ». « Je suis ici pour soutenir monsieur Pacull, qui est l’un des représentants de la capacité de rassemblement et d’ouverture du RN », dit-elle, en conférence de presse, évoquant la droite, mais aussi la gauche.

« C’est une nouveauté pour notre mouvement, une forme de révolution culturelle marquée par notre changement de nom [le Front national devenu Rassemblement national], reflet de notre volonté de constituer ce nouveau clivage politique : pôle national contre mondialistes ». Pour rassembler, la députée du Pas-de-Calais cite le « localisme, la sécurité et la baisse de la fiscalité» comme points de convergence pour les municipales.

Devant une dizaine d’autres candidats du département, l’intéressé confirme, à sa manière : « J’ai décidé de créer une liste d’union des droites et faire céder des digues dans l’Hérault […] Certains pensent que je devrais avoir honte d’être soutenu par le RN, que je devrais m’en cacher. J’en suis fier », clame-t-il.

Marine Le Pen avec Jean-Louis Cousin, délégué départemental du RN (à gauche) et Sébastien Pacull candidat à Sète (à droite).
Marine Le Pen avec Jean-Louis Cousin, délégué départemental du RN (à gauche) et Sébastien Pacull candidat à Sète (à droite). - TLG/20minutes

« Aucune digue n’a cédé, l’étiquette RN, tout ça c’est du folklore »

La veille, depuis sa permanence de campagne en plein centre de la commune, Sébastien Pacull nous raconte les coulisses de sa candidature. A l’origine, l’influent Robert Ménard, élu maire de Béziers en 2014 avec le soutien du Front national. L’ancien fondateur de Reporter sans Frontière pousse dès octobre celui qui est encore responsable départemental des Républicains à constituer une liste d’union, comme lui l’a fait, il y a six ans. « Robert, c’est un liant », sourit Pacull. « Le soutien du RN est venu après, mais ici, les militants n’attendaient que ça. Quand il y a une jolie femme sur la piste, tout le monde veut danser avec elle. Certains fantasment, moi je le fais », fanfaronne-t-il, en s’allumant une cigarette.

Local de campagne de Sébastien Pacull
Local de campagne de Sébastien Pacull - TLG/20mn

Fin novembre, Pacull se lance à l’assaut de la commune aux 43.000 têtes, soutenu par le RN, Debout la France, et le Parti chrétien-démocrate. L’ancien adjoint, démissionnaire en octobre, souhaite faire tomber le maire sortant. François Commeinhes, 70 ans, brigue un quatrième mandat avec la double investiture La République en marche et LR. « Les promesses de 2014 n’ont pas été tenues, et sa tribune de soutien à Emmanuel Macron en juin dernier a été vécue comme une trahison par les militants », souffle-t-il.

Un peu plus bas, sur les quais, au QG de l’édile, c’est le départ de l’ancien allié qui est vécu comme une trahison. « Aucune digue n’a cédé, l’étiquette RN, tout ça c’est du folklore. D'ailleurs, tous les projets adverses sont dans la continuité de ce que fait François Commeinhes depuis 20 ans. La réalité, c’est que M. Pacull souhaitait être calife à la place du calife», tacle Vincent Sabatier. Entre deux bises aux passants, l'adjoint à la voirie reprend: « Il nous a planté un couteau dans le dos en partant avec une poignée de personnes. C’est une déception car il aurait attendu six ans de plus, il n’aurait pas eu besoin de s’allier à Marine Le Pen ».

Permanence électorale du maire sortant François Commeinhes.
Permanence électorale du maire sortant François Commeinhes. - TLG/20min

Digue qui saute ou simple opportunisme ?

A la direction du RN, on se frotte les mains. Le parti mise sur les gros scores réalisés aux derniers scrutins (30.6% aux européennes 2019, 44% au second tour des législatives 2017) pour faire tomber la ville, malgré les modestes 12.7 % réalisés aux dernières municipales. Mais au-delà de la victoire, le parti souhaite mettre en avant la jonction qui serait en train de se faire au niveau local. « Sébastien est contagieux, quand il tousse à Sète, on s’enrhume à Lunel, Agde, ou à Frontignan. Cet effet Pacull est en train de se propager dans le département et même au-delà », sourit Jean-Louis Cousin, délégué départemental RN et candidat à Agde.

« Les digues sont en train de lâcher partout dans le grand Sud, dans l’Hérault comme dans le Vaucluse ou le Var », insiste Gilles Pennelle, directeur de campagne des municipales. « Le prochain scrutin va accélérer la décomposition des Républicains, car la base pense comme nous depuis des années sur l’immigration, l’identité, la sécurité. Or la direction Macron-compatible de LR ne répond plus à leurs attentes ».

Marine Le Pen et Sébastien Pacull
Marine Le Pen et Sébastien Pacull - TLG/20mn

La droite locale, bien sûr, n’est pas du même avis. « Il y a une course à l’échalote entre Le Pen et Ménard pour débaucher, mais il n’y a ni hémorragie ni digue qui saute. Aucun maire ni élu important n’a basculé vers le RN. Sur nos 2.000 adhérents dans l’Hérault, il y en a peut-être trente qui sont partis par carriérisme, car le RN avait des places à donner », tempère Arnaud Julien. Le secrétaire départemental LR rappelle la règle fixée par le parti. « Dès qu’un adhérent flirte avec l’extrême droite, il est viré de chez nous. Si je caricature, notre ADN, c’est de Gaulle et Simone Veil, pas l’OAS et Pétain ».

Si le RN veut faire de Sébastien Pacull un symbole, c’est qu’à l’échelle départementale comme nationale, il peine toujours à débaucher. Le candidat à la mairie de Sète est persuadé qu'avec une victoire en mars prochain, d’autres suivront. « Il y a toujours un premier qui plonge à l’eau. Les autres attendent en général de savoir si elle est bonne pour se baigner ». Et s’assurer, peut-être, qu’on ne risque pas de se noyer.