Municipales 2020 : Qui sont les électeurs qui votent dans une commune où ils ne vivent pas ?

VOUS TEMOIGNEZ Par nostalgie, par choix politique, ou par simple flemme, les internautes de « 20 Minutes » expliquent pourquoi ils voteront aux municipales 2020 dans une ville dans laquelle ils n’habitent plus

T.L.G.

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Des mains.
Des mains. — KONRAD K./SIPA
  • Selon une étude, 6,5 millions de Français seraient concernés par la mal-inscription sur les listes électorales.
  • Il s'agit d'être inscrit dans une ville qui ne correspond pas au lieu de résidence.
  • Nostalgie, famille, flemme... plusieurs raisons expliquent ce choix.

On les appelle « les mal inscrits » : ces personnes ne figurent pas sur les listes électorales de la commune où elles résident. Selon une étude de 2016*, la mal-inscription concernait 6,5 millions de Français en 2012, soit 15,1 % des électeurs. A quelques jours des élections municipales, les 15 et 22 mars prochains, 20 Minutes a interrogé ses lecteurs. Nostalgie, flemme administrative, attachement familial, choix politique… Plusieurs facteurs expliquent ce choix d’aller voter dans une ville où ils n’habitent plus.

Par amour et nostalgie

Plusieurs internautes évoquent une certaine forme de nostalgie. « J’ai grandi dans le village où je vote. Mes parents paysans y habitent encore. Ce village constitue mes racines, mon identité et j’y suis plus à ma place que dans l’anonymat de la ville où je vis actuellement », avance Emmanuel, 50 ans. Marine, étudiante à Montpellier, continue de voter dans sa ville natale, à 600 kilomètres de là. « Mes parents y vivent toujours et se plaignent beaucoup. C’est un territoire rural "oublié", les commerces et hôpitaux ferment. Je sais que je n’y vivrai plus jamais, mais ce territoire que je porte dans mon cœur doit être secouru. Il ne faut donc pas se tromper sur le choix du futur maire ».

Aymeric, 30 ans, vit à 300 kilomètres de Marseille, sa ville natale, pour son travail. Mais il y est très attaché. « Marseille reste et restera toujours ma ville, même si je devais partir à l’autre bout du monde. Il y a une dimension un peu "patriotarde" là-dedans mais je veux continuer à être considéré comme Marseillais », affirme-t-il. « Je m’investis dans la vie de la commune où je vis et travaille, mais dans ma tête je reste "d’ailleurs" et je compte bien repartir un jour dans ma ville pour y faire grandir mes enfants ».

Le côté pratique

Emilie, 33 ans, habite à Vanneau-Irleau (Deux-Sèvres) depuis cinq ans. Elle est toujours inscrite à Sainte-Blandine, à une trentaine de kilomètres, où résident ses parents, pour raison pratique : « Cela permet de voter par procuration quand l’un d’entre nous n’est pas là. Je m’inscrirai sur la liste électorale de ma commune quand mes parents auront déménagé. Pour les municipales, je vais me sentir moins concernée car je ne vis plus dans la commune depuis longtemps, mais le côté pratique et du vote en famille me plaît bien ».

Thomas étudie actuellement à Lyon mais préfère voter à Annecy (Haute-Savoie). Une ville qu’il connaît mieux. « J’y ai toujours voté et je ne changerai pas de liste électorale car je sais qu’un jour je reviendrai me poser définitivement dans ma ville natale », indique-t-il. « Je connais mieux les enjeux, les candidats, les points positifs ou négatifs du maire sortant à Annecy qu’à Lyon ». Un choix pragmatique également pour Nicolas : « J’habite Thionville la semaine, car je travaille au Luxembourg. Mais je n’y vote pas car, pour moi, c’est une ville-dortoir. A part pour y dormir et remplir mon frigo, je n’en profite pas », indique l’homme de 36 ans, qui continue de voter à Paris, où il garde une résidence secondaire.

Par choix politique

A 72 ans, Maryse ne veut pas se faire d’ennemis dans sa commune du Vaucluse. Elle préfère donc voter dans son petit village d’origine, dans le Tarn, où elle passe une dizaine de jours par mois. « L’ambiance y est plus sereine. Dans ma ville du Vaucluse, le PS et Les Républicains se font la guerre et on est vite catalogués dans l’un des deux camps, c’est une ambiance presque pagnolesque ! ». La retraitée ironise : « Je suis malgré tout active en faisant partie du monde associatif. Ne pas voter ici me permet de pouvoir toujours saluer les uns et les autres quand je les croise dans la rue ».

Marianne, 23 ans, votera à Bordeaux en mars prochain malgré un déménagement l’été dernier à Mérignac, à une trentaine de minutes de voiture. « J’ai l’impression que ma voix pèsera mieux à Bordeaux, car les enjeux sont plus importants, notamment à travers la métropole, et l’élection n’est pas jouée d’avance, contrairement à Mérignac [enue par les socialistes depuis des années] ».

Manel fait pour sa part « un choix stratégique » dans une ville convoitée par le Rassemblement national en mars prochain. « Je voterai à Carpentras (Vaucluse) même si je n’y vis plus depuis des années, car je me dis que vote contre l’extrême droite aura un peu plus de poids que mon vote à Aubagne (Bouches-du-Rhône), où je vis actuellement ».

Par paresse

Et puis, il y a la paresse. La flemme d’entreprendre les démarches (pourtant simples, on vous explique ici). Odile, 65 ans est honnête : « Je n’ai pas changé de bureau de vote sûrement par paresse. Mon lieu de vote reste la commune où habitent mes parents ». Maud, 25 ans, assure : « J’ai déménagé à plusieurs reprises, et pense de nouveau le faire d’ici deux ans, cela me paraît donc plus simple de rester au même endroit ». Elle ajoute un argument imparable : « De plus, pour les élections municipales, cela me permettra de voter pour mon père, qui est en tête de liste ».