Brexit : Les partisans du Frexit font la fête en rêvant de quitter l'UE

PARTY Seuls deux partis prônent la sortie de la France de l'Union européenne et célèbrent le Brexit dans la joie

Laure Cometti

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Des manifestants à Nantes en 2016.
Des manifestants à Nantes en 2016. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA
  • Pour le jour du Brexit, les Français qui veulent quitter l’Union européenne organisent des rassemblements et des fêtes dans plusieurs villes.
  • Deux partis, l’UPR et Les Patriotes, ont inclus le Frexit dans leur programme, alors que le RN y a renoncé après la présidentielle de 2017.
  • Pour les Frexiters, l’exemple britannique doit permettre de crédibiliser leur programme et de gagner des soutiens.

Pour Emmanuel Macron, le Brexit est « un signal d’alarme historique » qui doit « nous faire réfléchir ». Pour d’autres, c’est l’occasion de faire la fête. Les partisans d’une sortie de la France de l’Union européenne célèbrent le Brexit ce vendredi soir.

Ils ne sont plus que deux jeunes et petits partis à prôner le « Frexit ». L’Union populaire républicaine (UPR) et Les Patriotes misent sur l’exemple britannique pour gagner en crédibilité et populariser leur thèse, qui ne fait guère recette dans les urnes. Aux élections européennes de mai 2019, l’UPR a engrangé 1,17 % des voix exprimées, quand Les Patriotes en ont emporté 0,65 %.

Fish and chips et countdown avant minuit

« C’est un événement historique, et très attendu », se réjouit Florian Philippot. L’ex numéro 2 du Front national a lancé le mouvement Les Patriotes, qui organise des fêtes spéciales Brexit « à Lille, Marseille, en Moselle, en Saône-et-Loire et à Paris », avec un fish and chips, « un clin d’œil à nos amis britanniques ». A l’initiative de l’UPR, une fête est aussi organisée à Paris, « avec des discours de politiques et d’intellectuels et un décompte juste avant minuit ». « Pour nous, c’est le début de la fin de l’Union européenne », sourit son fondateur, François Asselineau.

Les festivités ont tout du symbole et du coup de com'. Mais le départ du Royaume-Uni de l’UE suscite l’espoir chez les « Frexiters ». D’abord celui de voir leur programme réhabilité. « J’ai le sentiment qu’on prêchait un peu dans le désert », lâche Florian Philippot. « C’était un investissement coûteux de tenir bon sur nos convictions. D’autant que le vote au référendum de 2016 ne se concrétisait pas. Mais là, on va enfin avoir un exemple grandeur nature d’une sortie d’un membre de l’UE, et on verra très rapidement que ce n’est pas l’apocalypse que tous annonçaient », veut-il croire.

Utiliser l’exemple britannique pour vanter le Frexit

L’enthousiasme est aussi de mise à l’UPR. « Les gens nous disaient "vous voyez bien qu’on ne peut pas sortir de l’UE, les Britanniques essaient en vain depuis trois ans". Cet argument tombe enfin ! », estime l’ancien candidat du parti à la présidentielle de 2017.

Chez ces deux partis pro-Frexit, on s’arme toutefois de patience (à nouveau). « On attend la suite des événements, les Français vont découvrir que ça va bien se passer pour le Royaume-Uni, dans un an, ou un an et demi, on fera le point. Mais déjà, la tonalité de la presse a changé. Pour l’instant, ce n’est que du positif pour nous », analyse le président de l’UPR. A court terme, « ça va nous apporter une nouvelle poussée d’adhésions », espère-t-il, revendiquant actuellement 25.000 membres à jour de cotisation.

Des espoirs pour 2022 ?

Le cas britannique sera au cœur de leurs arguments pour accroître leur électorat, alors qu’une minorité de Français y serait favorable, selon les sondages. D’après un sondage Ifop publié début mai, 20 % des interrogés étaient pour le Frexit, mais ce taux grimpait à 50 % chez les sympathisants du RN. Le Rassemblement national a toutefois abandonné cette mesure à l’été 2017.

Sa présidente, Marine Le Pen, a déclaré ce vendredi que l’UE devait « profiter de cet électrochoc [le Brexit] pour se remettre totalement en cause, pour remettre les nations au cœur de son projet ». Une position proche du « plan A » de la France insoumise, qui veut réformer l’UE, et ne préconise le Frexit qu’en « plan B ». Le chef de file des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, s’est toutefois fendu d’un tweet pro-Frexit, décrivant le Royaume-Uni comme étant désormais « libéré de la tutelle de Bruxelles ».

« Ils vont s’en mordre les doigts, c’était vraiment le moment où il ne fallait pas abandonner le projet du Frexit », prédit Florian Philippot en référence à la position des insoumis et du RN, lui qui a quitté le parti de Marine Le Pen en septembre 2017.

Dans deux ans, la situation du Royaume-Uni servira-t-elle le discours pro-Frexit ? Les Frexiters en font le pari pour la présidentielle de 2022. Pour Florian Philippot, « les électeurs comprendront que le protectionnisme économique, la régulation de l’immigration ne peuvent s’accomplir sans quitter l’Union européenne ».