Municipales 2020 : Cinq questions autour de la candidature d’Edouard Philippe au Havre

POLITIQUE Edouard Philippe se présentera comme candidat tête de liste aux élections municipales du Havre en mars, mais restera à Matignon s'il est élu

Thibaut Le Gal

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Le choix d'Edouard Philippe pose question.
Le choix d'Edouard Philippe pose question. — PIERRE VILLARD/SIPA
  • Après des semaines de suspense, Edouard Philippe a confirmé ce vendredi qu’il sera bien candidat tête de liste aux élections municipales au Havre en mars.
  • Le Premier ministre a indiqué qu’il resterait à Matignon pendant la campagne et après le scrutin.
  • Cette décision a provoqué la colère de l’opposition.

On s’interrogeait : Edouard Philippe sera-t-il candidat au Havre ou restera-t-il à Matignon ? Le Premier ministre fera finalement les deux. Il a annoncé vendredi au quotidien Paris-Normandie qu’il sera bien tête de liste au Havre en mars… tout en gardant les manettes du gouvernement s’il est élu.

« Ma décision est prise. Je l’ai mûrie comme toute décision importante […] Dans une démocratie, le fondement de la légitimité, c’est l’élection », a-t-il indiqué. L’ancien maire de la commune, de 2010 à 2017, sera d’ailleurs présent dans la cité normande ce vendredi soir pour un premier meeting de campagne. Mais ce cumul, en pleine réforme des retraites, passe mal dans l’opposition. 20 Minutes revient sur les questions autour de cette candidature.

Comment le Premier ministre va-t-il faire campagne ?

Il ne reste que six semaines avant le premier tour des municipales. La campagne d’Edouard Philippe s’annonce donc intense. D’autant que l’agenda gouvernemental est bien rempli, avec l’arrivée prochaine de la réforme des retraites à l’Assemblée nationale.

« Je me place dans une situation où la campagne va durer sept semaines. C’est court, et je le ferai d’une manière qui me permettra de remplir mes obligations à Paris tout en menant une campagne intense au Havre », a indiqué Edouard Philippe à Paris-Normandie sans plus de précisions.

« Il lance sa campagne à sept semaines du second tour, c’est le temps d’une campagne intense. Et c’est un temps normal pour que respire notre démocratie. 50 jours, ce n’est pas 500 », balaie-t-on à Matignon. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a ajouté qu’Edouard Philippe « sera Premier ministre à temps plein, à triple temps, à double temps » pendant la semaine, « et candidat le week-end ».

Ces arguments ont attiré les foudres de l’opposition. « Est-ce que le boulot de Premier ministre est un boulot à mi-temps ? », a notamment taclé l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, jugeant la démarche « profondément scandaleuse ».

Peut-il cumuler les deux fonctions ?

Sur le papier, oui. La loi sur le non-cumul de mandats ne concerne pas les membres du gouvernement. Mais en septembre dernier, Edouard Philippe avait rappelé la règle fixée par Emmanuel Macron : « Quand on est ministre, on ne peut pas cumuler avec la tête d’un exécutif local ». Seuls les ministres élus simplement conseillers municipaux pourront donc rester.

Que va-t-il faire s’il est élu ?

Edouard Philippe a indiqué qu’il garderait son poste de Premier ministre en cas de victoire, tant que le président de la République continuerait à lui « accorder sa confiance ». Dans ce cas-là, « le maire que je proposerai à l’élection au conseil municipal sera Jean-Baptiste Gastinne [l’actuel maire LR] », a-t-il précisé, indiquant qu’il redeviendrait au Havre lorsqu’il quittera Matignon. Si aucune loi n’empêche à un membre du gouvernement d’exercer en tant que maire ou adjoint, cette pratique est exclue depuis le passage à Matignon de Lionel Jospin de 1997 à 2002.

Et en cas de défaite ?

Selon France Info, le Premier ministre aurait récemment indiqué à ses ministres qu’en cas de défaite, il faudrait « en tirer les conséquences ». Démissionnera-t-il en cas d’échec ? « Il ne se met pas dans l’hypothèse d’une défaite », balaye son entourage. En 2014, il avait été élu au premier tour sous l’étiquette UMP avec 52 % des voix.

Pourquoi est-il candidat ?

Marine Le Pen a accusé Edouard Philippe de se chercher une porte de sortie. « C’est la fin de la Macronie. Quand le Premier ministre vous lance comme signal "ça se passe tellement mal et on est tellement contestés et mauvais qu’il faut absolument que je me débrouille pour avoir mon siège éjectable et retrouver ma place de maire quand tout va partir en quenouille", […] ce n’est pas un signal de grande confiance ».

Une critique réfutée à Matignon. « Il est candidat pour redevenir maire du Havre, il n’est pas dans une logique de porte de sortie. Il pourrait très bien faire autre chose s’il en avait envie ».