Festival d’Angoulême : Emmanuel Macron célèbre la BD et pose avec un t-shirt contre les violences policières

BD Le président s’est justifié en prônant « la créativité, la liberté d’expression » du dessinateur Jul, malgré ses désaccords sur le terme « violences policières »

M.B. avec AFP
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Le dessinateur Jul montre une photo de lui avec Emmanuel Macron, posant avec un tee-shirt dénonçant les violences policières.
Le dessinateur Jul montre une photo de lui avec Emmanuel Macron, posant avec un tee-shirt dénonçant les violences policières. — JOEL SAGET / AFP

Emmanuel Macron au cœur d’une polémique à cause… d’une photo ? Un cliché du chef de l’Etat posant tout sourire avec un tee-shirt dénonçant les violences policières, offert par le dessinateur Jul, lors du célèbre festival international de la BD, agite les réseaux sociaux ce jeudi.

C’est à l’occasion d’un déjeuner entre le président et des auteurs, que l’auteur de « Silex and the city » lui a donné ce tee-shirt représentant un Fauve (la récompense attribuée à Angoulême) éborgné, avec la mention « LBD 2020 », en référence au lanceur de balles de défense (LBD) et à l’acronyme choisi pour l’année de la BD (BD 2020).


Le dessinateur a ensuite posté la photo sur les réseaux sociaux, précisant avoir eu « une longue conversation sur le sujet des violences policières » avec Emmanuel Macron.

« La violence est d’abord dans la société »

Interrogé un peu plus tard par la presse, Emmanuel Macron a déclaré qu’il « récusait le terme de violences policières », assurant que « la violence est d’abord dans la société ». « Néanmoins de là où je suis je dois défendre la créativité, la liberté d’expression, y compris l’insolence et y compris la création d’artistes qui disent des choses (…) avec lesquelles je ne suis pas en accord », a encore dit le président. « S’il y a des policiers et des gendarmes qui ne respectent pas la déontologie, et je l’ai dit très clairement, je souhaite qu’ils soient poursuivis et sanctionnés de manière exemplaire », a-t-il ajouté.

Dans une ville quadrillée par de nombreuses forces de l’ordre, l’épisode a éclipsé le reste de la visite présidentielle, qui visait à « montrer l’attachement » du chef de l’Etat « au dessin et à la bande dessinée », selon l’Elysée. La dernière visite présidentielle à Angoulême datait de 1985.

Le chef de l’État a évité le centre-ville, où environ 200 manifestants hostiles à la réforme des retraites, des avocats et une poignée d’auteurs, l’attendaient. En l’absence du président, ces manifestants, rassemblés sur le parvis de l’Hôtel de Ville, ont copieusement chahuté et sifflé le ministre de la Culture Franck Riester, venu lancer l’année de la BD.

Les syndicats de policiers scandalisés

Trois des principaux syndicats de policiers se sont insurgés auprès de l’AFP, estimant que le geste présidentiel était « scandaleux ». « Il y a beaucoup de colère et d’incompréhension. Ça ne passe pas du tout dans les rangs », a réagi Yves Lefebvre, secrétaire général de l’Unité-SGP-FO. Pour lui, « le selfie » du chef de l’Etat est « une marque de défiance et de mépris à l’égard de ceux qui lui ont permis d’être encore président » grâce à leurs actions de maintien de l’ordre « du 1er décembre 2018 et de mars 2019, au moment où la République vacillait » pendant la crise des Gilets jaunes, a-t-il ajouté. « On attend autre chose d’un président. C’est scandaleux. On se demande s’il y a des conseillers en communication à l’Elysée », a-t-il poursuivi.

Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, a fait part également de la colère des policiers : « On attend autre chose d’un président de la République qu’il pose avec un tee-shirt insinuant que les forces de l’ordre éborgnent les gens ». « Le problème, ce n’est pas le tee-shirt, que d’ailleurs, en aucun cas, nous ne cautionnons mais c’était pas le débat dans ce cas ! », a expliqué M. Vanhemelryck. « La liberté d’expression ne doit pas être un prétexte. Le fait que le président pose avec ce tee-shirt (…) est choquant », a-t-il dit. Pour lui, « ce signal » est « ce qu’il y a de pire dans le contexte actuel de chaos, au moment où la police et la gendarmerie sont les derniers remparts de la République ».

Cette photo du président de la République « tenant en main un tee-shirt LBD 2020 avec un personnage à l’œil crevé pose question », a réagi Philippe Capon, secrétaire général de l’Unsa Police. Il a « regretté que le président en rajoute dans un positionnement polémique sur un sujet important où l’ironie et la dérision n’ont pas leur place ». Le secrétaire a « rappelé que les manifestations n’ont jamais été aussi nombreuses depuis mai 2017, date de l’élection du président Emmanuel Macron à la tête du pays ». « Les forces de l’ordre ont malheureusement passé plus de temps à faire du maintien de l’ordre qu’à se consacrer à la sécurité des Français », a-t-il conclu.