LREM : Que révèlent les départs successifs à l’Assemblée nationale ?

LE GROUPE VIT BIEN En deux ans et demi, une douzaine de députés macronistes ont choisi de prendre leurs distances avec le parti présidentiel

Laure Cometti

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L'Assemblée nationale.
L'Assemblée nationale. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • La députée du Gard Annie Chapelier a quitté LREM ce lundi, ne se reconnaissant « plus en rien » dans le mouvement macroniste.
  • Depuis juin 2017, une douzaine de députés élus sous l’étiquette macroniste ont délibérément choisi de prendre leurs distances avec le mouvement, en quittant le parti, le groupe parlementaire, ou bien en siégeant comme membre apparenté.
  • Ces départs, s’ils restent minoritaires dans un groupe d’environ 300 élus, révèlent la diversité d’opinions politiques sur des sujets comme l’immigration, la sécurité ou l’écologie, ainsi que la jeunesse du parti présidentiel. Mais la direction de LREM dit ne pas s’en inquiéter.

Comme un air de déjà-vu. La députée Annie Chapelier a claqué la porte du parti La République en marche ce lundi. Une semaine après sa collègue Valérie Petit, députée du Nord, l’élue du Gard est la treizième à avoir pris ses distances avec le mouvement, qui a fait irruption à l’ Assemblée nationale après les élections législatives de juin 2017. A l’époque, LREM comptait 309 membres et 4 apparentés siégeant dans l’hémicycle. Depuis, certains députés marcheurs ont quitté le parti, d’autres ont quitté leur groupe parlementaire ou se sont mis en retrait. Aujourd’hui, le parti d’Emmanuel Macron conserve 296 sièges et 7 élus apparentés. Que révèle cette vague de départs successifs depuis 2017 ?

Cela révèle les faiblesses de LREM

Certains députés sont partis en invoquant des divergences politiques, principalement sur les thèmes écologiques et migratoires, mais aussi territoriaux ou de justice sociale. Ainsi, c'est lors du débat sur le projet de loi asile et immigration que le député de la Vienne Jean-Michel Clément a décidé de se mettre en congé du groupe, à peine un an après son élection. D’autres lui ont emboîté le pas quelques mois plus tard, et l’ont rejoint dans un nouveau groupe de députés, Libertés et Territoires.

Pour l’historien Jean Garrigues, l’immigration fait partie, comme l’écologie et la politique sociale, des « points de cristallisation » qui révèlent « la diversité du groupe LREM ». « Il y a une aile droite et une aile gauche. Cette dernière s’est beaucoup moins reconnue dans la politique menée depuis un an, déplorant une  inflexion autoritaire ou trop libérale, d’où certains départs », observe le chercheur.

Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire, a quitté le groupe en février 2019. Proche de Nicolas Hulot, il se souvient : « Je suis parti pour envoyer un signal sur l’urgence écologique et climatique, car je trouvais qu’on n’était pas à la hauteur des enjeux ». Près d’un an plus tard, Annie Chapelier pointe elle aussi des thèmes écologiques « insuffisamment pris en compte » par le parti présidentiel.

Cela révèle aussi la jeunesse du mouvement

Autre motif de rupture, le fonctionnement du parti et du groupe, que plusieurs « ex » LREM jugent trop rigide. « Il y a un vrai problème », estime Matthieu Orphelin. « Dès notre première réunion de groupe, en juillet 2017, j’ai dit que la règle imposant aux députés LREM de voter selon une consigne collective ne pouvait pas marcher. Richard Ferrand [alors président du groupe à l’Assemblée nationale] m’a emplafonné », raconte-t-il.

« De tout temps, les groupes politiques ont connu des défections, ou des frondes, comme sous Hollande, ou même de Gaulle », rappelle l’historien Jean Garrigues. « Mais l’usage était de rester dans le parti. » La différence, c’est que LREM « n’a pas la solidité nécessaire pour garder ces députés. Et eux n’ont pas eu le temps de s’attacher au mouvement, né en 2016. Le lien est plus superficiel, donc plus facile à rompre », résume-t-il. « C’est sûr qu’on voyait moins ça au PS. On y regardait à deux fois avant de partir en dissidence », souffle un marcheur passé par les rangs socialistes.

Mais ces départs restent marginaux (et individualistes, selon LREM)

Au parti, ces départs ne suscitent pas d’inquiétude. « Oui, on perd régulièrement des députés. Tous les deux ou trois mois, il y en a un qui part, ou se met à siéger en apparenté. Mais c’est marginal, et ça ne remet pas en cause notre fonctionnement », balaie-t-on à la direction de LREM.

« Les motivations sont différentes à chaque fois, il n’y a pas de divergences de fond. Souvent, ces ruptures sont liées à des tensions sur fond d’investitures municipales ou de soutien local », pointe-t-on au sein du parti. Une référence, sans les nommer, à Valérie Petit,  candidate malheureuse à l’investiture LREM pour briguer la mairie de Lille, ou Michèle Crouzet, partie pour se lancer dans la campagne à Sens face à la candidate soutenue par le parti.

Pour la direction, pas question de « revoir le mode de fonctionnement du groupe ou du parti » : « On a des règles, des procédures, une fois les décisions prises, elles s’imposent à tous », poursuit-on, déplorant des démissions visant à « faire pression sur le collectif ». Le parti compte renvoyer l’ascenseur et faire, lui aussi, pression sur ces dissidents. Stanislas Guerini, patron du mouvement, aurait, lors d’une réunion de groupe ce mardi, brandi la menace de ne pas leur accorder l’investiture LREM lors des législatives de 2022.