Présidentielle 2022 : Ségolène Royal, Marine Le Pen et les autres... Pourquoi l'élection est déjà dans toutes les têtes

POLITIQUE La patronne du Rassemblement national sera bien candidate à la prochaine présidentielle, tandis que Ségolène Royal et d’autres politiques y songent fortement

T.L.G.

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Marine Le Pen pense déjà à 2022
Marine Le Pen pense déjà à 2022 — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Marine Le Pen a annoncé lors de ses vœux à la presse ce jeudi qu’elle se lançait en campagne « pré-présidentielle » en vue de 2022.
  • « Si c’est moi la mieux placée – je ne le sais pas à l’heure où je vous parle –, je serai prête », a répondu Ségolène Royal à une question sur son ambition présidentielle.
  • D’autres personnalités politiques ont également indiqué qu’elles pensaient à cette échéance, plus de deux ans avant le scrutin.

 

2022 déjà dans toutes les têtes. Marine Le Pen a annoncé lors de ses vœux à la presse ce jeudi qu’elle se lançait en campagne « pré-présidentielle » pour préparer une « grande alternance » à Emmanuel Macron lors du scrutin de 2022. Le même jour, Ségolène Royal, passée à l’offensive médiatique après que le gouvernement a fait part de son intention de mettre fin à ses fonctions d'ambassadrice des pôles, a laissé la porte ouverte à une nouvelle candidature. « Si c’est moi la mieux placée, je serai prête » a répondu l’ancienne ministre socialiste sur BFMTV .

Prévue pour le printemps 2022, la présidentielle suscite déjà la convoitise. A des degrés divers, de nombreux politiques se sont déjà montrés interéssé, à gauche (Yannick Jadot, Bernard Cazeneuve, Jean-Luc Mélenchon…), comme à droite (Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau). A plus de deux ans de l’échéance suprême, pourquoi pensent-ils déjà tous à ça ?

Le contexte de crise pousse les politiques à se lancer

Il y a d’abord des raisons spécifiques. En accélérant le tempo, Marine Le Pen souhaite installer un peu plus son duel face à Emmanuel Macron, en profitant du contexte actuel de crise. « La société française est angoissée, presque désespérée, et les Français ne se sentent pas entendus. Nous devons leur envoyer ce signe qu’une autre politique est possible », résume le député Rassemblement national Sébastien Chenu. Autre enjeu pour la présidente du RN : mieux préparer l’élection qu’en 2017, après des ratés sur la sortie de l’euro ou lors du débat d’entre-deux-tours. « Beaucoup l’avaient enterrée, mais elle a traversé son désert, elle est aujourd’hui très motivée. Nous souhaitons prendre le temps de construire un programme adapté aux nouveaux enjeux », ajoute Chenu.

Ségolène Royal a peut-être, elle aussi, un calendrier en tête. « Elle a d’abord soutenu Emmanuel Macron, puis elle a été nommée ambassadrice. Pendant un moment elle a respecté son devoir de réserve, puis elle s’est réveillée il y a un an », observe ainsi Roland Lescure, député LREM des Français établis hors de France. « Pourquoi ? Une partie des réponses est à chercher dans les résultats électoraux de la gauche et le manque de leadership. Peut-être pense-t-elle qu’elle a une place à prendre. »

Un contexte général d’accélération du temps politique

Cet intérêt précoce pour la présidentielle s’explique plus généralement par une accélération du temps politique. « Le quinquennat a favorisé cette accélération. A la mi-mandat d’Emmanuel Macron, beaucoup considèrent que son travail est déjà terminé. C’est un paradoxe, car on est dans une période qui revendique au contraire une nouvelle forme de démocratie, plus participative, et l’on se focalise pourtant sur la présidentielle », remarque Jean Garrigues.

Pour l’historien, le dégagisme de 2017 a créé « un grand traumatisme » pour les familles politiques traditionnelles, Parti socialiste et Les Républicains en tête. « Auparavant, chaque parti avait son leader bien identifié : Jacques Chirac pour la droite dans les années 1990 ou François Mitterrand pour les années 1970-80 par exemple. Mais aujourd’hui, la situation est moins figée, les partis sont déstructurés, sans leaders, ce qui motive les ambitions plurielles », ajoute le spécialiste.

Chacun pense donc pouvoir émerger, espérant refaire le coup d’Emmanuel Macron en 2017. « La société de surmédiatisation, qui doit alimenter en permanence le récit politique, et l’accélération du temps politique rendent propice les déclarations de candidatures. Chacun a intérêt à occuper l’espace en permanence pour espérer provoquer un courant de sympathie dans l’opinion, poursuit l’historien. Celle qui l’a compris en premier a d’ailleurs été Ségolène Royal ». En 2006, portée par des bons sondages, la socialiste avait pris de court les éléphants du PS.