Réforme des retraites : Une semaine cruciale pour le gouvernement comme pour les opposants

MOBILISATION Le gouvernement affiche sa détermination à quelques jours de la présentation officielle de son projet de réforme des retraites, le 24 janvier en conseil des ministres

Laure Cometti

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Edouard Philippe le 15 janvier 2020 à Paris.
Edouard Philippe le 15 janvier 2020 à Paris. — BENOIT TESSIER / POOL / AFP
  • Alors que la mobilisation contre la réforme des retraites se poursuit, le gouvernement croit voir le bout du tunnel et mise sur un essoufflement progressif de la contestation.
  • Les opposants au texte, qui prévoit une retraite par points et un âge d’équilibre, ont toutefois programmé de nouvelles journées d’action, dont une manifestation le 24 janvier, date de la présentation du projet de loi en conseil des ministres.
  • Pour le gouvernement comme pour les opposants à la réforme, la semaine à venir s’annonce cruciale.

Mercredi, le gouvernement était réuni en séminaire à Paris. Il n’était pas consacré à la réforme des retraites, mais aux autres chantiers que l’exécutif compte mener à bien au cours des 18 prochains mois. Plus d’un mois après le début de la mobilisation contre le système de retraites par points, les marcheurs veulent montrer qu’un chapitre s’achève. Grévistes et manifestants, moins nombreux, continuent pourtant de se mobiliser dans divers secteurs, et une nouvelle journée de manifestation interprofessionnelle est prévue le 24 janvier, date de la présentation officielle du projet de loi.

« La bataille est gagnée »

Lors de ses vœux, ce vendredi, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, a estimé que le mouvement de grève contre la réforme des retraites était « en passe d’arriver à son terme ». Depuis qu’il a provisoirement supprimé l’instauration dès 2022 d’un âge pivot (ou « âge d’équilibre ») à 64 ans, l’exécutif estime avoir amorcé une sortie de crise. Il s’est conforté dans cette analyse avec les chiffres de la mobilisation jeudi, la première depuis que la CFDT, l’Unsa et la CFTC ont accepté la proposition d’Edouard Philippe et cessé d’appeler à la grève.

« La mobilisation sociale s’épuise un peu. On regarde surtout les taux de grévistes, et à la SNCF, par exemple, les chiffres sont plus que positifs », se satisfait l’entourage du Premier ministre. « C’est un chapitre qui se clôt bien » et le gouvernement « rentre dans une période plus normale », notamment grâce à sa « fermeté », souligne-t-on à Matignon : « on a multiplié les signaux montrant qu’on ne reviendrait pas sur la suppression des régimes spéciaux, ça a fini par être entendu. »

« Sans forfanterie, la bataille est gagnée, l’opinion a compris que nous irons jusqu’au bout », estime François Patriat, patron des sénateurs LREM, élu dans la Côte-d’Or. Pourtant, 60 % des Français soutiennent toujours la grève, et 67 % se disent inquiets quant au projet du gouvernement, d’après un sondage Harris pour RTL et AEF info publié mardi.

« Il n’est jamais trop tard pour faire céder un gouvernement »

L’exécutif espère même pouvoir « parler moins des retraites », et plus « d’autres sujets qui préoccupent les Français, comme l’écologie, le projet de loi dépendance prévu pour cet été, le plan de lutte contre le communautarisme en mars », égrène Matignon. Y parviendra-t-il ? Le calendrier de la semaine prochaine est crucial pour les opposants au système de retraite par points.

« Il n’est jamais trop tard pour convaincre et faire céder un gouvernement », a lancé Philippe Martinez dans le cortège parisien ce jeudi. Comme le secrétaire général de la CGT, nombre de grévistes interrogés jeudi par 20 Minutes à Paris affichaient leur détermination. « J’irai jusqu’au bout », promettait William, conducteur de RER, en grève depuis le 5 décembre. Ils misaient même sur « l’entrée de nouveaux secteurs dans le mouvement, et de nouvelles formes de mobilisation, comme les retraites aux flambeaux », expliquait Laëtitia Faivre, enseignante et secrétaire départementale de la FSU Paris.

Une trêve avant l’arrivée du texte à l’Assemblée ?

L’intersyndicale (CGT, FO, Solidaires, FSU, CFE-CGC et des organisations de jeunesse) a appelé à de nouvelles actions et manifestations pour les jours à venir, avec une 7e journée de mobilisation interprofessionnelle en point d’orgue, vendredi 24 janvier. C’est la date à laquelle le projet de loi définitif sera enfin dévoilé, ainsi qu’une étude d’impact financier de 800 pages.

« L’essentiel du texte est déjà connu, on va simplement reparler du texte, réexpliquer des points », anticipe-t-on à Matignon. La majorité se prépare en outre à un débat parlementaire « musclé », selon François Patriat. Le projet de loi sera examiné en commission à l’Assemblée dès le 17 février. « On n’est pas totalement sereins, on sait bien que les oppositions vont mener une guérilla à l’Assemblée puis au Sénat, ça va durer deux ou trois semaines à chaque lecture ». Plusieurs partis de gauche comptent déposer une motion de censure. Ce vendredi, le patron des communistes a assuré qu’il la signera, tandis que le chef de file des socialistes Olivier Faure n’a pas exclu de la voter, "après" le débat parlementaire.