Affaire Ségolène Royal : La majorité assume le limogeage d'une ambassadrice jugée trop critique

COUP DE FROID Plusieurs responsables de la majorité justifient le limogeage de l'ambassadrice chargée de la négociation internationale sur les pôles par des prises de paroles politiques

Clément Giuliano, avec Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Ségolène Royal émettait trop de critiques à l'encontre du gouvernement, estime le gouvernement.
Ségolène Royal émettait trop de critiques à l'encontre du gouvernement, estime le gouvernement. — ERIC PIERMONT/AFP
  • Plusieurs responsables de la majorité justifient le limogeage annoncé de Ségolène Royal de son poste d'ambassadrice chargée de la négociation internationale sur les pôles.
  • Pour la Macronie, l'ancienne ministre faisait plus de politique que de diplomatie.
  • L’exécutif dément en revanche toute intervention quant à l'ouverture d’une enquête préliminaire visant Ségolène Royal.

Le clap de fin d’une séquence qui n’avait que trop duré. Pour l’exécutif comme au sein de la majorité, le limogeage annoncé de Ségolène Royal n’est, en réalité, qu’une conséquence logique de ses prises de position depuis plusieurs mois. « La diplomatie, c’est une mission, la politique en est une autre », a justifié Edouard Philippe, ce mercredi  à l’issue d’un séminaire gouvernemental, prenant toutefois soin de préciser que l’exécutif prendrait sa « décision » après avoir entendu les « observations » de l’ancienne ministre. « Ségolène Royal consacre son temps à des prises de paroles politiques en opposition au gouvernement », avait dénoncé Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, quelques heures plus tôt sur BFMTV. « Elle s’est trop éloignée de sa mission. »

« Depuis un an, elle nous donne des leçons »

Alors que la ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, avait déjà, ce week-end, demandé à l’ambassadrice chargée de la négociation internationale sur les pôles de modérer ses prises de position, Roland Lescure, député LREM des Français établis hors de France, juge auprès de 20 Minutes que le limogeage de Ségolène Royal était inéluctable. L’ancienne ministre avait « une vision élastique de son devoir de réserve ».

« Elle ne devait pas parler de politique nationale or, depuis un an, elle nous donne des leçons pour sortir de la crise des "gilets jaunes", puis sur les retraites », s’agace l’élu, qui avait alerté dès le mois de décembre sur le cas Royal. « Si elle pense qu’elle peut incarner le renouveau de la gauche française, c’est son droit, mais elle ne peut le faire en restant ambassadrice ! »

Christophe Naegalen, le député UDI qui avait, avec son collègue marcheur Éric Girardin, annoncé à Noël la convocation à venir de l’ancienne ministre à l’Assemblée nationale pour s’expliquer sur l’utilisation des moyens qui lui étaient attribués, va plus loin. « La nommer à ce poste était une erreur. On a privilégié le politique ou le médiatique à la compétence et à l’investissement, tacle le député des Vosges. Le bureau de la commission des Affaires étrangères devait fixer ce mercredi une date pour la convoquer, à ma demande. Elle ne sera plus en poste [son départ doit intervenir le 24 janvier, selon France Inter], mais j’aimerais tout de même l’auditionner. »

« No comments » sur l’enquête judiciaire

Loquaces sur ce « licenciement (...) sans entretien préalable » de Ségolène Royal, comme l’a qualifié l’intéressée elle-même, les élus macronistes ne s’épanchent toutefois pas sur l’ouverture, révélée ce mercredi, d’une enquête préliminaire par le parquet national financier pour l’utilisation de ses moyens d’ambassadrice. Roland Lescure souhaite « évidemment que la justice suive son cours en toute indépendance ». Pour Christophe Naegalen, cette procédure prouve « que l’on se doit d’être vigilant et exemplaire avec les deniers publics ».

« Il n’y a, du point de vue judiciaire, aucun règlement de compte politique », a en tout cas assuré la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Dans un communiqué publié ce mercredi en fin de journée, le parquet national financier annonce avoir "ouvert d'initiative, en novembre 2019", l'enquête préliminaire visant Ségolène Royal. Les investigations ont été confiées à la BRDE (brigade de la répression de la délinquance économique) de la police judiciaire parisienne.