Municipales 2020 : Pour gagner, le Rassemblement national fait la promo de ses mairies

CAMPAGNE En manque d’ancrage local, le parti de Marine Le Pen met en avant la bonne gestion de la dizaine de villes qu’il a conquise en 2014

Laure Cometti

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Marine Le Pen à Paris, à la maison de la chimie pour la convention municipale du Rassemblement national le 12 janvier 2019.
Marine Le Pen à Paris, à la maison de la chimie pour la convention municipale du Rassemblement national le 12 janvier 2019. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Le Rassemblement national organisait ce dimanche sa convention municipale à Paris pour lancer officiellement sa campagne.
  • L’un des axes de campagne est le bilan des 11 villes déjà détenues par le RN, qui ambitionne de les conserver et d’en conquérir de nouvelles lors des élections municipales prévues en mars.
  • Le parti ne lésine pas sur les efforts et les louanges pour faire la promotion de ses maires, mais reste tourné vers la présidentielle de 2022.

Difficile de se faire entendre en politique ces jours-ci lorsqu’on ne parle pas des retraites. C’est peut-être pour cela que les élus Rassemblement national ont matraqué ad libitum leur slogan de campagne pour les municipales, « la gestion RN, ça marche ! ». Réuni en convention à Paris autour de sa présidente Marine Le Pen, le parti a lancé sa campagne ce dimanche, à deux mois du premier tour, prévu le 15 mars. Peindre un portrait lisse de la dizaine de villes conquise en 2014 est un levier central de la stratégie du mouvement, en manque d’ancrage local.

Des villes vitrines

« En 2014, lorsque le Front national a conquis des villes, que n’a-t-on pas entendu : le soleil ne se lèverait plus, il y aurait des vols de sauterelles », lance Gilles Pennelle, en charge de la stratégie pour les municipales. Il y a six ans, le parti avait emporté 11 mairies, dont Hayange (Moselle), Cogolin (Var) ou Le Pontet (Vaucluse). Le maire de Fréjus (Var), David Rachline, poursuit lui aussi la métaphore biblique : « à en croire nos opposants les sept plaies d’Egypte allaient s’abattre sur nos villes. Or elles se portent mieux que jamais », sourit-il.

Pour en convaincre le plus grand nombre, les édiles RN se succèdent à la tribune ce dimanche, comme Steeve Briois, élus dès le premier tour en 2014 à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ou Julien Sanchez, maire de Beaucaire (Gard). « Votre travail est la meilleure carte de visite pour nos candidats », loue Thierry Mariani, transfuge de la droite.

Peindre l’image de bons gestionnaires

Un dépliant a même été imprimé sur papier glacé pour vanter le bilan des mairies RN. Au fil d’une vingtaine de pages, les photos couleurs d’édiles souriants et les slogans ponctués de points d’exclamations s’enchaînent. Car le RN compte sur sa timide percée de 2014 pour gagner en ancrage local dans la perspective de la présidentielle de 2022. Ces villes RN, vitrines pour le parti, sont utilisées pour poursuivre la « dédiabolisation du parti », et faire « tache d’huile » en conquérant des communes voisines, surtout dans le Nord et dans le Sud-Est.

Le parti mise surtout sur la fiscalité locale et la sécurité. « Nous avons tenu nos promesses, avec aucune hausse d’impôts locaux dans nos villes », vante David Rachline, qui a maintenu la taxe d’habitation au même taux depuis 2014. « Grâce à notre bilan, nous avons une vraie légitimité ». A Frejus, Hénin-Beaumont et Mantes-la-Ville, les trois plus grosses villes dirigées par le RN, la taxe d’habitation et la taxe foncière n’ont pas augmenté depuis 2014, selon le journal La Croix.

Sur la sécurité, pilier du programme, les élus défilent pour vanter les recrutements de policiers et la lutte contre la délinquance. « Il n’y a eu aucune voiture brûlée le soir du 31 décembre dans nos villes ! », assure Marine Le Pen. Pour Steeve Briois, maire d’Hénin-Beaumont, « la gestion RN, ça marche parce que nos candidats sont faits du même bois que leurs administrés ». La proximité avec les habitants est en effet l’autre argument du service après-vente des mairies RN.

Un tremplin vers 2022

Mais le bilan des maires RN est aussi marqué par quelques coups d’éclats bien moins consensuels que les baisses d’impôts : à Hayange, Fabien Engelmann a été débouté par la justice après avoir voulu expulser le Secours populaire, qu’il juge trop « pro migrant ». A Fréjus, un tribunal a suspendu le couvre-feu souhaité par David Rachline près d’un centre de migrants. Peu importe, balaie-t-on au parti. « Notre gestion marche, et la meilleure preuve c’est que nos scores électoraux se sont envolés dans ces villes », reprend Gilles Pennelle. Dans le Pas-de-Calais, le parti a conquis quatre circonscriptions aux législatives de 2017, tout autour d’Hénin-Beaumont.

De quoi doper la confiance des candidats investis par le mouvement, qui n’affiche pas d’objectif chiffré. « Il n’y a pas de forteresse imprenable », estime Emeric Salmon, candidat à Rennes. Mais ce scrutin reste « une étape vers la conquête du pouvoir », rappelle la direction du parti. Le discours de clôture de Marine Le Pen est d’ailleurs tourné vers 2022, alternant les points de programme présidentiel, comme la « démétropolisation » et le « localisme », et les attaques contre celui dont elle fait son adversaire principal, Emmanuel Macron.