Municipales 2020 : Duel fratricide, remaniement... Trois questions sur la candidature du ministre de l'Agriculture à Biarritz

CAMPAGNE Didier Guillaume va lancer officiellement sa campagne ce samedi sur le littoral basque

Laure Cometti

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Didier Guillaume, ministre de l'agriculture, le 28 décembre 2019 à Marcon.
Didier Guillaume, ministre de l'agriculture, le 28 décembre 2019 à Marcon. — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, va officiellement lancer sa campagne municipale à Biarritz ce samedi, où il sera tête de liste.
  • D’après la règle fixée par le Premier ministre, ce n’est qu’en cas de victoire qu’il pourrait être amené à démissionner, s’il préfère son mandat de maire à son portefeuille ministériel. Il n’y aurait donc pas de remaniement avant le scrutin prévu les 15 et 22 mars.
  • Peu de ministres sont têtes de liste aux municipales, la plupart préfèrent ne pas se lancer en campagne, et quelques-uns seront sur des listes, mais pas en première position.

C’est la fin d’un faux suspense. Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, va lancer sa campagne pour l’élection municipale à Biarritz ce samedi, avec un meeting dans une salle de pelote basque. L’ancien sénateur socialiste espère ravir la mairie de cette cité balnéaire des Pyrénées-Atlantiques au maire sortant, issu du MoDem. Sa candidature soulève la question d’un éventuel remaniement, mais aussi celle de l’unité du gouvernement, alors qu’il affrontera un autre membre du gouvernement dans les urnes biarrotes.

Quel ministre va gagner à Biarritz ?

Le scrutin biarrot est aussi un match entre membres du gouvernement. Le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, issu de la droite (ancien membre du parti Les Républicains), figure sur la liste du maire sortant, le centriste Michel Veunac. Ce dernier a déjà ironisé sur la candidature de Didier Guillaume : « quitte à avoir un ministre à Biarritz, il vaut mieux avoir celui du Tourisme que de l’Agriculture ». La campagne municipale va-t-elle virer à l’affrontement fratricide ?

L’entourage de Jean-Baptiste Lemoyne veut minimiser le duel : « il n’est pas tête de liste ». Mais ajoute qu'« il va s’engager dans la campagne municipale, car sa vie est un peu là-bas ». Le secrétaire d’Etat a d’ailleurs partagé ses vœux depuis Biarritz, via les réseaux sociaux.

Un de ses proches tacle la candidature de Didier Guillaume : « il vient de la Drôme, donc s’il y en a un qui est déraciné, c’est lui », lance-t-il en réponse aux accusations de parachutage des deux ministres sur le littoral basque.

Y aura-t-il un remaniement ?

A priori non, en tout cas pas avant fin mars. L’attaché de presse de Didier Guillaume dément les rumeurs de démission du ministre de l’Agriculture et rappelle que « la règle du Premier ministre était que les ministres en campagne pouvaient garder leur poste jusqu’aux élections ».

Edouard Philippe a effectivement décrété qu'« à partir de janvier 2020 », les membres du gouvernement pourront être candidats s’ils le souhaitent. Mais « quand on est ministre on ne peut pas cumuler avec la tête d’un exécutif local », autrement dit, en cas de victoire, les ministres devront choisir entre leur mairie et leur poste au gouvernement. « Un remaniement n’interviendrait donc qu’en mars », avance l’entourage d’un ministre.

En attendant le scrutin, prévu les 15 et 22 mars, Didier Guillaume reste en charge de l’agriculture au gouvernement. « Sa campagne locale risque d’avoir un impact sur son agenda de ministre, mais je suis sûr qu’il restera très impliqué sur les chantiers de ce début d’année, comme la négociation de la PAC [Politique agricole commune] », note un parlementaire, fin connaisseur des dossiers agricoles. « De toute façon, ça ne serait pas un bon signal de changer de ministre de l’Agriculture maintenant. Et puis l’essentiel des discussions est mené par les personnels du cabinet ».

D’autres ministres seront-ils têtes de liste ?

L’affluence de ministres pour la municipale à Biarritz ne reflète pas le reste du gouvernement, où les candidatures ne sont pas très nombreuses. A ce jour, seul le ministre de l’Agriculture s’est officiellement déclaré tête de liste. Deux ministres transfuges de droite, Gérald Darmanin (Action et comptes publics) et  Sébastien Lecornu (Cohésion des territoires) seront respectivement candidats à Tourcoing (Nord) et Verdon (Eure), mais ils n’ont pas encore révélé s’ils en prendront la tête.

Marc Fesneau, secrétaire d’Etat en charge des relations avec le Parlement, sera sur la liste dans son fief de Marchenoir (Loir-et-Cher), nous confirme son cabinet, et le secrétaire d'Etat à la Jeunesse Gabriel Attal sera sur une liste à Vanves (Hauts-de-Seine). Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a confirmé ce jeudi au journal Le Parisien  qu'elle sera candidate sur la liste de Benjamin Griveaux à Paris. 

Trois autres ministres ont annoncé qu’ils seront sur des listes, selon l'hebdomadaire Marianne, soit un total de dix membres du gouvernement officiellement en campagne. D’autres peuvent encore se déclarer, comme Edouard Philippe, qui pourrait figurer sur une liste dans son fief du Havre. En revanche, plusieurs ont renoncé à se lancer dans ce scrutin, comme la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Brune Poirson, pressentie à Avignon.