Réforme des retraites: Sortir du conflit sans renier son projet, le délicat défi de l'exécutif

POLITIQUE Après un mois de grève, le gouvernement cherche toujours une sortie de crise pour mener à bien la réforme des retraites

Thibaut Le Gal

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Le dossier retraites est entre les mains d'Edouard Philippe.
Le dossier retraites est entre les mains d'Edouard Philippe. — Jacques Witt/SIPA
  • L'exécutif espère trouver une sortie de crise pour mener à bien la réforme des retraites.
  • «J'attends du gouvernement d'Edouard Philippe qu'il trouve la voie d'un compromis rapide», a assuré Emmanuel Macron lors de ses voeux.
  • Les concertations avec les syndicats reprennent mardi, alors que deux journées de mobilisation contre le projet sont déjà prévues.

Pour l’exécutif, le début de l’année 2020 ressemble à s’y méprendre à la fin décembre. Le gouvernement cherche toujours une sortie de crise pour mener à bien sa réforme des retraites. Car après un mois de grève, le bras de fer se poursuit. Deux journées de mobilisation contre le projet sont déjà prévues, jeudi et samedi.

Emmanuel Macron retrouve donc ses ministres lundi avec cet objectif : éviter l’enlisement, avant la reprise des concertations avec les organisations syndicales le lendemain. Pour la majorité, le temps presse. Le texte final doit être présenté en Conseil des ministres la semaine du 20 janvier.

Pénibilité, âge pivot, seniors… Quelle marge de négociations ?

« J’attends du gouvernement d’Edouard Philippe qu’il trouve la voie d’un compromis rapide », a assuré Emmanuel Macron lors de ses vœux. Mais jusqu’ici, les discussions sont au point mort. Même les syndicats dits « réformistes » n’ont pas été convaincus par les annonces du gouvernement.

« Sur l’universalité du régime, objectivement, il y a peu de marges de négociation : un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous. Et on doit garder un âge d’équilibre [à 64 ans] pour assurer la pérennité du système », avance Bruno Bonnell. « Mais la porte est ouverte à la discussion sur la pénibilité. On pourrait définir de nouveaux critères par exemple pour les métiers où l’on sauve des vies (médecins, infirmiers, etc.), ou l’on risque sa vie (policiers, militaires, etc.) et pour les métiers du lien (accompagnateurs de vie scolaires, de personnes en situation de handicap) », énumère le député LREM du Rhône. Cette prise en compte de la pénibilité et le « maintien dans l’emploi des seniors » seront au cœur des discussions mardi.

Trouver une sortie de crise… sans se renier

Reste la question de l’âge pivot, « ligne rouge » pour la CFDT, la CFTC et l’Unsa. « On peut trouver une issue à la crise si on revient sur cet âge pivot, qui est très injuste socialement et bloque les négociations », remarque Jean-François Cesarini. Le député du Vaucluse propose, avec une quinzaine de ses collègues de «l'aile gauche» de la majorité, de le remplacer par « un âge d’équilibre individualisé », prenant en compte l’espérance de vie en bonne santé à partir de 65 ans par métier. « Le président a ouvert cette porte le 31 décembre en disant que ceux qui effectuent des "tâches difficiles" pourront partir plus tôt, on espère que le Premier ministre mettra de l’eau dans son vin », ajoute Cesarini.

En pleine contestation sociale, Edouard Philippe a déjà dû lâcher du lest. Plusieurs corps de métiers (marins, policiers, militaires, danseurs de l’Opéra) ont obtenu des aménagements dans le futur projet de retraites. Au risque de mettre à mal l’universalité du projet ? « Le régime soi-disant unique est devenu un régime inique. Avec les exceptions et les différentes mesures d’âge, on va se retrouver avec un système beaucoup plus complexe et avec plus de régimes spéciaux qu’avant », a ainsi dénoncé le patron des Républicains Christian Jacob aux Echos.

« Le souci de l’exécutif est de faire coexister la perspective universelle du projet et le nombre important d’exceptions qu’elle commence à avoir. Cela donne aussi des arguments à l’opposition. Si la réforme est si bien que ça, pourquoi multiplier les dérogations, comme l'a dénoncé la CGT », résume Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. « Le compromis semble donc aujourd’hui difficile à trouver, d’autant que le gouvernement n’a pas remporté la bataille de l’opinion ». Selon un sondage Ifop pour le JDD, plus de la moitié des Français (55 %) souhaite que le gouvernement n’aille pas au bout de la réforme.