Vœux du 31 décembre, un exercice à risque pour Emmanuel Macron ?

ICI L’ELYSEE Les vœux du 31 décembre sont l’occasion de faire passer des messages

Nicolas Raffin

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Un poster d'Emmanuel Macron à Martigues, en 2019.
Un poster d'Emmanuel Macron à Martigues, en 2019. — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Comme chaque année, Emmanuel Macron présentera ses vœux le 31 décembre.
  • Le chef de l’Etat doit composer avec un contexte social tendu en raison de l’opposition à la réforme des retraites.
  • Ce n’est pas la première fois qu’un président de la République fait face à une telle situation.

Emmanuel Macron n’a peut-être pas souhaité un joyeux Noël aux Français, mais il ne ratera pas le traditionnel discours du 31 décembre. Le président de la République se sait particulièrement attendu : depuis le début du mouvement social contre la réforme des retraites, le 5 décembre, c’est surtout le Premier ministre Edouard Philippe qui a été chargé de défendre la politique gouvernementale et de négocier avec les syndicats.

De son côté, le chef de l’État s’est montré très discret sur le sujet. Lors d’un déplacement à Abidjan (Côte d’Ivoire), le 21 décembre, il avait simplement appelé les grévistes à une « trève » de Noël, au nom de « l’esprit de responsabilité ». L’Elysée avait ensuite fait passer l’information qu’il renonçait à sa future « dotation » d’ancien président (6.220 euros bruts mensuels à vie) pour se conformer à la retraite universelle à points. En revanche, aucune annonce présidentielle n’avait été faite sur les piliers de la réforme, par exemple sur l’âge-pivot.

Une copie de 2018 ?

Depuis ? La contestation ne s’est pas interrompue, et les grèves se poursuivent toujours (26e jour de mobilisation ce lundi), dépassant largement le « record » de 1995 (22 jours). Autant dire que les vœux du 31 décembre vont être scrutés et décortiqués. « Tout flotte chez les Marcheurs. La seule manière de sortir de la crise, c’est que le chef prenne la parole le 31 », estime l’analyste Philippe Moreau-Chevrolet, contacté par l’AFP.

Pour son discours, Emmanuel Macron pourra s’inspirer… de lui-même. L’année dernière, à la même époque, il devait déjà faire face à une autre contestation, celle des « gilets jaunes ». « Une colère a éclaté » reconnaissait d’ailleurs le chef de l’État le 31 décembre 2018. S’il avait montré une forme de compréhension à l’encontre de ceux mobilisés sur les ronds-points, le président de la République avait dénoncé dans le même temps « les porte-voix d’une foule haineuse » qui « prennent pour prétexte de parler au nom du peuple ». Surtout, il avait annoncé que le gouvernement « poursuivr [ait] [le] travail pour ancrer nombre de ces réformes [assurance-chômage, fonction publique, retraites] dans notre quotidien ».

Un déroulé qui rappelle curieusement les vœux du 31 décembre… 1995, formulés alors par Jacques Chirac. Alors que le gouvernement Juppé venait de renoncer à sa réforme des retraites après plusieurs semaines de grève, l’ancien chef de l’État avait commencé par « rendre hommage » à la politique menée par son Premier ministre. Puis il avait ensuite reconnu que « la crise (…) [avait] mis en lumière des inquiétudes, des angoisses face au chômage, face à des réformes trop longtemps différées, face à un avenir incertain ». Des « inquiétudes » qui font étrangement écho au « malaise » décrit une vingtaine d’années plus tard par Emmanuel Macron.

Faire des concessions ?

Ce type de discours, combinant empathie sur la forme et fermeté sur le fond, sera-t-il reproduit ? L’Elysée a en tout cas commencé à distiller les éléments de langage en amont de l’allocution. « Ce sera un discours de vérité et d’apaisement en matière de modèle social. Il faut accepter de faire évoluer ce modèle pour l’adapter à la société d’aujourd’hui » assure par exemple un membre du gouvernement interrogé par France Info. Mais il y a une différence essentielle par rapport à 2018 : les concessions.

En 2018, avant les vœux du Président, le gouvernement avait annoncé un plan de 10 milliards d’euros en réponse aux « gilets jaunes », avec notamment l’annulation de la taxe carbone qui avait été à l’origine du mouvement. La création de la « prime Macron » avait aussi permis au chef de l'Etat d'utiliser l'argument du pouvoir d'achat. 

Cette année, si plusieurs métiers (pilotes, militaires, policiers, pompiers) ont bien obtenu la garantie de pouvoir continuer à partir plus tôt à la retraite, les piliers de la réforme (âge-pivot, système universel à points, fin des régimes spéciaux) n’ont pas bougé. Pour Philippe Moreau-Chevrolet, impossible pour le chef de l’État de rester les bras croisés : il doit « annoncer quelque chose, comme le grand débat ou une suspension de la réforme. Il pourrait aussi la vider de son contenu, ou encore retirer ou moduler l’âge pivot, afin de pouvoir faire passer l’essentiel de sa vision ».