Réforme des retraites : Après une troisième manifestation importante, le bras de fer se poursuit entre syndicats et gouvernement

MOBILISATION Des centaines de milliers de personnes ont manifesté ce mardi dans toute la France contre la réforme des retraites, à l’appel pour la première fois de l’ensemble des syndicats

Laure Cometti
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Edouard Philippe à l'Assemblée le 17 décembre 2019.
Edouard Philippe à l'Assemblée le 17 décembre 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • Des centaines de milliers de personnes ont manifesté ce mardi dans toute la France contre la réforme des retraites, à l’appel pour la première fois de l’ensemble des syndicats.
  • La mobilisation a augmenté par rapport au 10 décembre, selon les chiffres de la CGT qui a revendiqué 1,8 million de manifestants, contre 615.000 selon la police.
  • Le bras de fer se maintient entre le gouvernement et les opposants au projet, alors qu’Edouard Philippe recevra mercredi les organisations syndicales et patronales.
 

La démonstration de force est réussie pour les syndicats. Des centaines de milliers de personnes ont battu le pavé ce mardi, contre la réforme des retraites du gouvernement, au treizième jour du mouvement de grève initié le 5 décembre. C’était la troisième journée de manifestation nationale, après le 5 et le 10 décembre, et la première depuis les annonces d’ Edouard Philippe sur le contenu du projet du gouvernement.

A la veille d’une série de réunions à Matignon entre l’exécutif et les syndicats, la mobilisation a augmenté, selon les chiffres de la CGT qui a revendiqué 1,8 million de manifestants, contre 615.000 selon la police.

Une contestation « enracinée »

« Ces chiffres montrent que la protestation s’est enracinée depuis le 5, et le rapport de force est toujours de haut niveau », observe Stéphane Sirot, historien spécialiste de l’histoire des grèves et du syndicalisme. « C’est une relance, car les chiffres du 10 décembre étaient moins importants. Il y a même eu des coupures de courant, c’est le signal d’un regain de la mobilisation dans des secteurs jusque-là peu visibles, et peut-être d’un durcissement du mouvement », ajoute le professeur à l’université de Cergy-Pontoise.

Cela n’arrange pas les affaires du gouvernement, déjà embêté par le départ, devenu inévitable, de son « Monsieur retraites » lundi. « C’est une démonstration de force réussie pour les opposants au projet », estime Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS.

Unité de façade des syndicats

Pour la première fois, la CFDT a rallié les cortèges, après l’annonce du Premier ministre de la mise en place dès 2022 d’un « âge d’équilibre » fixé à 64 ans, une « ligne rouge » selon ce syndicat. Avec la CFTC et l’Unsa, il défilait pour demander l’amélioration du projet du gouvernement, tandis que la CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU ont marché pour réclamer le retrait de cette réforme.

« Le fait que la CFDT soit venue a donné un aspect plus unitaire à la mobilisation, souligne Stéphane Sirot. C’est plutôt une unité de façade, car les revendications diffèrent et les cortèges étaient même séparés, mais ça crée une dynamique ». L’historien rappelle qu’il faut remonter à 2010 pour observer une unité syndicale, contre la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy, à l’époque. « Mais c’était une vraie unité, tous les syndicats portaient le même message », nuance-t-il.

« L’exécutif va-t-il s’immiscer dans ces divergences syndicales ? », s’interroge Bruno Cautrès. « Il pourrait ne pas abattre tout de suite la carte du remplacement de Jean-Paul Delevoye », poursuit le politologue. Pour gagner du temps, mais aussi car trouver la personne idoine pour porter cette réforme relève du casse-tête.

Une impasse ?

Pendant que les manifestants défilaient dans toute la France, le Premier ministre répondait aux questions des députés à l’Assemblée sur l’âge d’équilibre, notamment. Edouard Philippe a affirmé sa « détermination totale » à mener cette réforme. Il a maintenu le cap de « l’équilibre à 2027 » pour le système des retraites, et n’a pas envisagé de retirer cette mesure, sauf « si les partenaires sociaux font une meilleure proposition qui garantit l’équilibre ».

Le bras de fer entre gouvernement et syndicats se poursuit donc. « On se rapproche d’une situation qui peut être totalement bloquée car Edouard Philippe ne donne pas de signal de recul sur l’âge pivot », avance Bruno Cautrès. « Les heures et les jours à venir s’annoncent donc absolument décisifs ».

Partenaires sociaux et gouvernement trouveront-ils une sortie de crise avant Noël ? Des concertations doivent s’ouvrir dès mercredi après-midi à Matignon : Edouard Philippe recevra les chefs de files de six syndicats (Unsa, CGT, CFTC, CFDT, FO et CFE-CGC) et ceux de trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P) pour des points bilatéraux, avant une réunion « multilatérale » prévue jeudi.

En outre, la CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU se réuniront ce mardi soir pour décider de la suite du mouvement. Une majorité de Français (62 %) soutient le mouvement de grève, selon un sondage Harris Interactive mené le 16 décembre, mais 69 % souhaiteraient une « trêve de Noël ».