Réforme des retraites : Pourquoi la démission de Jean-Paul Delevoye est un nouveau coup dur pour l’exécutif

LES TEMPS SONT DURS Fragilisé par des révélations sur des mandats non déclarés, le Haut-commissaire aux retraites et ministre délégué a démissionné ce lundi à la veille d’une nouvelle manifestation contre le projet de réforme

Thibaut Le Gal avec Delphine Bancaud.

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Edouard Philippe et Jean-Paul Delevoye
Edouard Philippe et Jean-Paul Delevoye — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • Depuis plusieurs jours, Jean-Paul Delevoye était enferré dans une polémique après des révélations sur des mandats non déclarés
  • Le Haut-commissaire aux retraites a démissionné ce lundi de son poste de ministre délégué.
  • A la veille d'une nouvelle manifestation nationale contre le projet de réforme des retraites, la démission tombe mal pour l'exécutif.

Jean-Paul Delevoye bat en retraite. Dans la tourmente après une semaine de révélations sur ses activités et mandats non déclarés, le haut-commissaire a quitté le gouvernement ce lundi. « Mon erreur est d’une légèreté coupable. Je la paye. C’est la dure loi de la responsabilité, de l’exemplarité et de la transparence qui doit s’appliquer à tous et à moi en particulier », reconnaît-il dans un communiqué.

A la veille d’une nouvelle  journée de mobilisation contre la réforme de retraites, la position du ministre délégué, soupçonné de conflits d'intérêts et d'un cumul d'activités interdit, devenait intenable.

« L’opposition et certains syndicats de mauvaise foi avaient trouvé un os à ronger »

« Par sympathie, je lui ai fait un petit texto ce matin pour lui dire de ne pas lâcher. Il n’a pas été bavard, je pense que sa décision était déjà prise », souffle Olivier Damaisin, élu LREM du Lot-et-Garonne. « Sans comparer à Cahuzac, ou même Rugy, au bout d’un moment, ce genre de situation devient intenable, c’était délicat pour lui et pour la majorité », ajoute le député, ambassadeur de la réforme des retraites à l’Assemblée nationale pour son groupe parlementaire.

Depuis une semaine, date des premières révélations sur sa déclaration d'intérêts incomplète, le ministre est dans le viseur des opposants au projet. « Il va manquer par son expérience, mais sa démission libère d’une difficulté qu’il avait lui-même créée. Il aurait continué de parasiter le processus de négociations sur les retraites », confie François Patriat, patron des sénateurs LREM.

« L’opposition et certains syndicats de mauvaise foi avaient trouvé un os à ronger, n’ayant rien d’autre à dire sur la réforme. Il a démissionné pour aider le gouvernement en s’éloignant de cette bronca médiatique et politicarde », s’agace Bruno Bonnell. « On se prive d’une compétence remarquable, sur un sujet d’une complexité extrême. Personne plus que lui ne connaît tous les régimes de retraite dans le détail, avec leurs nuances. Il bossait sur le sujet depuis trois ans, jour et nuit », s’agace le député macroniste du Rhône, qui ajoute : « Avec ou sans Jean-Paul Delevoye, la réforme ira au bout »

« Le gouvernement veut passer en force une mauvaise réforme, avec ou sans Delevoye »

Le départ de « monsieur retraites » reste un coup dur pour l’exécutif. Emmanuel Macron doit désormais lui trouver un remplaçant. Le nom sera connu « dans les plus brefs délais », a fait savoir ce lundi l’Elysée. Empêtré dans une grève des transports depuis 12 jours, le gouvernement ne veut pas perdre de temps. « On continue à bosser, il y a un projet de loi à porter », dit-on au cabinet de Jean-Paul Delevoye. Le texte doit être présenté en conseil des ministres le 22 janvier 2020 et le gouvernement espère encore convaincre les syndicats, qui sont conviés ce mercredi à 14h30 à Matignon.

Côté partenaires sociaux, le départ du principal interlocuteur depuis plus de deux ans ne semble pas émouvoir outre-mesure. « Le gouvernement veut passer en force une mauvaise réforme, avec ou sans Jean-Paul Delevoye. Son départ ne change pas le fait que nous ne voulons pas négocier un système par points, ni le rapport de force. Seule une forte mobilisation arrêtera le gouvernement sur le sujet », avance Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT.

« Nous aurons besoin d’un interlocuteur qui connaît parfaitement le dossier, comme l’était Delevoye, lorsque l’on entamera les dernières négociations sectorielles. Mais à court terme, les arbitrages de la semaine doivent être posés par l’Elysée et Matignon », indique Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa. Dans la majorité, on rappelle aussi que le dossier est entre les mains d’Edouard Philippe. La pression est désormais à Matignon.