Réforme des retraites : Pourquoi cette semaine sera décisive pour le gouvernement

SOCIAL Le calendrier de l’exécutif s’accélère pour tenter d’éteindre l’incendie sur ce dossier brûlant

Delphine Bancaud

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Emmanuel Macron lors d'un débat sur les retraites à Rodez (Aveyron) le 3 octobre 2019.
Emmanuel Macron lors d'un débat sur les retraites à Rodez (Aveyron) le 3 octobre 2019. — ERIC CABANIS / POOL / AFP
  • Edouard Philippe présentera ses arbitrages mercredi sur la réforme des retraites devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE).
  • Pour désamorcer la contestation sociale, le gouvernement tente de rallier les syndicats les plus réformistes en leur offrant des gages.
  • Car malgré un contexte politique et social tendu,  l’hypothèse d’un recul du gouvernement sur ce dossier est improbable.

Cette semaine pourrait être la plus importante du quinquennat Macron. Le bras de fer entre les syndicats et le gouvernement continuera-t-il ou l’exécutif parviendra-t-il à désamorcer la crise sur la réforme des retraites ?

Les jours prochains vont être décisifs pour répondre à cette question. Après plusieurs réunions organisées ce dimanche à Matignon et à l'Elysée, Emmanuel Macron et Edouard Philippe doivent réunir ce lundi les ministres concernés par le dossier et les dirigeants de la majorité pour un «déjeuner de calage». La ministre des Solidarités, Agnès Buzyn et le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, présenteront dans la foulée aux partenaires sociaux les conclusions de la concertation.

Mardi, ce seront les syndicats qui seront en première ligne, une nouvelle journée d’action contre le projet du gouvernement étant prévu dans les grandes villes. Et enfin, mercredi Edouard Philippe détaillera «l'intégralité du projet du gouvernement» devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Ce qui déterminera la suite du mouvement.

« Nous tiendrons jusqu’au retrait », affirme le leader de la CGT

Pour l’heure le dialogue de sourds continue entre les syndicats et le gouvernement. Dans Le Journal du Dimanche, le Premier ministre s’est dit « déterminé » à mener « jusqu’à son terme » le projet de système universel de retraite par points. Un volontarisme qui n’a pas déstabilisé le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, affirmant dans le même journal : « Nous tiendrons jusqu’au retrait » de la réforme.

Mais le gouvernement n’est pas serein, d’autant que la mobilisation de jeudi dernier a été plus importante que prévu. « 800.000 manifestants, c’est plus que ce que le Premier ministre anticipait. Nous pensions qu’il y aurait 600.000 manifestants », confie à 20 Minutes un cadre LREM.

Rallier les syndicats les plus réformistes?

Pour ne pas perdre la face sur ce dossier, l'une des stratégies du gouvernement est de tenter de briser l’unité syndicale. « La CGT, Sud et la FSU sont arc-boutés sur le retrait du projet. Mais il est possible de rallier certains syndicats, comme la CFDT, la CFTC et l’UNSA en leur donnant certains gages», estime Bernard Vivier, directeur de l’Institut Supérieur du Travail et spécialiste des mouvements sociaux.  « A la CFDT, le gouvernement peut accorder des mesures sur la pénibilité et les carrières longues, auprès de la CFTC, il peut donner des concessions sur les droits familiaux et à l’UNSA, il peut présenter des garanties salariales en faveur des enseignants », détaille-t-il.

Mais s’il parvenait à se mettre dans la poche les responsables des syndicats dits « réformistes », encore faudrait-il que leurs directions convainquent les adhérents : « En 1995, Nicole Notat s’est fait conspuer par sa base en approuvant le plan Juppé », rappelle Natacha Pommet, secrétaire générale de la Fédération CGT des Services publics.

« Macron souffre d’un socle de légitimité faible »

Pour déminer le terrain, le gouvernement devra aussi être rapidement concret : « Des syndicats ont lancé des simulateurs de retraites. L’exécutif doit être très vite capable de préciser combien chaque futur retraité touchera. Les paramètres doit être très vite lisibles », insiste Bernard Vivier. 

Des défis d'autant plus difficiles à relever que le gouvernement n’est pas franchement en position de force politiquement en ce moment, estime Joel Sohier, maître de conférences à l’université de Reims* : « Le contexte social est très tendu. Car la révolte des "gilets jaunes" n’est toujours pas soldée et la popularité d’Emmanuel Macron est très basse ». Même son de cloche chez Virginie Martin, politiste à Kedge Business School : « Macron souffre d’un socle de légitimité faible, car seulement environ 20 % des votes des personnes inscrites sur les listes électorales ont voté pour lui. Et il ne dispose d’aucun fief politique », insiste-elle.

Pour autant, l’hypothèse d’un recul du gouvernement sur ce dossier est improbable, selon Bernard Vivier : « S’il empruntait cette voie, Macron serait sûr de ne pas être réélu lors de la prochaine présidentielle en 2022 ». « D’autant qu’il a été élu sur la promesse de transformer le pays », renchérit Virginie Martin. 

*auteur de Le syndicalisme en France, Vuibert, 2010, 18 euros.