Grève du 5 décembre : Une forte mobilisation dans la rue, un « round d’observation » pour le gouvernement

POLITIQUE 800.000 personnes ont défilé en France contre le projet de réforme des retraites du gouvernement, qui assure que la porte des négociations reste ouverte

T.L.G. et P.B.

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Mobilisation du 5 décembre contre les retraites.
Mobilisation du 5 décembre contre les retraites. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • La CGT, Force ouvrière, Solidaires, FSU et plusieurs organisations lycéennes ont appelé à se mobiliser contre le projet de réforme des retraites du gouvernement.
  • Entre 800.000 (chiffres officiels) et 1,5 million (chiffres syndicats) de personnes ont manifesté ce jeudi dans quelque 70 villes en France.
  • Edouard Philippe, qui devrait faire des annonces en milieu de semaine prochaine, joue pour l’instant l’apaisement

Le bras de fer est engagé. Entre 800.000 et 1,5 million de personnesont défilé en France contre le projet de réforme des retraites du gouvernement ce jeudi.

Et face à cette mobilisation proche de celles des grands mouvements de 1995 ou de 2010, le gouvernement joue pour l’heure l’apaisement, assurant qu’il « restait des marges de négociation ».

Une mobilisation massive, des heurts limités

Au total, 806.000 personnes ont manifesté dans toute la France, dont 65.000 à Paris, selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur. La CGT, elle, annonce 1,5 million de manifestants dans le pays, dont 250.000 dans la capitale. « A travers ces chiffres, on peut dire que le pari est réussi pour les syndicats », estime Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po et dirigeant de l’agence MSBG Conseil. Des heurts ponctuels ont éclaté à Paris, Toulouse et Bordeaux entre la police et les manifestants, avec quelques dizaines de blessés et d’interpellations, selon des chiffres non-définitifs de jeudi soir.

La mobilisation a été particulièrement forte dans les transports (90 % de TGV annulés et 55,6 % de grévistes à la SNCF), dans l’éducation (51,15 % d’enseignants grévistes dans le primaire et 42,32 % dans le secondaire). Au total, 26 % des fonctionnaires étaient en grève à 18h, selon les services du secrétaire d’Etat Olivier Dussopt. Les salariés d’EDF se sont également mobilisés en masse (41,4 % de grévistes selon la direction).

Historiquement, la mobilisation est proche des manifestations contre les réformes des retraites de 1995 (Projet Juppé), puis 2003 (Loi Fillon), qui avaient rassemblé un million de personnes, selon la police. En 2010, l’opposition à la réforme portée par Eric Woerth avait démarré avec 400.000 personnes, mais le mouvement s’était durci à l’automne avec 1,2 million de manifestants.

manifs retraites France
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Les syndicats se réjouissent et se réuniront vendredi

« Ça s’annonce bien, c’est une très forte mobilisation dans le public comme dans le privé », s’est réjoui Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, depuis le défilé. « On n’a pas vu depuis très, très longtemps une telle adhésion à la mobilisation. Ce qu’on attend maintenant, c’est que le gouvernement prenne la mesure de cette mobilisation, qu’il comprenne que ce système universel est une mauvaise idée », a lancé Yves Veyrier, secrétaire général de FO.

Les syndicats entendent maintenir la pression. Philippe Martinez a indiqué que la grève serait « reconductible pour un certain nombre de secteurs ». La SNCF a ainsi annulé 90 % des TGV et 70 % des TER vendredi. Une réunion intersyndicale est prévue également dans la journée pour décider de la suite du mouvement.

Le gouvernement joue l’apaisement

En face, le gouvernement a voulu montrer sa sérénité, en se réunissant pour un long Conseil des ministres autour du président. Emmanuel Macron est « calme et déterminé à mener cette réforme, dans l’écoute et la consultation », a ainsi indiqué l’Elysée. Le Premier ministre, lui, a « rendu hommage aux organisations syndicales » qui ont « bien organisé les manifestations. »

« Nous respectons la mobilisation des Français », a déclaré la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, assurant qu’il « restait des marges de négociation » pour prendre en compte « les situations spécifiques ».

La majorité maintient donc son plan de bataille : laisser passer la contestation et poursuivre les négociations avec les syndicats. « Le Haut-Commissaire Jean-Paul Delevoye achèvera les consultations avec les partenaires sociaux en début de semaine et s’exprimera pour effectuer une synthèse de ces discussions, puis le Premier ministre s’exprimera vers le milieu de la semaine prochaine sur l’architecture générale de la réforme », a indiqué l’Elysée.

Un « round d’observation »

Cette stratégie du gouvernement est pour l’heure classique, reprend Philippe Moreau Chevrolet : « Il n’est pas dans une logique d’affrontement mais de conciliation, pas sur le fond, mais sur la forme. C’est une posture d’attentisme, un round d’observation, pour voir si le mouvement va mourir de lui-même ou perdurer. »

Le mouvement est-il comparable à ceux de 1995 ou de 2010 ? « L’horizon des Français est bien plus proche, avec les "gilets jaunes" il y a un an », estime l’universitaire. Qui avertit : « Il y a la crainte de repartir vers un affrontement long, lourd, qui pourrait vite devenir ingérable. » Reste donc pour l’exécutif, selon lui, « à tenter de parler d’une seule voix, avec clarté, pour expliquer les choses et dire qu’on peut rediscuter. Alors, il aura une chance ».