Retraites : Les députés présents aux manifestations jeudi se mettent-ils en grève ?

POLITIQUE Plusieurs députés d’opposition ont annoncé qu’ils se mobiliseraient contre la réforme des retraites du gouvernement, mais seront-ils en grève ?

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Assemblée nationale vide.
Assemblée nationale vide. — Thomas SAMSON / AFP
  • Une mobilisation interprofessionnelle est prévue jeudi contre la réforme des retraites du gouvernement.
  • Plusieurs députés d’opposition ont annoncé qu’ils participeraient à la mobilisation.
  • Seront-ils pour autant grévistes ?

« Jeudi, j’irai marcher contre la politique des marcheurs ». L'insoumis Eric Coquerel participera le 5 décembre à la manifestation contre la réforme des retraites avec l’ensemble des députés de La France insoumise. Ils ne seront pas les seuls parlementaires à se mobiliser et à appeler à la grève. Le Parti socialiste et le Parti communiste français seront aussi aux côtés des manifestants. Ces parlementaires seront-ils pour autant grévistes ? Quel impact le mouvement aura-t-il sur l’Assemblée nationale ? 20 Minutes fait le point.

Les députés manifestants sont-ils en grève ?

Hubert Wulfranc explique qu’il marchera jeudi à Rouen contre le projet de loi du gouvernement. « Aller manifester, ça fait partie de la fonction », assure le député PCF de Seine-Maritime. Malgré sa présence dans le cortège, l’élu rappelle qu’il ne sera pas en grève le 5 décembre. « Je ne perds pas de rémunération. D’ailleurs, je suis dans mon activité politique, dans ma fonction d’élu communiste, plutôt qu’en grève. C’est une journée de travail militant à la rencontre des salariés, ce que je fais assez souvent quand j’estime être utile ».

« En tant que député, nous avons un mandat politique, pas administratif. Nous l’exerçons en fonction de nos idées, ajoute l’élu de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel. Le temps passé dans une mobilisation sociale fait partie de mon mandat, au même titre que le travail à l’Assemblée ou en circonscription ».

Les députés ne sont d’ailleurs pas des salariés, ni fonctionnaires, ils perçoivent une indemnité fixée à 5.623.23 euros bruts mensuels en 2019, comme le rappelle le site de l'Assemblée. « En réalité, notre statut s’apparente plus à celui d’un indépendant ou d’un entrepreneur privé. On touche une indemnité, pas un salaire, donc on ne peut pas vraiment faire grève », précise un député d’opposition.

Quel impact sur l’Assemblée ?

C’est une décision exceptionnelle : l’Assemblée nationale ne siégera pas jeudi. La journée devait être consacrée à une « niche parlementaire »* socialiste. La cheffe du groupe, Valérie Rabault, avait demandé le report de cette niche, en raison de la mobilisation contre la réforme des retraites. Le président de l’Assemblée Richard Ferrand lui a répondu favorablement.

« Ce n’était pas une journée ordinaire » et « c’est une bonne manière » à l’égard du groupe PS, a indiqué le patron du groupe LREM Gilles Le Gendre, précisant que « l’Assemblée ne ferme pas et les députés ne font pas grève ». Le palais Bourbon restera ainsi ouvert pour quelques travaux en commission le matin, même si une partie du personnel pourrait débrayer à l’appel de trois syndicats (CGT, FO, Solidaires). « Nous avons déposé un préavis pour appeler tous les personnels de l’Assemblée à faire grève demain, fonctionnaires et contractuels », indique la CGT SPAN.

D’après le syndicat, 75 % des personnels seraient prêts à cesser le travail, selon un sondage interne. Certains collaborateurs parlementaires pourraient aussi se mobiliser. « On appelle nos collègues à se joindre au mouvement pour accompagner les élus dans les manifestations », indique Yseline Fourtic, cosecrétaire générale de la CGT-CP. Hubert Wulfranc résume à sa manière : « L’Assemblée sera morte ce 5 décembre ».

*Chaque année, les groupes parlementaires disposent d’une journée où leurs propositions de loi sont discutées en séance.