Béziers : Un élu de l’opposition dénonce le montant des frais de justice de Robert Ménard

DEPENSES Depuis 2014, Pascal Resplandy collecte tous les frais de justice engagés par la commune

Nicolas Bonzom

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Robert Ménard.
Robert Ménard. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Selon Pascal Resplandy, élu de l’opposition et candidat aux municipales à Béziers, la commune aurait dépensé en frais de justice 940.629 euros depuis 2014.
  • Cet expert-comptable collecte dans un tableau Excel les frais de justice engagés.
  • Sollicitée par « 20 Minutes », la ville de Béziers conteste ces chiffres.

Robert Ménard (proche du RN) est-il gourmand en frais de justice ? Depuis 2014, année où l’ex-journaliste a été élu à la mairie de Béziers avec le soutien du FN, la commune aurait dépensé en frais de justice 940.629 euros. Et 96 centimes. Soit près d’un million d’euros en près de six ans. Ce chiffre provient du décompte mis en place depuis le début du mandat par Pascal Resplandy (sans étiquette), élu de l’opposition.

A chaque conseil municipal, cet expert-comptable collecte dans un tableau Excel les frais de justice engagés par la ville. « Et c’est énorme », indique à 20 Minutes l’élu, qui est par ailleurs candidat aux municipales, soutenu par LREM, Agir, les Radicaux et le Modem. Cette somme rondelette serait notamment la conséquence, selon Pascal Resplandy, « des excès de communication » en tout genre du maire, des affiches polémiques qui ont émaillé le mandat, jusqu’à la crèche de Noël que la ville s’entête à placer au sein de l’hôtel de ville, malgré les injonctions de l’État. « La mairie sait très bien qu’elle sera condamnée, c’est un positionnement politique qui coûte aux Biterrois », regrette l’élu.

« Était-il en Gironde en tant que maire de Béziers ? »

Selon le calcul de Pascal Resplandy, la totalité des 940.629 euros de frais de justice ne serait cependant pas imputable aux affaires Ménard : 119.328 euros seraient liés à des contentieux hérités de l’ère Raymond Couderc, son prédécesseur UMP, 287.028 euros à des affaires courantes de la ville et 206.240 euros à des dossiers concernant des employés municipaux. Le reste, 332.888 euros, serait en revanche bien lié à des affaires qui ont concerné Robert Ménard, selon le conseiller municipal de l’opposition.

« Dedans, il y a des dossiers qui, selon moi, ne devraient pas être couverts par la protection fonctionnelle », reprend Pascal Resplandy, qui pointe du doigt cette fois où Robert Ménard a dû se défendre devant la justice alors qu’il avait été, en mai 2018, bousculé lors d’une manifestation, en Gironde, alors qu’il venait causer « union des droites ». « Était-il en Gironde en tant que maire de Béziers ? Je considère que non, reprend l’élu. Il était en Gironde en tant que personnage politique. »

« On ne peut pas additionner les honoraires d’avocats à d’autres dépenses juridiques »

La ville de Béziers, sollicitée par 20 Minutes ce mercredi, conteste le décompte de Pascal Resplandy, publié le 19 novembre par Libération, puis repris ce mercredi dans le Canard Enchaîné. « L’opposition prétend faire une simple addition, alors qu’elle mélange sciemment des dépenses qui n’ont rien à voir, indique-t-on, à la mairie. On ne peut pas additionner les honoraires d’avocats (clairement liés, eux, à des frais de contentieux), à d’autres dépenses à caractère juridique. Par exemple, l’indemnisation de dizaines de commerçants suite à des travaux sur une place de la ville, des frais d’huissier pour la notification d’un courrier ou pour un constat suite à une dégradation, un dédommagement à l’amiable suite à un préjudice subit, etc. »

Selon la commune, entre le 1er janvier 2014 et le 5 novembre dernier, date de la dernière dépense enregistrée sur cette ligne comptable, 835.323 euros d’honoraires d’avocats auraient été dépensés. « En comptant les frais contentieux entamés sous le mandat précédent », Robert Ménard n’étant arrivé au pouvoir qu’en avril 2014.

« On n’est pas une mairie plan plan »

Sur cette somme rondelette, 140.778 euros auraient été dépensés par la ville pour se défendre dans des procès intentés contre elle, notamment par des associations ou des élus de l’opposition. « Une quinzaine de procédures, parfois jusqu’à la Cour de cassation, dans lesquelles la mairie n’a perdu que deux fois », assure la commune.

Il est vrai qu’à Béziers, les procès sont nombreux. Ils « prouvent qu’on se bat, a répondu Robert Ménard à Libération. On n’est pas une mairie plan plan. On reproche aux politiciens leur langue de bois et quand un élu parle vrai, d’un coup, c’est un problème. »