Grève du 5 décembre : L'exécutif contre-attaque avant la mobilisation sur les retraites

MOBILISATION A dix jours de la grève nationale et interprofessionnelle contre la réforme des retraites, Emmanuel Macron et sa majorité durcissent le ton

Laure Cometti

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Emmanuel Macron le 20 novembre 2019 à Paris.
Emmanuel Macron le 20 novembre 2019 à Paris. — ERIC FEFERBERG / POOL / AFP
  • Une mobilisation nationale et interprofessionnelle est prévue le 5 décembre contre la réforme des retraites du gouvernement, à l’appel de nombreux syndicats.
  • Emmanuel Macron a donné le ton en estimant qu’il s’agit « avant tout » d’une mobilisation dominée par « de grandes entreprises de transport », avec « des demandes catégorielles qui pénalisent le reste de la société ».
  • L’exécutif entend jouer la bataille de l’opinion contre le mouvement de grève, afin de mener à bien cette réforme cruciale pour la suite du quinquennat.

« Macron trouvait que c’était mou et polyphonique. » Le président aurait recadré ses troupes sur la réforme des retraites lors d’un dîner mardi dernier. « Il leur a dit d’être plus offensives », relate un proche du chef de l’Etat. A J-10 de la mobilisation contre la réforme du gouvernement, la majorité a durci le ton contre la grève en ciblant les régimes spéciaux tandis qu’une dernière série de rencontres entre syndicats et gouvernement a débuté lundi, et se poursuivra ce mardi à Matignon.

Lancé par les syndicats de la RATP et de la SNCF, l’appel à une grève reconductible contre la réforme des retraites le 5 décembre promet d’être très suivi : outre les fédérations nationales de la CGT, FO, FSU et Solidaires, il a également été rejoint par des organisations d’Air France, d’EDF, d’avocats, de magistrats, de lycéens et d’étudiants… Les cadres de la CFE-CGC ont aussi appelé à manifester, et la CFTC a laissé ses syndicats libres de rallier le mouvement. Même la CFDT, qui soutient globalement la réforme, a laissé sa fédération cheminote déposer un préavis. Sans oublier les « gilets jaunes » qui ont appelé à rejoindre le mouvement.

Une communication « dure »

Face à ce risque de « convergence des luttes », Emmanuel Macron tente de minimiser présentant la grève du 5 décembre « avant tout » comme une mobilisation « contre la fin des régimes spéciaux » qui sont « d’une autre époque ». Ce mouvement est dominé par « de grandes entreprises de transport », avec « des demandes catégorielles qui pénalisent le reste de la société », a-t-il taclé vendredi, en déplacement à Amiens (Somme). Il a aussi mis en garde contre les éventuels débordements.

A l’unisson, la majorité reprend l’argument d’une grève « catégorielle ». Pour Richard Ferrand, président de l’Assemblée interrogé par le Journal du dimanche, il s’agit d'« une mobilisation pour conserver des inégalités », tandis que la ministre de la Santé Agnès Buzyn a pointé « des revendications très corporatistes » au micro de franceinfo.

Gagner la bataille de l’opinion

« Le président veut réveiller l’opinion et parler aux gens majoritaires qui sont contre le blocage », assume François Patriat, sénateur LREM. « Il faut leur dire que la France va être paralysée car certains refusent de changer leur statut, ou veulent faire un match retour de la réforme de la SNCF. D’ailleurs, pour l’instant, le privé ne suit pas », enfonce-t-il. Côté syndicats, le patron de la CGT Philippe Martinez juge que, avec ce discours, « le président de la République essaye de diviser les Français ».

« Pour l’instant, on lève le menton, observe le directeur de l’institut supérieur du travail Bernard Vivier. Cette tactique consistant à dénigrer les régimes spéciaux peut parler à une partie de l’opinion, mais elle est risquée car la réforme suscite de grosses inquiétudes. Ce discours peut aussi réveiller le sentiment qu’Emmanuel Macron gouverne d’en haut. » Pour l’heure, les Français sont semble-t-il partagés : ils seraient environ 6 sur 10 à trouver la grève du 5 décembre justifiée selon un sondage publié jeudi par l'Ifop et selon un autre paru le 15 novembre chez BVA.

Un « totem » du quinquennat

Gagner cette bataille de l’opinion est crucial pour la majorité, selon François Patriat : « On a besoin de faire preuve de fermeté. Si le gouvernement recule sur cette réforme, le quinquennat, on le fera a minima. C’est un totem pour Emmanuel Macron parce qu’il veut montrer sa volonté de poursuivre les réformes, et le seul marqueur qui reste, c’est les retraites ».

L’Elysée et Matignon ne lésineront donc pas sur les efforts de communication et de coordination : ce mardi soir, Edouard Philippe, Agnès Buzyn et Jean-Paul Delevoye rencontreront les parlementaires de la majorité pour « faire de la pédagogie » sur cette réforme. Dimanche, tout le gouvernement est convoqué pour une réunion spéciale afin de préparer cette journée « critique », en matière de transports et de maintien de l’ordre notamment pour « limiter l’impact pour les Français », indique-t-on à Matignon.

« Il faudra être bien calé sur les bons messages, expliquer pourquoi on fait cette réforme, ne pas laisser le thème de la justice sociale à ceux qui parlent le plus fort », explique l’entourage d’Edouard Philippe. La majorité mise aussi sur la désunion des opposants à la réforme. « Il y aura une grosse mobilisation, craint François Patriat, une convergence des syndicats, "gilets jaunes", policiers… Mais tout ça ne fait pas une politique ».