Grève 5 décembre : Marine Le Pen a-t-elle changé d’avis sur les manifestations et la grève ?

POLITIQUE Le Rassemblement national, qui soutient le mouvement du 5 décembre contre la réforme des retraites, n'est pas un défenseur habituel des mouvements sociaux

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen dans son bureau de l'Assemblée nationale
Marine Le Pen dans son bureau de l'Assemblée nationale — Romuald Meigneux/SIPA
  • Marine Le Pen a indiqué soutenir la contestation contre la réforme des retraites le 5 décembre.
  • Dans un entretien accordé à 20 Minutes, la présidente du RN a assuré qu’il y « aura sûrement des responsables du RN qui iront ».
  • « Le RN est gêné car ce n’est pas dans la culture de cette famille politique », indique le spécialiste Jean-Yves Camus.

Le Rassemblement national est-il en train d’opérer un virage stratégique ?  Marine Le Pen a indiqué mercredi lors d'un entretien à 20 Minutes qu’elle soutenait le mouvement contre la réforme des retraites organisé le 5 décembre, même si elle ne participerait pas personnellement à la manifestation. La présidente du RN a toutefois assuré qu’il y « aura sûrement des responsables du RN qui iront ». Un changement confirmé à demi-mot dimanche sur LCI: « Il y a dans mon mouvement un nombre considérable de gens qui sont tout à fait opposés à cette réforme », c’est « leur choix personnel » de manifester, a-t-elle ajouté.

Est-ce une réelle nouveauté ?

Le Rassemblement national n’est pas un habituel défenseur des mouvements sociaux. En avril 2018, le vice-président du parti, Louis Aliot, s’opposait à la réforme de la SNCF mais également à la grève : « Nous sommes contre ce moyen archaïque de faire pression sur le pouvoir », disait-il sur Public Sénat. « Bloquer les usagers, victimes des politiques d’Emmanuel Macron […] est un mode d’action pas opportun », ajoutait le député frontiste Sébastien Chenu sur LCI.

Marine Le Pen assume désormais soutenir le mouvement social et les blocages. « Si la France est bloquée du fait de la mobilisation c’est de la faute exclusive du gouvernement », précise-t-elle à 20 Minutes, arguant du manque de représentativité de l’Assemblée nationale. « Qu’est-ce qui est laissé comme possibilité aux Français pour exprimer leur désaccord ? La rue. Il n’y a pas d’autres moyens que celui-là ».

Pourquoi le Rassemblement national est-il mal à l’aise ?

Marine Le Pen réfute pourtant tout changement de ligne de la part de son parti. « Le RN est gêné car ce n’est pas dans la culture de cette famille politique de soutenir un mouvement de grève ou une manifestation, lorsqu’elle ne le fait pas sous ses propres couleurs », rapporte Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. « Apparaître dans un cortège où il pourrait y avoir des incidents est d’ailleurs assez répulsif pour un parti attaché à l’ordre », ajoute le directeur de l’Observatoire des radicalités politiques

Certains cadres du parti semblent peu enclins à ce changement de pied. Mercredi dernier sur BFMTV, le député RN des Pyrénées-Orientales Louis Aliot contredisait la présidente de son parti. « Ça fait des années et des années que ces mobilisations ne mènent à rien et quand on peut changer les choses, c’est-à-dire lors des élections, ceux qui manifestent aujourd’hui, les syndicats, appellent à voter pour nos adversaires politiques […] Ce sont les élections qui règlent les problèmes, ce n’est pas la rue ».

Jean-Yves Camus y voit la deuxième difficulté pour le parti. « Les organisateurs de la mobilisation, les centrales syndicales, ne souhaitent pas la présence du RN dans les manifestations [comme l'a rappelé le patron de la CGT Philippe Martinez]. C’était déjà le cas lors des grandes grèves de décembre 1995. Un dirigeant frontiste, Samuel Maréchal, avait imprimé ce qu’on a appelé un tournant social, en rapprochant le FN des revendications des travailleurs, mais sans être forcément sur le terrain car les syndicats s’y opposaient », rappelle le spécialiste.

Quel est l’objectif de Marine Le Pen ?

Marine Le Pen souhaite renforcer son statut de première opposante à Emmanuel Macron. « Pour briser le plafond de verre à la présidentielle 2022, elle a obligation d’élargir son socle, en siphonnant notamment la partie de l’électorat populaire qui s’oriente vers l’abstention ou La France insoumise », indique Jean-Yves Camus. « Son discours sur l’absence de représentativité à l’Assemblée est d’ailleurs audible au-delà de son électorat classique. Et elle souhaite aussi être présente dans cette séquence sociale, même si elle reste ambiguë sur sa non-présence dans les cortèges ».

Marine Le Pen assure que manifester «n’est pas le rôle d’un dirigeant d’un mouvement politique», mais elle a toute de même pris soin de reporter son voyage aux Antilles. « Nous préférons ne pas nous éloigner de Paris dans ce contexte social », confirme son entourage.