Marseille : « Ça va être musclé », règlement de comptes en vue pour l’un des derniers conseils municipaux de Jean-Claude Gaudin

POLITIQUE L'un des derniers conseils municipaux de Jean-Claude Gaudin, à quelques mois des municipales, risque d'avoir des airs de ring politique, sur fonds de critiques virulentes de la chambre régionale des comptes sur le bilan du maire de Marseille 

Mathilde Ceilles
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Jean-Claude Gaudin au conseil municipal de Marseille en décembre 2018
Jean-Claude Gaudin au conseil municipal de Marseille en décembre 2018 — Gérard Julien / AFP
  • Ce lundi, l’un des derniers conseils municipaux de Jean-Claude Gaudin s’ouvre par un débat autour du rapport cinglant de la chambre régionale des comptes.
  • Le maire de Marseille, qui risque de prendre des coups de ses adversaires souhaitant lui rafler son siège, promet d’être offensif, afin de défendre son bilan coûte que coûte.
  • De quoi faire de ce conseil l’antichambre des prochaines élections municipales.

L’heure des comptes a sonné. Le premier round a été lancé par la Chambre régionale des comptes elle-même. Il y a quelques semaines, les magistrats ont étrillé dans un rapport le bilan du dernier mandat de Jean-Claude Gaudin, à quelques mois des prochaines élections municipales, et alors que celui-ci s’apprête à quitter définitivement son poste de maire qu’il occupe depuis un quart de siècle.

Dans ce contexte tendu, le conseil municipal de ce lundi risque de prendre des airs de ring politique. Comme l’exige la loi, ce même rapport va être rendu officiellement public à l’ouverture du conseil municipal, et va faire l’objet d’un débat. Selon nos informations, le maire s’est engagé à ce que chacun des conseillers municipaux qui le souhaite puisse prendre la parole, sans limite de temps, sur ce rapport qui égratigne sérieusement son bilan. Et à en croire plusieurs sources, le maire et ses adjoints ont décidé non pas de faire un mea culpa, mais de rendre coup pour coup sur chaque critique qu'ils pourraient essuyer, pour ce qui constitue a priori l’avant-dernier conseil municipal de Jean-Claude Gaudin.

« Hâte de juger les juges »

« Nous serons, le maire en premier, particulièrement offensifs, prévient le chef de file des Républicains à la mairie Yves Moraine. Nous avons hâte de juger les juges. » « Il va castagner », prédit de son côté Benoît Payan, chef de file des socialistes au conseil municipal. « Ça promet des échanges musclés, ça va être rock’n’roll !, abonde Stéphane Ravier, président du groupe RN et candidat aux municipales. Jean-Claude Gaudin est dans une attitude de déni et de rejet en bloc des conclusions de la chambre régionale des comptes, comme enfermé dans sa tour d’ivoire et dans ses certitudes ! »

Il y a dans ce rapport « de très lourdes erreurs, une pauvreté d’analyse rare et des manquements déontologiques sur lesquels nous allons demander des explications aux magistrats, affirme Yves Moraine, avocat de formation. J’espère qu’ils vont se lever tôt et avoir les oreilles grandes ouvertes. Même si elles sont à demi fermées, ils vont nous entendre : on va parler fort ! ». Pour le chef de file de la droite, les critiques de la Chambre régionale des comptes ne tiennent pas, notamment sur l’état de délabrement des écoles : « De ma vie, je n’ai jamais vu des magistrats étayer une argumentation sur des articles de presse. Ce n’est plus la CRC, c’est le "CDC", le café du commerce ! ».

« On ne va pas gueuler pour gueuler »

Il faut dire que les discussions autour du rapport vont permettre d’offrir une large tribune aux prétendants à la mairie, désignés ou déjà en course, au point de faire de ce conseil municipal une sorte antichambre des prochaines élections municipales. « Le rapport vient confirmer ce que l’on dit depuis des années, preuve que ce que l’on a mené lors de ce mandat n’est pas un coup d’épée dans l’eau », se satisfait Benoît Payan, pour qui Marseille est « bombardée par la Chambre régionale des comptes [dans ce] rapport salé, assaisonné et violent », issu d’un travail « sérieux et abondant ».

« On ne va pas gueuler pour gueuler, affirme Stéphane Ravier. On veut juste rappeler que si on nous avait écoutés, Marseille n’aurait pas subi une humiliation de plus… » « On va essayer de garder des propos mesurés, mais il faut être aussi à la hauteur de la colère des Marseillais, estime Jean-Marc Coppola (PCF). Quand vous échangez avec les gens, ils vous disent qu’ils vivent très mal, et il nous faut porter cette colère-là, qui comporte derrière une envie de changer. Il faut vraiment montrer une autre façon de faire. »

« C’est la fin d’un règne »

Du Rassemblement national au Parti communiste, il s’agit en effet, à quelques mois des municipales, d’incarner une alternative alors qu’une page politique se tourne à Marseille. « C’est la fin d’un règne qui a complètement pourri l’action politique, contribué à alimenter la défiance envers les élus et miné la démocratie à Marseille, accuse Jean-Marc Coppola. C’est grave ! » « Jean-Claude Gaudin, malheureusement pour lui, finit tristement sa carrière locale, estime Stéphane Ravier. Mais ses adjoints doivent être tenus autant responsables que lui ! »

Une alternative qui reste difficile à incarner pour deux candidats à la mairie, Martine Vassal et Bruno Gilles, tous deux conseillers municipaux de Jean-Claude Gaudin. La présidente de la métropole et le sénateur briguent l’investiture du parti les Républicains qui tranchera sur leurs cas… ce mercredi, au surlendemain du conseil municipal.