FDJ, ADP… Comment la majorité LREM tente de défendre les privatisations, loin du « fiasco » des autoroutes

POLITIQUE Alors que la FDJ entre en Bourse ce jeudi, la majorité est prudente pour défendre les privatisations du gouvernement

Thibaut Le Gal avec Laure Cometti

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Bruno Le Maire.
Bruno Le Maire. — MEIGNEUX/SIPA
  • La FDJ fait son entrée en Bourse ce jeudi après une période de souscription.
  • Le gouvernement privatise également le groupe des aéroports de Paris (ADP) et le fournisseur d’énergie Engie.
  • L’opposition reproche ces privatisations à l’exécutif, qui tient à différencier ces réformes avec le « fiasco » des autoroutes.

La Française des Jeux ne sera bientôt plus une entreprise publique. L’opérateur fait son entrée en Bourse ce jeudi après une période de souscription lancée le 7 novembre auprès des particuliers. Cette baisse de participation de l'Etat (de 72% à environ 20%) pourrait lui rapporter près de deux milliards d’euros.

Outre la FDJ, le gouvernement a également initié un vaste programme de cessions d’actifs, dont le groupe des aéroports de Paris (ADP), et le fournisseur d’énergie Engie, afin d’alimenter un fonds de 10 milliards consacré à l’innovation. Depuis les années 1980, les gouvernements de droite comme de gauche ont lancé plusieurs vagues de privatisations. Certaines, comme les autoroutes en 2006, ont ont laissé une trace négative dans l’opinion. Les députés de La République en marche se montrent donc prudents pour défendre ces réformes.

« Les privatisations peuvent être un épouvantail »

« On n’a pas encore réussi totalement à faire passer le message, mais c’est un problème de sémantique. Le mot "privatisation" est pris en otage de manière idéologique, on est caricaturés et accusés de vendre les bijoux de famille », souffle Bruno Bonnell, député LREM du Rhône. « Les privatisations peuvent être un épouvantail, reconnaît Daniel Labaronne, député d’Indre-et-Loire. Mais un électorat y est favorable, les libéraux, les centristes. L’opposition essaie de nous attaquer là-dessus, mais je ne pense pas que la notion soit si explosive dans l’opinion. Le débat sur les privatisations est d’une autre époque. »

L’opposition accuse le gouvernement de vouloir brader le patrimoine national, rapprochant les récentes privatisations au «désastre financier» voire «au racket» qu’aurait constitué la concession longue durée des autoroutes à des sociétés privées. « Les privatisations sont identiques, au moins pour ADP, car on a une infrastructure payée par l’Etat, en situation de monopole et qui est une excellente affaire financière pour ceux qui la rachètent », tacle le député insoumis Eric Coquerel. Ce débat, relancé avec les « gilets jaunes », reste très sensible en France. En 2015, un sondage OpinionWay montrait que 78 % des Français étaient favorables à une re-nationalisation des autoroutes.

« La France a connu des épisodes douloureux. La première vague de privatisation en 1986 précédait de quelques mois une crise boursière, la nationalisation du Crédit Lyonnais s’est terminée sur sa faillite, et la privatisation des autoroutes est restée dans les mémoires pour les lacunes de son encadrement, en particulier sur la régulation tarifaire », résume Olivia Grégoire, la députée de Paris. « C’est un vieux débat français. L’Etat stratège investit pour l’intérêt général, mais une fois qu’un service marche, pourquoi ne pas céder cet actif ? », abonde l’élu parisien Pacôme Rupin.

« Un travail a été fait pour qu’on ne reproduise pas le fiasco des autoroutes »

Les élus de la République en marche prennent donc soin de balayer toute comparaison avec les autoroutes. « Ça n’a rien à voir. Sur ADP, un travail a été fait pour qu’on ne reproduise pas le fiasco des autoroutes », répond le député de Paris Sylvain Maillard. « Nous ne sommes pas du tout sur le même type d’entreprises ni d’activités. FDJ comme ADP ont besoin de se développer à l’international, ce qui était moins le cas pour les autoroutes. Aujourd’hui, l’Etat est-il le meilleur pour commercialiser des jeux de hasard ou gérer des boutiques de duty free ? », interroge Olivia Grégoire.

« La privatisation des autoroutes a marqué les Français, mais aujourd’hui on privatise la FDJ et ADP de manière très encadrée et équilibrée », ajoute Christophe Blanchet, député du Calvados. « Il n’y a rien de gênant dans les privatisations. Soyons modernes, libéraux, même si ça peut être un gros mot. Il faut que l’Etat se concentre sur le régalien. »

L’opposition vise le million sur ADP

Pour déminer, le gouvernement a peaufiné son argumentaire. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a ainsi insisté dès ce dimanche sur « l’immense succès populaire » avec « plus d’un milliard d’euros » de souscriptions de la FDJ, mettant en avant les « petits souscripteurs [qui] seront servis en priorité ».

Eric Coquerel dénonce quant à lui « les promotions publicitaires payées par le gouvernement sur les télés ou les radios, alors qu’ils n’ont pas daigné mettre un message sur le référendum concernant ADP ». Les opposants au projet entendent d’ailleurs accentuer la pression sur l’exécutif, lorsque le million de signataires de la pétition en faveur d’un référendum d’initiative partagée (RIP) sur cette privatisation sera atteint, en écho au projet de réforme institutionnelle d'Emmanuel Macron. Sylvain Maillard évacue : « Si le million est atteint, cela voudra dire aussi que 65 millions n’ont pas signé la pétition ».