Immigration : Edouard Philippe détaille les mesures controversées du gouvernement

ANNONCE Le Rassemblement national et la droite parlent d’enfumage, la gauche est globalement indignée

20 Minutes avec AFP

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Edouard Philippe est Premier ministre depuis mai 2017.
Edouard Philippe est Premier ministre depuis mai 2017. — Stephane Allaman/SIPA

« Nous voulons reprendre le contrôle de notre politique migratoire », a dit Edouard Philippe aux côtés des ministres de l’Intérieur Christophe Castaner, de la Santé Agnès Buzyn, ou du Travail Muriel Pénicaud, ce mercredi, pour présenter ses mesures pour « reprendre le contrôle » de l’immigration. « Le sens général de notre action, c’est la souveraineté », a-t-il poursuivi, assurant que ce plan permet « un juste équilibre entre les droits et devoirs ».

Quotas d’immigrés pour certains emplois, trois mois de carence pour les demandeurs d’asile avant d’accéder à la Sécu de base… Les mesures sur l’immigration étaient déjà largement dévoilée et controversées. Ces décisions ponctuent une longue séquence initialement voulue par l’exécutif, désireux de ne pas laisser ce thème à la droite et l’extrême droite, mais qui lui a ensuite échappé en déviant ces dernières semaines, notamment sur le port du voile et la laïcité.

Le Premier ministre a égrené une vingtaine de mesures déjà exposées lundi soir à une partie de la majorité présidentielle et qui ont largement fuité : en particulier l’instauration d’un délai de carence de trois mois avant que les demandeurs d’asile ne puissent accéder à la Protection universelle maladie (PUMa, la Sécurité sociale de base), et la nécessité d’un accord préalable de la Sécu pour certains actes non-urgents dans le cadre de l’Aide médicale d’Etat (AME).

Sur les « métiers en tension »

Des « quotas » ou « objectifs chiffrés » d’immigrés « professionnels » vont eux être fixés chaque année, dès l’été 2020, pour que la « France recrute » en fonction de ses besoins de travail, a ajouté mardi la ministre du Travail Muriel Pénicaud. La « liste des métiers en tension », « pas actualisée depuis 2008 », va être revue « avec les partenaires sociaux, les régions », a précisé le secrétaire d’Etat Gabriel Attal.

Quatre semaines après le premier débat annuel au parlement sur l’immigration, Edouard Philippe a insisté sur un plan d’ensemble qui se veut entre « ouverture » et « fermeté », avant un nouveau débat en 2020 pour évaluer l’impact des mesures. Le sujet des quotas en matière d’immigration a resurgi en janvier, lorsque Emmanuel Macron, en pleine crise des « gilets jaunes », pourtant longtemps opposé à cette idée, avait évoqué dans sa lettre aux Français des « objectifs annuels ».

« L’escroquerie politique »

Le nombre de titres de séjours délivrés pour des raisons économiques (près de 33.502 en 2018) ne représente qu’une petite partie des quelque 255.956 titres octroyés en 2018, selon les chiffres officiels provisoires. Ce qui a conduit le Rassemblement national à crier à « l’escroquerie politique ». La cheffe du RN, Marine Le Pen, a dénoncé « un enfumage généralisé » qui amène, selon elle, a « encore plus d’immigration ». Un sentiment partagé au sein des Républicains.

La droite, qui avait déjà porté en 2007 cette idée avec l’ex-président Nicolas Sarkozy, l’avait finalement abandonnée après un rapport en 2014 qui avait conclu à son inefficacité.

Le chef de file des écologistes d’EELV Yannick Jadot s’est dit prêt à discuter des quotas s’ils permettent de « sortir du fantasme que nous sommes envahis » tout en espérant que ce ne soit pas un « subterfuge » du gouvernement « pour ne pas parler » des préoccupations sociales des Français. Il dénonce, comme la gauche, les mesures sur l’AME et la PUMa. La gauche accuse Emmanuel Macron de droitiser sa politique pour séduire un électorat qui s’est éloigné de LR.