Enquête ouverte sur DSK, soupçonné d'abus de pouvoir

POLITIQUE Il est soupçonné d'abus de pouvoir dans le cadre de relations intimes avec une ancienne collaboratrice du FMI...

Alice Antheaume

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Le Fonds monétaire international prévoit une année 2009 bien sombre pour l'économie mondiale, ayant nettement revu à la baisse mercredi sa prévision de la croissance mondiale, à 3,0%, celle des pays développés ne devant pas dépasser 0,5%.
Le Fonds monétaire international prévoit une année 2009 bien sombre pour l'économie mondiale, ayant nettement revu à la baisse mercredi sa prévision de la croissance mondiale, à 3,0%, celle des pays développés ne devant pas dépasser 0,5%. — Franck Fife AFP

«L'économie mondiale est peut-être en train de se rafraîchir, mais l'atmosphère est très chaude au Fonds monétaire international», s'amuse le New York Post. Le Français Dominique Strauss-Kahn, 59 ans, directeur du FMI, fait l'objet d'une enquête sur un possible abus de pouvoir dans le cadre de relations intimes avec une employée, a rapporté le «Wall Street Journal». Samedi, le FMI a confirmé l'existence de cette enquête et souligné son intention de tirer les choses au clair rapidement.

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Vie privée, vie publique

L'enquête porte au départ sur des relations intimes que DSK, ancien ministre de l'Economie, aurait entretenues avec Piroska Nagy, une ancienne haute responsable d'origine hongroise du département Afrique du FMI. Tous deux auraient échangé des emails ambiguës. Jusqu’à ce que leur histoire se concrétise en janvier 2008 lors d'une conférence en Europe.

Ces emails, c’est l’époux de Piroska Nagy, un économiste argentin renommé, Mario Blejer, autrefois employé au FMI, qui les a découverts.

Soupçonné de favoritisme


Jusque-là, cela relève du domaine privé. Sauf que les enquêteurs se demandent si les indemnités touchées par Piroska Nagy à son départ du FMI, en août 2008, était ou non excessives par rapport à sa position hiérarchique. Et donc, si Strauss-Kahn a fait preuve de favoritisme à l'égard decette femme. Ou à l'inverse, s'il l'a poussée au départ parce que leur relation tournait au vinaigre.

Cela va-t-il lui coûter sa place?

Sur les compétences de DSK, rien à redire. Le souci, c'est «son rapport au femmes», avait averti en 2007 sur son blog Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, dans un post vantant par ailleurs les talents de diplomate de DSK. «Trop pressant (et non pressent, j'ai vérifié), il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France)», note le journaliste. «Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c'est la curée médiatique.» Interrogé par 20minutes.fr ce samedi, Jean Quatremer confie que «ce genre d’affaire peut coûter son poste» à DSK. Connu pour son appétit des femmes, le Strauss-Kahn pourrait ne pas se relever: «aux Etats-Unis, lorsqu’un patron a des relations sexuelles avec l’une de ses subordonnées, c’est tout de suite du harcèlement et c’est sanctionné. Car on ne sait jamais vraiment si le consentement de la subordonnée est réel.»

«L'incident qui s'est produit dans ma vie privée» a eu lieu en janvier 2008, a déclaré DSK dans un communiqué cité par le journal. «A aucun moment, je n'ai abusé de ma position de directeur du fonds». Le conseiller de Piroska Nagy, Robert Litt, assure qu'elle n'a subi aucun pression pour quitter le FMI et qu'elle a touché une prime de départ semblable aux autres salariés de son rang.

Des antécédents


Selon le journal américain, l'enquête a été réclamée par Shakour Shaalan, qui représente l'Egypte et d'autres pays arabes au conseil d'administration du FMI, sous les conseils de représentants de la Russie et des Etats-Unis. C’est la société Morgan, Lewis & Bockius LLP a été chargée de mener l’enquête et devrait rendre ses conclusions fin octobre. Enquête pour laquelle DSK assure coopérer.

Le FMI est méfiant car il y a eu des antécédents. En 2007, le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, avait dû quitter ses fonctions après avoir été accusé d'avoir personnellement demandé l'avancement de sa compagne, également employée par la Banque mondiale. Il avait annoncé son départ de l'organisation multilatérale le 17 mai 2007, après six semaines d'une crise qui avait sérieusement ébranlé la crédibilité de l'institution et de ses procédures de contrôle en matière de conflits d'intérêts.

Le journalisme français en cause?


Le problème, selon Jean Quatremer, c'est qu'une «affaire comme celle-ci, on n'en aurait jamais parlé en France. Alors qu'aux Etats-Unis, c'est une affaire politique.» Au final, l'histoire «révèle moins de DSK que des journalistes français», reprend le journaliste qui a publié sa thèse sur DSK et les femmes sur son blog mais dont on ne trouve nulle trace sur le quotidien papier pour lequel il travaille. «A l'époque où j'ai publié mon post, j'ai été critiqué vertement par mes confrères qui s'étonnent, après cela, d'être accusés de connivence avec le monde politique. Mais cette affaire DSK, c'était aussi officiel que la séparation de François Hollande et Ségolène Royal et l'existence de Mazarine Pingeot. Etant journaliste, quand vous savez, vous devez dire!»