Petites blagues, tacles politiques, aucune autocritique… François Hollande en terrain conquis devant les étudiants de la Sorbonne

REPORTAGE L’ancien président socialiste s’est amusé devant les étudiants de l’université Sorbonne à Paris, évoquant son ouvrage « Répondre à la crise démocratique »

Thibaut Le Gal

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François Hollande à la Sorbonne.
François Hollande à la Sorbonne. — TLG/20mn
  • François Hollande était l'invité de l'université Sorbonne à Paris.
  • L'ancien chef de l'Etat a évoqué son ouvrage Répondre à la crise démocratique devant les étudiants.
  • L'ex-président n'a jamais été mis en difficulté par les étudiants.

Les premiers mots de François Hollande sont coupés par une sirène. L’ancien président s’interrompt, regarde vers le haut de l’amphithéâtre de la Sorbonne. Des militants déploient un drapeau de l'Action française, mouvement nationaliste et royaliste. Ces derniers sont évacués sans heurt sous les sifflets des autres étudiants. Ce sera la seule dissonance de la soirée.

Comme souvent, l’ex-chef de l’Etat, venu présenter son dernier ouvrage dans l’université parisienne ce mercredi soir, trouve le bon mot : « Nous pourrions croire que ça avait été préparé […] Pour évoquer la crise démocratique, que l’Action française interrompe un débat qui n’avait même pas commencé, c’est une bonne illustration ». La salle, déjà conquise, applaudit.

Pas d’évocation de son bilan

Le président socialiste dresse ensuite un constat sombre, évoquant pêle-mêle le Brexit, la montée de l’extrême droite en Italie, en Allemagne, « le dégagisme qui a saisi un nombre important de peuples ». Il s’inquiète : « La démocratie n’est plus regardée comme le seul système possible », et critique, en creux, les nouvelles formes d’implication, comme la désobéissance civile.

Jamais, François Hollande n’évoque son bilan, et ses conséquences. Il évacue d’ailleurs d’une phrase les « réponses sociales et territoriales », pour mieux vendre ses propositions institutionnelles : mise en place d’un régime présidentiel avec suppression du Premier ministre et renforcement du Parlement.

Un étudiant interroge le chef l’Etat sur l’aspiration populaire à participer davantage aux décisions, notamment le Référendum d’initiative citoyenne (RIC). « Il faut des référendums. Le général de Gaulle avait compris qu’il fallait de temps en temps retrouver une jouvence électorale », assure-t-il, sans mentionner que cet outil n’a jamais été utilisé pendant son quinquennat. « Il peut parfois être dangereux, on l’a vu en 2005 », dit-il aussi, sans plus de précision.

« Monsieur petites blagues » en forme

En terrain conquis, « monsieur petites blagues », comme le surnommaient certains socialistes, préfère les traits d’humour à l'autocritique. Il ironise ainsi sur l'arrivée à la présidence ukrainienne en avril dernier d’un ancien acteur… ayant joué le rôle de président. « Il s’est dit, je l’ai fait au cinéma, alors pourquoi pas… Mais ça a quelques conséquences, y compris sur la présidence américaine », en référence à l'impeachement contre Donald Trump. L’ancien premier secrétaire du parti socialiste tacle également Jean-Luc Mélenchon ou la droite, sans les citer. « Il n’y a pas que le FN qui pense que la justice n’est pas indépendante, et bien si elle est indépendante ».

Il s’amuse aussi sur le clivage droite-gauche. « Je pense que les cultures de gauche et de droite demeurent. Il y a un sujet qui permet toujours de faire une distinction, ce sont les impôts. Là, on arrive toujours à savoir qui est de gauche et qui est de droite… ». Les rires de l’assemblée se font entendre également lorsqu'il parle des « gilets jaunes » : « Moi j’avais connu les bonnets rouges, c’était une autre couleur, et concentrée sur une région ».

A quoi sert un ancien président ?

Après plus d’une heure d’échange, un étudiant tente de coincer François Hollande. N’a-t-il pas « oublié » de donner le droit de vote aux étrangers comme il l’avait promis ? « Je n’aurais pas eu la majorité des 3/5e des parlementaires», justifie-t-il, oubliant que le palais du Luxembourg n’était passé à droite qu'en septembre 2014, soit un an et demi après son arrivée au pouvoir. Sur la déchéance de nationalité, l’ex-président évacue aussi : « Quand on froisse, quand on n’explique pas les termes du débat, on est dans l’incompréhension ».

Un bruit sourd se fait entendre, François Hollande en profite pour de nouveau amuser la galerie: « Les royalistes ne sont pas revenus quand même ? Non, il y a un principe, c’est que les royalistes ne reviennent jamais ». Un étudiant interroge: à quoi sert un ancien président? Il répond : « C’est de confier son expérience, dire ce qu’il a éprouvé. Et les faiblesses qu’il a pu déceler, les fragilités de notre pays ». Et probablement faire rire des étudiants à la Sorbonne.