Grenoble : Un RIC organisé dans un quartier pour éviter la démolition d’immeubles prévue par la mairie

REFERENDUM Des habitants de la galerie de l’Arlequin, opposés à la démolition de certains de leurs immeubles, ont organisé un référendum d’initiative citoyenne « sauvage », sans garantie d’être entendu

20 Minutes avec AFP

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Ce sont ces immeubles qui pourraient être démolis à Grenoble.
Ce sont ces immeubles qui pourraient être démolis à Grenoble. — JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

C’est une première en France : les habitants et habitantes d’un quartier de Grenoble se sont emparés du référendum d’initiative citoyenne (RIC), cher aux « gilets jaunes », pour tenter d’empêcher la démolition partielle de leur grand ensemble. La galerie de l’Arlequin, emblématique ensemble architectural du début des années 1970 mêlant logements sociaux et copropriétés, a obtenu le label « patrimoine du XXe siècle » en 2003, avant que les émeutes urbaines de 2010 ne ternissent son image.

Opposés aux démolitions envisagées dans le contrat liant la ville dirigée par l’écologiste Eric Piolle à l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), certains de ses habitants et habitantes avaient déjà lancé une pétition en 2016, qui avait recueilli 2.000 signatures mais était restée sans effet. « L’idée du RIC a germé fin mars quand les "gilets jaunes" ont manifesté jusqu’à la Villeneuve », le quartier où se trouve le grand ensemble, a raconté Marie Raffin, 66 ans, du collectif contre les démolitions.

70 % de contre

Après une campagne d’information, le scrutin s’est tenu du 14 au 20 octobre avec le soutien des « gilets jaunes » et de l’association Droit au logement Isère (DAL 38). Avec 526 votants sur les 2.276 personnes appelées à voter, les organisateurs se sont félicités d’un taux de participation de 23 %, comparable à celui des élections européennes dans le quartier (22 %). A 70 %, les habitants ont voté contre les démolitions. Forts de ce résultat, les organisateurs « demandent un avenant à l’accord de 2018 signé avec l’Anru qui acte l’opposition des habitants aux démolitions et demande la réhabilitation ».

Mais « sur ce projet, les choses sont signées et enclenchées », constate Maryvonne Boileau, conseillère municipale (EELV), déléguée au projet de la Villeneuve, en relevant que 450 millions allaient être investis sur la métropole dans le cadre de la convention Anru-2. L’élue regrette toutefois de n’avoir pu négocier « une réhabilitation totale ». « On n’a pas réussi totalement ce qu’on voulait… mais ils ont des exigences de l’autre côté de la table », a ajouté Maryvonne Boileau, soulignant que « la démolition est inscrite dans le règlement général de l’Anru ».

Négociations

Elle estime toutefois que ce RIC, même sans fondement légal, « va nous amener à porter la volonté des habitants lors de la négociation pour la clause de revoyure du contrat qui va débuter dès 2020 ». Pas sûr que les habitants se satisfassent de cette réponse. Certains et certaines se voient en effet proposer des logements à 5 kilomètres de là, loin de leurs attaches, et de ce quartier bien desservi, entouré de commerces et d’équipements publics.

« Les locataires partis sont prioritaires au relogement mais cela se fait au détriment de ceux qui attendent un logement social », relève Raphaël Beth (DAL 38). Lui espère que ce RIC fasse « jurisprudence ». Tout comme les « gilets jaunes » qui entendent « capitaliser sur cette expérience pour la reproduire sur d’autres sujets ».