François Hollande plaide pour un « véritable régime présidentiel » sans Premier ministre

POUVOIR Une sorte de « Ve République bis », selon l’ancien président, avec des pouvoirs accrus pour le Parlement

20 Minutes avec AFP

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Francois Hollande et Emmanuel Macron
Francois Hollande et Emmanuel Macron — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Un « véritable régime présidentiel, avec suppression du Premier ministre et pouvoirs accrus pour le Parlement ». Voilà l’idée développée par François Hollande dans son livre Répondre à la crise démocratique, qui sortira mercredi (éditions Fayard). « Qui peut nier le malaise qui s’est installé dans la démocratie ? », écrit l’ancien président de la République dans la préface de cet ouvrage, court mais dense qui se présente sous la forme d’un long dialogue avec le think tank Terra Nova. Lui voit « deux réponses » à cette crise : une « institutionnelle », une autre «  politique ».

« Nos institutions sont de moins en moins capables de répondre aux aspirations » des Français, précise-t-il dans un entretien à l’AFP. « Le président a un pouvoir exorbitant », au contraire des assemblées dont « les capacités de contrôle (de l’exécutif) sont réduites. Le Premier ministre ne protège plus depuis longtemps le chef de l’Etat, en qui les Français voient toujours le responsable de tout ».

Un mandat de six ans, renouvelable une fois

« Le quinquennat a une part de responsabilité dans cette décomposition », écrit également l’ancien président, qui propose d’allonger d’une année la durée du mandat présidentiel, six ans renouvelables une fois, et de réduire à quatre ans celui des parlementaires.

Avec cette réforme, « le président ne nomme plus un Premier ministre mais une équipe dont il est le chef » et, « en revanche, puisque le gouvernement n’est plus responsable devant l’Assemblée nationale, le président perd son droit de dissolution ». Et l’article 49.3, qui permet de faire passer des projets de loi sans vote au Parlement, « n’a plus de raison d’être ». En échange, « le Parlement verrait son rôle accru, notamment sur le plan législatif et budgétaire ». Son pouvoir d’investigation, d’évaluation et d’initiative serait élargi, les contraintes pesant sur le droit d’amendement levé et la procédure législative allégée et raccourcie.

Autre proposition : la possibilité de « référendum d’initiative exclusivement parlementaire ».

Contre la proportionnelle

Ces transformations ne pourraient toutefois éviter une éventuelle cohabitation entre un président et une assemblée hostiles. « Elle ne se situerait pas au sein de l’exécutif », argue François Hollande, « mais entre l’exécutif et le législatif, le conflit ne pourrait alors se régler autrement que par le compromis ».

« Les institutions réformées comme je le propose conduiraient les partis à reprendre une place importante dans le débat public », souligne-t-il. « Il faut revenir à des familles politiques qui suscitent l’espoir », estime celui qui se prononce « contre la proportionnelle ».

« Le temps de l’explication avec Trump »

Interrogé sur l’actualité internationale, l’ancien chef d’Etat socialiste a affirmé que « le temps de l’explication avec Donald Trump est venu », en pointant les « contradictions » apparues au gré de différentes crises (commerciale, diplomatique…) entre « les intérêts américains et les nôtres ».

Il a par ailleurs regretté qu’en Syrie se dessine « la victoire de tous ceux qu’on ne voulait pas voir triompher », de Bachar al-Assad à Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine. « Pendant ce temps-là, la coalition occidentale, qui avait voulu à juste raison – j’en étais moi-même un des principaux animateurs – éradiquer Daech avec le soutien des Kurdes, voit son allié être aujourd’hui écrasé, écarté des zones qu’il contrôlait, et voit son ennemi, en l’occurrence Daech, reprendre éventuellement des djihadistes qui vont se libérer des camps », a-t-il dénoncé.