« Vous avez la parole » : Ce qu'il faut retenir de l'interview de Christophe Castaner sur France 2

POLITIQUE Le ministre de l’Intérieur était l’invité de l’émission « Vous avez la parole » sur France 2 jeudi soir. Une émission sans véritable intérêt, à l’instar des questions des présentateurs

Thibaut Chevillard

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Léa Salamé, Christophe Castaner et Thomas Sotto
Léa Salamé, Christophe Castaner et Thomas Sotto — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Christophe Castaner était l’invité de l’émission « Vous avez la parole » sur France 2 jeudi soir.
  • Le ministre de l’Intérieur a répondu aux questions des journalistes qui l’interrogeaient sur la menace terroriste, la surveillance du salafisme ou le malaise dans la police.
  • Aidé par les questions creuses des présentateurs, le premier flic de France a déroulé ses éléments de langage.

«Gilets jaunes », maintien de l’ordre, colère des policiers, mobilisation des pompiers, terrorisme… Ils ne manquaient pas, les sujets sur lesquels pouvait être interrogé Christophe Castaner, jeudi soir, lors de l’émission Vous avez la parole sur France 2. Aidé par les questions creuses ou sans réel intérêt de Léa Salamé et Thomas Sotto (« Christophe Castaner, existe-t-il un enfer de Beauvau ? »), certaines émaillées de chiffres qui font peur, le ministre de l’Intérieur a pu tranquillement dérouler ses éléments de langage et esquiver les sujets ennuyeux.

En d’autres termes, vous avez bien fait de regarder Jurassic Park III sur TFX ou de sortir boire des bières avec des amis. Vous auriez pu ressentir un peu de gêne en écoutant le ministre parler de sa « petite chaîne en or » dans un émouvant reportage. Bref, 20 Minutes vous résume les quelques points intéressants de l’émission.

Attentat à la préfecture de police

Le ministre a-t-il communiqué trop vite lorsqu’il a annoncé, quelques heures après l'attaque, que l’assaillant « n’avait jamais présenté de difficultés comportementales », ni « le moindre signe d’alerte » ? Non, assure Christophe Castaner à Léa Salamé et Thomas Sotto. Il s’est contenté de dire « la vérité » telle qu’elle lui a été rapportée par les collègues et la hiérarchie de Mickael Harpon à ce moment-là, « la vérité telle qu’elle apparaît dans le dossier de l’auteur ».

« Est-ce que vous n’êtes pas sous la pression des chaînes d’info, des réseaux sociaux et vous y allez trop vite ? » l’interroge Léa Salamé, rappelant que ce n’est pas le premier couac en matière de communication du ministre. « Il y a une attente immédiate, il faut rassurer », répond Christophe Castaner.

Terrorisme

Depuis 2013, 60 attentats ont été déjoués par les services de renseignement, révèle Christophe Castaner saluant leur action. Le dernier remonte au mois de septembre dernier. « Juste avant » l’attaque terroriste à la préfecture de police, un homme « qui voulait s’inspirer du 11 septembre » 2001 aux Etats-Unis, a été interpellé par les forces de l’ordre. Cet individu avait pour « projet » de détourner un avion. « Il était en train de s’organiser comme cela. »

« Gilets jaunes »

« Est-ce que c’est condamnable de tirer dans la tête d’un manifestant ? » demande Léa Salamé, faisant allusion à une enquête du Monde sur un homme blessé à Bordeaux par un tir de LBD. « Mais bien sûr ! Ce n’est pas réglementaire », réplique le ministre soulignant que des enquêtes ont été ouvertes « à chaque fois qu’on a eu un signalement ». « Chaque fois qu’une faute sera constatée, elle sera sanctionnée. » « Il y a des accidents liés aux LBD », reconnait-il. Mais beaucoup moins depuis que certains sont équipés « de caméras vidéo ».

Les policiers « ont pu commettre pour certains des fautes, et elles doivent être sanctionnées, poursuit Christophe Castaner. Mais ils ont trop régulièrement été attaqués, comme l’ont été nos institutions, comme l’ont été les préfectures, comme l’ont été les permanences d’élus ».

Surveillance du « salafisme » et de « l’islamisme »

Lors de l'hommage aux quatre fonctionnaires de la préfecture de police de Paris tués le 3 octobre par un agent administratif radicalisé, Emmanuel Macron avait appelé à construire « une société de vigilance ». De quelle façon ? Christophe Castaner annonce qu’une circulaire destinée aux préfets est en préparation. Elle aura pour objectif d’organiser la surveillance du « salafisme » et de « l’islamisme partout où ils s’organisent en mode sociétal » contraire aux principes de la République.

Le premier flic de France souligne qu’il ne veut pas « mettre l’islam dans la pyramide du terrorisme ». « Il faut bien faire la différence entre islam et l’islam tenté d’aller vers l’islamisme », explique-t-il. Mais « si vous assistez à un phénomène de radicalisation auprès d’un proche collègue policier, vous devez alerter votre chef de service. Il y a une personne dans nos services formés à la lutte contre la radicalisation, qui va apprécier la situation et qui va proposer des solutions ».

Malaise dans la police

Le 2 octobre dernier, 27.000 policiers – selon les organisateurs – ont manifesté à Paris à l’appel de leurs syndicats. Parmi leurs revendications figure l’apurement du gigantesque stock d’heures supplémentaires. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’engage ce jeudi à régler « une première partie des heures supplémentaires » dues aux policiers d’ici la fin de l’année.

Il « faudra un peu de temps pour payer » ces heures supplémentaires, explique l’hôte de la place Beauvau. Avant d’ajouter : « A la fin de cette année, l’objectif est d’apurer une première partie des heures supplémentaires que nous leur devons. » Il précise qu’il est prévu dans le budget 2020 « 26 millions pour payer les heures supplémentaires » et faire en sorte « qu’on ne reconstitue pas le stock ».

« C’est le moins bon score »

« C’est à présent le moment très attendu du baromètre », annonce enjoué Thomas Sotto. Christophe Castaner n’a convaincu que 44 % des Françaises et Français interrogés par l’institut Sopra Steria. « Ce n’est pas un bon score, explique son directeur, Jean-François Doridot. C’est le moins bon score que nous avons testé depuis le début de l’émission… À part Marine Le Pen lors de sa première émission. » Le ministre a-t-il de l’autorité ? Oui, pour 47 % des personnes interrogées. « Un résultat finalement assez satisfaisant », estime Jean-François Doridot.