LREM : « Confusion », « piège tendu par la droite »… Gouvernement et majorité se déchirent sur le voile

POLITIQUE Malgré la tentative d'Edouard Philippe de clore le débat, la polémique sur le port du voile continue à agiter la majorité

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Edouard Philippe
Edouard Philippe — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Depuis la polémique lancée vendredi par un élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, le voile s’est invité dans le débat politique.
  • La majorité LREM se déchire sur le sujet et des divergences s’expriment même au sein du gouvernement.
  • Malgré la prise de parole du Premier ministre mardi, certains marcheurs appellent Emmanuel Macron à prendre la parole.

Revoilà le voile. Depuis la polémique lancée vendredi par un élu Rassemblement National au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté vendredi, le foulard islamique s’invite, une fois encore, dans le débat politique, et la majorité se déchire. L’ensemble de La République en marche a condamné les propos du responsable RN qui demandait, en dépit de la loi, à ce qu’une accompagnante scolaire retire son voile dans l’hémicycle. Mais les marcheurs ont exprimé des points de vue différents sur le fond, jusqu’au sein du gouvernement, révélant l’existence de différentes conceptions de la laïcité.

Dimanche, Jean-Michel Blanquer a affirmé que « le voile en soi n’est pas souhaitable dans notre société ». Le ministre de l’Education a réitéré ses propos ce mercredi, soutenu par son collègue Bruno Le Maire : « Je considère que le voile islamique n’est pas l’avenir souhaitable de la culture et de la société française », a indiqué sur Europe 1 le ministre de l’Economie. A l’inverse, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye avait expliqué ne pas avoir « de difficulté à ce qu’une femme voilée participe à une sortie scolaire ».

Aurélien Taché enflamme les débats

Mais ce sont les propos d’Aurélien Taché qui ont mis le feu aux poudres. Le député du Val-d’Oise a égratigné Jean-Michel Blanquer dans un entretien au Point lundi, estimant que « les propos du ministre amènent de la confusion » et déplorant que le RN puisse « récupérer les mots de Jean-Michel Blanquer ».

En colère, le ministre a sollicité dans la foulée le bureau exécutif du parti. Une médiation a finalement été décidée pour apaiser le ton des échanges. « Il y a une divergence politique, qui est légitime. Mais ce débat ne doit pas prendre des formes qui affaiblissent notre mouvement ou qui ne correspondent pas à nos valeurs », précise Claude Posternak, en charge de la délégation à la médiation.

Edouard Philippe, lui, a tenté de trancher sur le fond ce mercredi au Sénat. « Ma boussole à moi c’est le droit, et mon cap c’est la lutte contre le communautarisme et la radicalisation ». Le Premier ministre a rappelé mardi qu'il ne souhaitait pas légiférer davantage sur le port du voile, estimant que le « double principe » contenu dans les textes actuels, neutralité des pouvoirs publics et liberté de conscience, était suffisant.

Aurore Bergé prête à voter une loi d’Eric Ciotti

Dans ce contexte, le député LR Eric Ciotti a de nouveau déposé une proposition de loi pour interdire le port de signes religieux ostentatoires pour les accompagnateurs scolaires. « Le Premier ministre a rappelé que la loi était déjà très claire. Il ne faut pas tomber dans le piège posé par les Républicains, et traiter la question du voile dans un contexte polémique », nuance Olivia Grégoire, députée de Paris. « Il faut qu’un débat ait lieu, en interne, au sein du groupe, dans un climat apaisé pour trouver une position commune. Mais il ne se réduit pas à ceux qui parlent haut et fort dans les médias ».

Or, en annonçant son soutien à ce texte, la députée et porte-parole LREM Aurore Bergé a déclenché la bronca de ses collègues. « #Notinmyname [pas en mon nom] », ont taclé sur Twitter une dizaine de députés ce mercredi.

« Sa prise de parole ajoute à la confusion et nous oblige à nous exprimer sur ce sujet alors que le tempo du débat sur la laïcité doit être impulsé par le président », déplore ainsi Coralie Dubost, députée de l’Hérault. La parole d’Emmanuel Macron se fait pour l’instant attendre. A l’Elysée, on répond qu'« une allocution du président n’est pas le débat. La ligne sur la laïcité a été réaffirmée mardi par le Premier ministre devant la représentation nationale ».