Féminicides : Les députés adoptent une batterie de mesures contre les violences faites aux femmes

PROTECTION Le texte, proposé par un député Les Républicains, a été approuvé à la quasi-unanimité

20 Minutes avec AFP

— 

L'hémicycle de l'Assemblée nationale, à Paris. (archives)
L'hémicycle de l'Assemblée nationale, à Paris. (archives) — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Adoptée mardi à la quasi-unanimité par l’Assemblée, la proposition de loi LR sur les violences faites aux femmes prévoit la mise en place du bracelet antirapprochement, des ordonnances de protection plus efficaces, et entend aussi donner un nouveau souffle au téléphone « grave danger ». Ce texte intervient en plein Grenelle des violences conjugales, alors que 121 féminicides ont été enregistrés en 2018 selon le ministère de l’Intérieur, et déjà autant cette année d’après les associations.

Le bracelet antirapprochement (BAR), que le gouvernement veut mettre en place début 2020, permet de géolocaliser et maintenir à distance les conjoints et ex-conjoints violents par le déclenchement d’un signal, avec un périmètre d’éloignement fixé par un juge. Ce dispositif a fait ses preuves dans plusieurs pays, notamment en Espagne depuis dix ans, mais n’a jamais été testé sur le terrain en France, malgré plusieurs votes pour des expérimentations. Il faudra néanmoins le consentement du conjoint violent.

Priorité à la victime pour le logement familial

Créée en 2010 et délivrée par le juge aux affaires familiales, l’ordonnance de protection permet de mettre à l’abri une personne victime de violences conjugales et statuer sur les mesures relatives aux enfants et au logement. Jusqu’ici, le JAF saisi devait se prononcer dans « les meilleurs délais » sans limite de temps et la moyenne était passée à quarante-deux jours. La proposition de loi lui fixe un délai maximal de six jours pour trancher et l’incite à statuer sur l’ensemble des prérogatives dont il dispose : logement, modalités d’exercice de l’autorité parentale…

Pour le logement, nouveau principe : la victime pourra, si elle le souhaite, rester dans le domicile du couple et il reviendra au concubin violent de se reloger. Si la victime quitte le logement, le texte prévoit à titre d’expérimentation une aide financière : prise en charge de la caution ou de la garantie locative, avance des premiers mois de loyer… Ce dispositif sera testé trois ans.

Le « téléphone grave danger » délivré plus tôt

Testé dès 2009 en Seine-Saint-Denis et à Strasbourg, le téléphone « grave danger » a été introduit dans la loi en 2014. Muni d’une unique touche permettant d’appeler les secours, cet appareil est octroyé pour six mois renouvelables aux femmes victimes de violences conjugales qui en font la demande. Une fois enclenché, il permet une intervention rapide des forces de l’ordre. En 2018, les téléphones « grave danger » ont permis 420 interventions, contre 282 en 2017.

Mais ils restent trop peu déployés. Les « deux tiers dorment dans des placards » de l’administration, faute de décision pour les attribuer, a insisté Aurélien Pradié. La proposition de loi entend faciliter et élargir l’accès au dispositif que les victimes pourront directement réclamer auprès du procureur de la République. Le téléphone « grave danger » pourra être attribué plus tôt, quand l’auteur des violences est en fuite ou avant même une interdiction judiciaire d’entrer en contact avec la victime.