Voile islamique : Une intervention d’un élu RN met le feu aux poudres au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté

STIGMATISATION Au nom de la laïcité, Julien Odoul, chef du groupe RN, a demandé qu’une femme de l’assistance retire son voile

G. N.

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Marie-Guite Dufay, ici en janvier 2016, a protesté énergiquement contre les propos de l'élu RN.
Marie-Guite Dufay, ici en janvier 2016, a protesté énergiquement contre les propos de l'élu RN. — JEFF PACHOUD / AFP

C’est une demande d’un élu Rassemblement national qui a mis le feu aux poudres. En pleine séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Julien Odoul, président du groupe RN, a pris la parole pour enjoindre « au nom de nos principes laïcs » la présidente socialiste Marie-Guite Dufay « de demander à l’accompagnatrice qui vient de rentrer dans cette salle de bien vouloir retirer son voile islamique ».

Cette femme voilée accompagnait la classe de CM2 de son fils d’une école de Belfort, venue « voir le fonctionnement d’une institution démocratique dans le cadre d’une opération civique », rapporte Le Monde. Elle avait d’ailleurs pris place auprès de son enfant.

Rapidement, un brouhaha s’est élevé pour s’opposer à cette requête, un élu traitant d’ailleurs Julien Odoul de « facho ». Puis, selon Le Monde, les élus d’extrême droite ont quitté la séance plénière tandis que le fils de la femme invectivée, en pleurs, se réfugiait dans les bras de sa mère.

« Vous allez voir, quand les Russes vont arriver »

L’esclandre s’est poursuivi dans les travées du conseil régional, puisque toujours selon le quotidien du soir, qui rapporte les propos de Jacqueline Ferrari, élue de l’Union des démocrates et des écologistes : « Une élue d’extrême droite a vu [la jeune musulmane] et l’a vigoureusement apostrophée, au point qu’un des membres de la sécurité a dû s’interposer. "Elle lui disait : 'Vous êtes soumise, vous allez voir, quand les Russes vont arriver, vous allez dégager !' C’était très agressif", a raconté Jacqueline Ferrari, encore sous le choc. »

A la suite de cet incident, Marie-Guite Dufay et les élus de la majorité se sont fendus d’un communiqué pour dénoncer « la radicalité des propos et des comportements des élus d’extrême droite » et se réservaient « la possibilité de signaler ces faits au Procureur de la République et de porter plainte ».

Sur Twitter, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes a réfuté au RN le droit de « parler au nom des femmes qui se battent pour leurs droits partout ».

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, rappelait à Julien Odoul que « cette mère n’est pas soumise à la neutralité et n’avait pas à être humiliée et menacée devant son enfant ».

D’autres personnalités dénonçaient le traumatisme et l’humiliation infligés à un enfant et sa mère.

Finalement, la meilleure réponse apportée à l’élu RN est sans doute celle de cet élu, qui au moment où Julien Odoul invoque, pour défendre sa requête, « la France des Lumières » lui rétorque « toi t’en es pas une de lumière ».