Assemblée nationale : « Publicitaire », « stérile », « dose de poison »… L’opposition fustige le débat sur l’immigration

REPORTAGE L’Assemblée nationale abordait ce lundi la politique migratoire de la France, à travers un débat sans vote

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen à l'Assemblée nationale.
Marine Le Pen à l'Assemblée nationale. — Alain JOCARD / AFP
  • L’Assemblée nationale s’est intéressée ce lundi à la politique migratoire de la France.
  • Le gouvernement, puis les députés, ont pris la parole sur le sujet pendant plus de trois heures.
  • L’opposition a fustigé ce débat sans vote, souhaité par Emmanuel Macron.

C’était un souhait d’Emmanuel Macron. L’Assemblée nationale a abordé ce lundi la politique migratoire de la France, comme le président de la République s’y était engagé dans la foulée du grand débat. Mais cet après-midi, dans les couloirs du Palais Bourbon, le projet n’emballe pas vraiment l’opposition.

« C’est un débat publicitaire, qui ne va déboucher sur aucun vote, aucune loi, simplement pour se donner bonne conscience », souffle le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, avant les échanges. La députée insoumise Danièle Obono dénonce, elle, « le soi-disant tabou de l’immigration évoqué par Emmanuel Macron », précisant que « la macronie s’inscrivait pleinement dans les décennies de politique de durcissement et de restriction des droits des étrangers [qui] ne servent qu’à alimenter les fantasmes et légitimer le discours de l’extrême droite ».

Dans la foulée, Marine Le Pen se félicite d’ailleurs « d’avoir brisé le mur du silence », mais dénonce aussitôt l’organisation d’un tel débat. « Je n’en attends rien. Des débats comme celui-là, nous en avons vécu des dizaines. Mais les lois et amendements que nous avons proposés au gouvernement lors de la loi asile et immigration ont tous été rejetés par la majorité, et d’ailleurs aussi par Les Républicains ». Pour la présidente du Rassemblement national, le choix du chef de l’Etat de parler d’immigration est avant tout « un argument électoral sorti de son chapeau à quelques mois des municipales ».

« Vous avez décidé d’injecter une dose de poison et de méfiance dans les veines du pays »

La sonnerie retentit, les parlementaires se pressent dans l’Hémicycle. Edouard Philippe prend le premier la parole. Il faut « accepter de réviser nos logiciels », lance le Premier ministre, proposant « six axes de travail » pour réformer la politique migratoire, dont une réflexion sur les prestations sociales accordées aux demandeurs d’asile. Son propos n’entraîne que de timides réactions sur les bancs, largement déplumés, de l’Assemblée. Après les ministres, les intervenants de tous bords se succèdent au micro. Là encore, l’opposition fustige le débat proposé.

« Pourquoi attiser cette braise-là ? Vous avez délibérément décidé d’injecter une dose de poison et de méfiance dans les veines du pays. Comment osez-vous dire que le pays a été privé de cette discussion alors que la famille Le Pen en a fait son programme depuis quarante ans ? », tonne Jean-Luc Mélenchon, entraînant un sourire chez l’intéressée. « En réalité, nous sommes convoqués pour fournir le décor d’une nouvelle opération de propagande d’une campagne électorale permanente », ajoute le patron de La France insoumise. Elsa Faucillon dénonce, elle, « un débat lancé avec une sémantique qu’on espérerait d’un autre temps et si peu documenté. Vous vous servez du Parlement pour lancer la phase II du quinquennat », tacle l’élue communiste.

Marine Le Pen dénonce les « postures tartarinesques » de l’exécutif

De l’autre côté de l’Hémicycle, les critiques fusent également. « Vous êtes incapables de définir une politique migratoire », avance le député LR Pierre-Henri Dumont, accusant la majorité de se saisir du sujet pour simplement « se maintenir au pouvoir ». « Ce débat sera stérile et inutile », abonde aussi son collègue Eric Ciotti. Marine Le Pen est légèrement chahutée par la majorité lorsqu’elle évoque « la submersion migratoire » et les « postures tartarinesques » de l’exécutif, demandant, « plutôt qu’un petit débat sans vote, un grand référendum » sur ces questions, comme certains élus de droite.

Pendant plus de trois heures, à droite comme à gauche, chacun est dans son rôle. « Ce débat ne peut être ni celui des postures, ni celui des impostures. Notre responsabilité est de sortir de l’affrontement de deux camps, qui ne brandissent que des symboles, jamais des solutions », résume à sa manière Stanislas Guérini, le patron de La République en marche. Pour la majorité, l’objectif du débat était peut-être là : montrer qu’elle se situe au centre des autres camps.