Débat sur l'immigration: La majorité LREM avance en terrain miné

ASSEMBLEE Le débat parlementaire sur la politique migratoire, proposé en avril par Emmanuel Macron, aura lieu ce lundi à l’Assemblée nationale

Laure Cometti

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Assemblée nationale (Archives)
Assemblée nationale (Archives) — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • L’Assemblée va débattre ce lundi de la politique migratoire de la France, un débat souhaité par Emmanuel Macron.
  • Ce sujet divise jusque dans la majorité, qui prône « humanisme » et « fermeté » en la matière.
  • Ces échanges entre députés de tous bords ne seront pas suivis d’un vote, mais le gouvernement devrait ensuite annoncer des mesures, sans calendrier précis.

Ils ont eu plusieurs semaines pour s’y préparer, mais ils savent que le sujet est sensible. Le gouvernement et les députés de la majorité présidentielle vont devoir présenter leurs objectifs et leur stratégie en matière de politique migratoire, lors d’un débat sans vote prévu ce lundi à l’Assemblée nationale, dès 16 heures. Emmanuel Macron avait lui-même fixé de rendez-vous en avril, au sortir du grand débat national.

A la rentrée, le chef de l’Etat a transmis ses directives à sa majorité, qu’il a appelée à « regarder le sujet en face ». Ce discours a suscité l’inquiétude d’une partie des députés de La République en marche, surtout au sein de son aile gauche. « Ça a été un tabou pour la majorité jusqu’ici, reconnaît le député du Val-d’Oise Aurélien Taché. Il faut qu’on exprime notre doctrine sur le sujet ». L’exercice s’annonce difficile, reconnaît l’élu : « Notre vision en matière de politique migratoire n’est pas homogène. Mais si on ne la travaille pas assez, le danger c’est de valider les thèses anti-immigration du Rassemblement national ».

Des déclarations présidentielles

Emmanuel Macron souhaite que sa majorité s’empare du sujet sans tomber dans les embûches pointées par Aurélien Taché. Si le sujet migratoire n’était pas au cœur de son programme présidentiel en 2017, le chef de l’Etat a multiplié les déclarations depuis quelques mois.

Dans une tribune publiée le 4 mars et adressée aux « citoyens d’Europe », il a appelé à « remettre à plat l’espace Schengen ». Il avait aussi interrogé les Français sur la mise en place de quotas d’immigration, dans sa lettre publiée le 13 janvier en pleine crise des « gilets jaunes ». La mesure ne figurait pas dans son programme en 2017… mais dans celui du candidat de la droite François Fillon.

Immigration économique

Ce débat n’est pas sans risques pour la majorité. Il y a un an, les discussions sur le projet de loi asile et immigration avaient déjà fait naître des fissures dans le groupe des députés LREM. Pour apaiser les tensions, plusieurs cadres du parti ont publié une tribune vendredi dans Le Monde. Il faut selon ce texte « tout repenser » en matière de « politique migratoire et d’intégration », et « oser parler de l’immigration économique », en « identifiant des besoins » et fixant « des objectifs chiffrés ».

Ce lundi, le gouvernement présentera six axes de discussion, avant de donner la parole aux députés. Parmi les thèmes retenus : une réflexion sur les prestations sociales accordées aux demandeurs d’asile, mais aussi l’ouverture d'« un chantier sur l’attraction des talents » pour « remettre à plat certaines dispositions » permettant de répondre à la demande des filières en tension.

Les prestations sociales examinées

« Il est hors de question de ne pas se saisir de la question migratoire », insiste Matignon, qui prévient que les réponses apportées ne passeront « pas forcément » par la voie législative. Il pourra s’agir d’ajustements dans le budget 2020 ou de décrets. Trois ministères ont été invités à transmettre au Premier ministre leur diagnostic en matière d’immigration et leurs préconisations : les Affaires étrangères, la Santé et l’Intérieur.

Parmi les pistes envisagées, une réduction du panier de soins pris en charge par l’aide médicale d’Etat (AME) pour les sans-papiers, une réforme de la Protection universelle maladie (PUMa, ex-CMU) dont bénéficient les demandeurs d’asile. Un document de travail de la place Beauvau, cité par Le Monde, envisage aussi de renforcer les expulsions et les places en centre de rétention.