Bordeaux : Même avec leur leader en retrait, les juppéistes se retrouvent pendant deux jours pour débattre

POLITIQUE La troisième édition des « Vendanges de Bordeaux » se tiendra samedi et dimanche, autour de personnalités telles que Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau ou Fabienne Keller

Mickaël Bosredon

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Alain Juppé, et Jean-Pierre Raffarin, le 9 septembre 2018 à l'issue des deux deuxièmes "Vendanges de Bordeaux", rencontre politique autour de Juppéistes.
Alain Juppé, et Jean-Pierre Raffarin, le 9 septembre 2018 à l'issue des deux deuxièmes "Vendanges de Bordeaux", rencontre politique autour de Juppéistes. — M.Bosredon/20Minutes
  • Ce rendez-vous avait été initié au lendemain de la primaire de la droite à la présidentielle, perdue par le maire de Bordeaux.
  • Même avec un Alain Juppé en retrait, ses amis, qui se trouvent au MoDem, chez LR ou dans la majorité présidentielle, ont tenu à ce que la troisième édition de ces « Vendanges » se tienne quand même.
  • Il y sera question de politique nationale et internationale, mais aussi de municipales, surtout à Bordeaux où LREM veut envoyer un candidat contre le juppéiste Nicolas Florian.

Non, le juppéisme n’est pas mort. « Il est même bien vivant », s'insurge Fabien Robert, premier adjoint au maire de Bordeaux Nicolas Florian, et président du MoDem Gironde, qui participera ce week-end aux « Vendanges de Bordeaux ».

Ce rendez-vous des juppéistes avait été initié en 2017, à l’issue de la primaire de la droite à la présidentielle, perdue par le maire de Bordeaux. Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, les ministres Franck Riester et Geneviève Darrieussecq, ou encore le secrétaire général du MoDem Jean-Noël Barrot sont attendus lors de cette troisième édition, qui sera axée autour des questions de territoire : la crise des « gilets jaunes », les réformes du gouvernement ou encore la décentralisation.

Alain Juppé devrait participer à une partie des réunions

Alain Juppé en retrait de la vie politique depuis son entrée au Conseil constitutionnel en février dernier, on pouvait toutefois se demander si ces « Vendanges » avaient encore lieu d’être. « Alain Juppé s’est retiré de la vie partisane et il a un droit de réserve, mais ce n’est pas le cas de ses amis, et les idées survivent aux personnes », explique à 20 Minutes Fabien Robert, qui a travaillé onze ans auprès d’Alain Juppé. « Et il a encore le droit d’ouvrir la bouche, du moins en privé, poursuit le premier adjoint, il n’y a donc aucune raison qu’il ne soit pas là et qu’il n’échange pas avec ses amis. »

L’ancienne maire de Strasbourg et députée européenne Fabienne Keller rappelle de son côté que « depuis la primaire de 2016, c’est tout naturellement que ceux qui ont fait campagne autour d’Alain Juppé se retrouvent pour échanger sur la situation nationale, les enjeux européens et internationaux. Et cela nous semble naturel de nous retrouver encore, cette fois plutôt autour de Jean-Pierre Raffarin, même si Alain Juppé devrait participer à une partie des réunions. »

« Chacun reste engagé là où il est »

Originaire de la famille giscardienne, ministre sous Chirac puis sous Sarkozy, Dominique Bussereau, désormais président du conseil départemental de la Charente-Maritime, souligne que ce rendez-vous « permet de rassembler des gens qui sont très différents : des élus qui sont clairement dans la majorité, comme Franck Riester ou Fabienne Keller, des opposants que l'on peut qualifier de "Macron-compatibles" comme le maire de Bordeaux Nicolas Florian, et il y a des gens comme moi qui ne sont ni l’un ni l’autre… Cela nous permet d’échanger nos idées, dans un cadre amical. Il y a chez Juppé des idées européennes et décentralisatrices, dans lesquelles se retrouvent plein de gens violemment modérés. »

Les participants aux « Vendanges » insistent toutefois sur un point : ce n’est pas un mouvement, « chacun reste engagé là où il est », martèle Fabienne Keller. « Les "Vendanges", c’est un cercle de pensée, ce n’est pas un parti politique, ni une association. Il n’y a rien de structurel derrière », confirme Fabien Robert.

« Envoyer un candidat contre Juppé, heu, contre Florian, est une connerie »

Le premier adjoint au maire de Bordeaux n’oublie pas de glisser au passage qu’Alain Juppé « est un rassembleur », lui. Clin d’œil évidemment à la situation locale, le parti LREM ayant choisi d’investir à Bordeaux un candidat, Thomas Cazenave, contre le maire sortant Nicolas Florian. « C’est une connerie majeure d’En Marche d’envoyer un candidat contre Juppé, euh, contre Florian (sic), s’emballe Dominique Bussereau. C’est vraiment une maladresse politique de débutant. Je ne vois rien d’utile dans cette démarche. »

« Je crois que le jeune parti politique qu’est La République en Marche, avec lequel je travaille et avec qui j’ai des liens fraternels, devrait prendre exemple sur Alain Juppé, tacle encore Fabien Robert. Il a toujours réussi à mener des élections locales sans jamais mettre un seul logo de parti politique sur ses tracts. C’est une leçon dont on devrait tous tenir compte. »

« A Bordeaux, le terrain des modérés est incarné par les Juppéistes à la mairie »

Fabien Robert pense toutefois que « la situation peut encore évoluer dans les semaines qui viennent. » « On rentre dans la période où ça va commencer à décanter », lâche-t-il. Il assure par ailleurs ne pas croire « que Thomas Cazenave puisse être maire de Bordeaux » parce que le terrain des modérés aujourd’hui « est incarné par Nicolas Florian, Fabien Robert, Alexandra Siarri… C’est-à-dire les juppéistes installés à la mairie. »

Le maire Nicolas Florian, qui n’a pas souhaité prendre la parole avant ce rendez-vous des « Vendanges », devrait conclure les débats dimanche matin. Une intervention qui devrait faire écho au « campus des territoires » que LREM était venu tenir à Bordeaux il y a moins d’un mois, dans le but de préparer ces fameuses municipales de mars prochain.