Mémoires de Jean-Marie Le Pen: Au Rassemblement national, «on s'en fout» des critiques du Menhir

MÉMOIRES Le Menhir critique vertement sa fille Marine Le Pen dans le deuxième tome de ses Mémoires, publié ce mercredi

Laure Cometti

— 

De gauche à droite : Marion Maréchal, sa tante Marine Le Pen, et Jean-Marie Le Pen.
De gauche à droite : Marion Maréchal, sa tante Marine Le Pen, et Jean-Marie Le Pen. — CORET PHOTOS/SIPA // PIERRE VILLARD/SIPA // CHAMUSSY/SIPA

Comme souvent, Jean-Marie Le Pen n’y va pas de main morte. Dans le deuxième tome de ses mémoires, à paraître ce mercredi, le cofondateur du Front national s’en prend à sa fille Marine​. Il multiplie les critiques à l’égard de celle qui lui a succédé à la tête du parti. En revanche, le patriarche loue les qualités de sa petite-fille Marion Maréchal. Des écrits qui ont tout pour agacer les cadres du Rassemblement national (RN).

S’il confie qu’il « a pardonné à [sa] fille », Jean-Marie Le Pen n’en torpille pas moins la présidente du RN. « Elle a certaines qualités pour faire de la politique. Du cran, de l’allant, de la répartie », écrit-il dans l’ouvrage que 20 Minutes a pu lire et qui constitue le deuxième tome de ses Mémoires, intitulé Tribun du peuple (éditions Muller). « Mais elle n’a pas confiance en elle. Cela explique ses fautes. Son côté dictatorial », enfonce-t-il.

« On est dans les petites rancœurs »

« Marine ne supporte pas la contradiction […] J’étais la seule opposition dans son nouveau FN, c’est pour cela qu’elle m’a viré », poursuit le Menhir, expulsé du parti en 2015 après ses propos polémiques répétés sur la Shoah.

Jean-Marie Le Pen reproche aussi à sa fille l'« ouverture à gauche » du FN et sa « recherche éperdue de dédiabolisation au moment où le diable devient populaire ». Il va même jusqu’à se demander si l’échec de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle en 2017 n’est pas « providentiel ». « Avec un bon débat [de l’entre-deux tours de la présidentielle de 2017] et une catastrophe terroriste, [Marine Le Pen] aurait peut-être pu gagner, mais pour quoi faire ? Avec quel état-major ? Quelle équipe ? […] Le Front national est dramatiquement seul. »

Au RN, on prétend faire fi de ce portrait peu flatteur de la présidente du mouvement. « Je travaille quasi quotidiennement avec Marine Le Pen depuis un an et demi, et elle n’a rien de dictatorial », balaie Gilles Pennelle, membre du bureau national du RN. « On est dans les petites rancœurs », juge le conseiller régional de Bretagne, « mais cela fait maintenant presque huit ans que sa fille est présidente du mouvement, la page est tournée. Il peut publier ses mémoires, ça n’influe pas du tout sur la marche du parti. »

« Ça doit être difficile pour Marine Le Pen »

« On s’en fout un peu », lâche un autre cadre du mouvement, qui estime toutefois que « ça doit être difficile pour Marine Le Pen, même si elle ne nous en a pas parlé ». « On est très occupés par la préparation des municipales, et ce livre n’est qu’une petite péripétie », conclut cette source.

La présidente du RN ne prévoit pas de lire ce livre. « Je m’évite les choses pénibles dans la vie », a-t-elle déclaré mardi au Parisien. Marine Le Pen a toutefois parcouru les extraits de l’ouvrage publiés dans le magazine Le Point. « Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas un adepte de l’autocritique », commente-t-elle.

Des éloges pour Marion Maréchal

En revanche, Jean-Marie Le Pen est élogieux au sujet de sa nièce Marion Maréchal, quitte à raviver la rivalité entre la tante et sa nièce. « Elle a un talent au-dessus du lot. C’est une femme exceptionnellement brillante », écrit-il à propos de l’ex députée FN du Vaucluse. Il la juge toutefois « calculée et quelquefois lointaine, froide », mais semble favorable au retour en politique de sa petite-fille qui dirige désormais une école de sciences politiques à Lyon, et qui a abandonné le nom Le Pen. « Un jour, il lui faudra revenir […] La plupart des gens gâchent leur chance. Je ne le lui souhaite pas ».

Des espoirs un peu balayés par l’actualité : Marion Maréchal a annoncé mardi qu’elle n’avait « pas l’intention d’être candidate à la présidentielle de 2022 », après une « convention de la droite » samedi organisée par ses proches, qui a nourri les spéculations sur son éventuel retour en politique.

« Elle peut être très brillante, mais elle organise une convention pour dire qu’elle ne sera pas candidate en 2022, nous, on est sur le terrain », tranche un cadre du RN. Autre hasard du calendrier : la parution des Mémoires de Jean-Marie Le Pen a été un peu éclipsée par le décès de Jacques Chirac jeudi.