Mort de Jacques Chirac : Comment l’ancien président s’est fait aimer des agriculteurs

POLITIQUE L'ancien président de la République, décédé ce jeudi à l'âge de 86 ans, avait tissé un lien avec le monde paysan

Camille Allain

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L'ancien président de la République Jacques Chirac, ici dans les allées du salon de l'Agriculture à Paris, en 2001.
L'ancien président de la République Jacques Chirac, ici dans les allées du salon de l'Agriculture à Paris, en 2001. — Hadj / SIPA
  • L’ancien président de la République Jacques Chirac est décédé ce jeudi matin à l’âge de 86 ans.
  • L’ancien député de Corrèze a toujours été populaire auprès des agriculteurs.
  • Beaucoup louent la « sincérité » des échanges avec l’ancien président.

« Vous allez terminer votre mandat à l’Elysée et le monde agricole ne sait pas comment vous remercier. » Les mots prononcés en 2007 par Jean-Michel Lemétayer en disaient long sur la sympathie de la FNSEA envers Jacques Chirac, mort ce jeudi à l’âge de 86 ans. « L’agriculture de notre pays a plus que jamais besoin de vous. Votre vision nous est nécessaire », avait ajouté l’ancien président du puissant syndicat agricole, décédé en 2013.

Depuis son passage comme ministre de l’Agriculture en 1972, Jacques Chirac a toujours gardé une grosse cote de sympathie chez les paysans. Un électorat précieux qu’il a su caresser dans le sens du poil toute sa carrière. « Il était sincère, il avait de la compréhension, de l’écoute. Tous les gens aiment ça, pas seulement les paysans. On se sentait écoutés », estime Cédric Henry, à la tête de la FDSEA d’Ille-et-Vilaine. « Il n’avait pas peur de se salir », résume l’éleveur.

« Il avait une façon de parler qui inspirait confiance »

Pour le patron du Space, deuxième plus grand salon agricole de France, Jacques Chirac « avait les bons gestes ». A chacun de ses déplacements ruraux, l’ancien président de la République se distinguait par le temps passé avec chaque interlocuteur. « Il avait des attentions, une sensibilité pour le milieu agricole. Il avait une façon de parler qui inspirait confiance », poursuit Marcel Denieul.

Cet amour pour la terre a été régulièrement noté, notamment lors de ses interminables visites au salon de l’Agriculture où l’ancien président buvait et mangeait à chaque stand où il s’arrêtait. « Quand il était ministre de l’Agriculture, nous avions connu une année 1973 où l’on manquait de tout. Les prix avaient flambé et les revenus des agriculteurs s’étaient envolés, c’était une année très atypique. Il a toujours su en jouer », se souvient Marcel Denieul.

L’étrange journée du 11 septembre 2001

En 2001, Jacques Chirac avait passé toute la matinée dans les travées du Space, à Rennes, avant de devoir quitter précipitamment la Bretagne après avoir appris ce qu’il se passait aux Etats-Unis. « C’était le 11 septembre 2001. Il avait pris beaucoup de temps pour parler aux éleveurs. Il avait des contacts simples et directs. Les agriculteurs sentaient qu’ils s’intéressaient à leur situation », se souvient Paul Kerdraon.

L'ancien président de la République Jacques Chirac ici au salon de l'Agriculture en 2007.
L'ancien président de la République Jacques Chirac ici au salon de l'Agriculture en 2007. - Stevens Frédéric / SIPA

Celui qui était alors commissaire du salon se trouvait aux côtés de la fille du président, Claude Chirac, quand ce dernier a été informé des tragiques événements en cours à New York​. « Sa fille l’a laissé finir son déjeuner. Il avait prévu d’inaugurer la faculté des métiers à Ker Lann. Il n’est pas resté longtemps, mais il y a été », rappelle le maire de Pacé.

« Il n’a pas fait grand-chose »

Si l’ancien député de Corrèze avait acquis la sympathie de bon nombre d’agriculteurs, il ne faisait pas non plus l’unanimité dans les fermes. Certains lui ont par exemple reproché de ne pas avoir lutté contre la grande réforme de la politique agricole commune (PAC) en 1992. « Il a su se faire apprécier du monde paysan, mais la popularité ne fait pas les actions. Sur le plan agricole, il n’a pas fait grand-chose pendant ses deux mandats », regrette Jean-François Couëtil. Le responsable régional de la Coordination rurale de Bretagne estime que Jacques Chirac « n’a pas assez fait pour l’agriculture ». « Boire un coup au salon de l’Agriculture ne fait pas tout. »