Paris : Une centaine de policiers manifestent près du siège de la France Insoumise

REPORTAGE Les agents, rassemblés à l’appel du syndicat Alliance, dénoncent les propos de Jean-Luc Mélenchon qui a qualifié les forces de l’ordre de « barbares »

Thibaut Chevillard

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Policiers et gilets jaunes se sont faits face durant environ une heure
Policiers et gilets jaunes se sont faits face durant environ une heure — Thibaut Chevillard
  • Lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, Jean-Luc Mélenchon a qualifié les forces de l’ordre de « barbares ».
  • Des propos que n’ont pas digérés les policiers. A l’appel du syndicat Alliance, une centaine d’entre eux se sont rassemblés à proximité du siège de la France Insoumise.
  • Une trentaine de gilets jaunes sont venus pour soutenir le tribun et dénoncer les « violences policières ».

Le face à face tant attendu n’a finalement pas eu lieu devant le siège de la France Insoumise, mais au bout de la rue, devant une boutique spécialisée dans « l’univers du mariage », proposant des costumes au prix de 39 euros. Ce jeudi, en fin de matinée, une centaine de policiers se sont rassemblés place de Roubaix (10e) à l’appel du syndicat Alliance pour dénoncer les propos de Jean-Luc Mélenchon qui a qualifié les forces de l’ordre de « barbares ». Un qualificatif que les agents présents ont bien du mal à avaler. « La perquisition dans les locaux du parti avait fini en bagarre. Maintenant il passe aux insultes. C’est bon ! », s’insurge Jérôme.

Casquette vissée sur la tête, il est venu ce matin « pour montrer que les policiers ont aussi le droit de manifester et qu’ils existent ». A côté d’une camionnette grise dans laquelle une enceinte a été installée, les manifestants brandissent des drapeaux à l’effigie du syndicat et des pancartes sur lesquelles on peut lire : « La police est sacrée », « La République, c’est nous » ou encore « Outrage, diffamation = délit ». « Nous voulions répondre aux provocations incessantes de Jean-Luc Mélenchon, les collègues en ont ras-le-bol. A un moment donné, il faut agir », souligne Frédéric Lagache, délégué général d’Alliance.

« Mélenchon est anti-police, anti-système »

« Depuis des mois, il y a une haine anti-flic, maintenant c’est de la part d’un député, c’est inadmissible », fulmine Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat. Alors que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a indiqué ce jeudi sur RTL qu’il allait signaler les propos incriminés à la justice, le responsable syndical fait savoir qu’Alliance se constituera partie civile. « M. Mélenchon est anti-police, anti-système, anti-République. Il faut qu’il soit sanctionné fermement ! »

Face à eux, une petite vingtaine de « gilets jaunes » venus soutenir le chef de fil de la France Insoumise qui avait pourtant appelé ses sympathisants à ne « pas passer par là » pour éviter les «provocations». Parmi eux, Lucas, 24 ans. Cet étudiant en physique tient dans ses mains des photos de Steve Maia Caniço, un jeune homme décédé à Nantes lors de la fête de la musique, et de Zineb Redouane, une octogénaire morte à Marseille après avoir été blessée par une grenade lacrymogène. « Ces images valent 1.000 mots », explique ce « gilet jaune ». « Les policiers d’Alliance s’offusquent du mot "barbare" mais ne sont pas choqués par les gens qui ont été mutilés ou éborgnés par les policiers. »

« A samedi… barbares »

« C’est le rassemblement de la honte », renchérit Thierry-Paul, 43 ans. Tenant dans la main son téléphone avec lequel il se filme en direct sur Facebook, ce « "gilet jaune" de la première heure », qui a fini samedi dernier en garde à vue, estime que « Mélenchon a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». Il dénonce lui aussi la « répression » et les « exactions » commises par les forces de l’ordre depuis un an. « Pourquoi on ne nous laisse pas manifester tranquillement ? On veut nous faire taire. » Il est présent ce matin car le syndicat Alliance, dit-il, « cautionne » les violences policières et « justifie les méthodes de Castaner ».

Des accusations réfutées par Frédéric Lagache. « Les policiers répondent à la violence illégitime en utilisant la violence légitime. Notre boulot, c’est d’écarter les gens qui foutent le bordel, de permettre à tout le monde de manifester en toute tranquillité. » Midi vient de sonner. Les policiers manifestants se dispersent en prenant la direction de la gare du Nord. Quelques « gilets jaunes » les suivent à l’intérieur de la gare en scandant : « Halte à la barbarie sociale » ou « Faites gaffe à la police ». Finalement, des gendarmes mobiles les repoussent dans le calme. Le temps pour eux de dire au revoir aux policiers d’Alliance. « Allez, à samedi… barbares. »