Mort de Jacques Chirac : Comment se déroulent les obsèques des présidents français ?

HOMMAGE Ce jeudi, l'ancien président de la République Jacques Chirac est décédé à l’âge de 86 ans

Oihana Gabriel

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Le 11 janvier 1996, Jacques Chirac et Bernadette Chirac participent à l'hommage rendu à Notre-Dame à François Mitterrand.
Le 11 janvier 1996, Jacques Chirac et Bernadette Chirac participent à l'hommage rendu à Notre-Dame à François Mitterrand. — FACELLY/SIPA
  • Jacques Chirac a été président de la République pendant douze ans, de 1995 à 2007, deux fois Premier ministre, trois fois maire de Paris, chef de parti et ministre à répétition.
  • Après Charles de Gaulle en 1970, George Pompidou en 1974 et François Mitterrand en 1996, il est le quatrième président français sous la Ve République à disparaître. 
  • Obsèques nationales ou deuil national, on ne sait pour le moment pas ce que la famille Chirac va décider. Mais Emmanuel Macron doit prendre la parole ce jeudi à 20h pour rendre hommage à l'un de ses prédécesseurs.

La dernière fois que la France a enterré un ancien président de la République, c’était en 1996, au siècle dernier. Avec le décès de Jacques Chirac ce jeudi, la Nation va entrer dans une période de deuil. Emmanuel Macron a prévu une allocution télévisée ce jeudi à 20h pour rendre hommage à celui qui fut deux fois président de la France. Le chef de l’Etat pourrait alors annoncer des obsèques nationales.

Un rituel protocolaire, un moment d’union aussi, comme l’écrit le sociologue Denis Fleurdorge dans son livre Naissance d'une tradition funéraire présidentielle : « on peut voir dans le rituel des obsèques l’hommage rendu par la Nation et par la République à un homme qui les a servies, la mise en relief et la mise en valeur de l’exemplarité d’un personnage de dimension historique. L’homme mort fait l’unanimité et fédère une communauté. » Retour sur les obsèques des trois anciens présidents de la Ve République, Charles de Gaulle, Georges Pompidou et François Mitterrand.

Retrouvez notre diaporama sur Jacques Chirac

Comment les obsèques des anciens présidents se sont déroulées ?

Le lundi 9 novembre 1970, à 19h30, Charles de Gaulle décède après une rupture d’anévrisme à 79 ans, retiré dans sa maison à Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne). C’est George Pompidou qui l’annonce le lendemain, à la télévision, avec ces mots restés célèbres : « Français, Françaises, le général de Gaulle est mort. La France est veuve. » Le général de Gaulle avait laissé des indications précises pour ses funérailles. Il voulait être enterré à Colombey-les-Deux-Eglises auprès de sa fille Anne et sans cérémonie publique. Ses obsèques ont donc lieu deux jours plus tard dans l’intimité. S’il n’y a pas d’obsèques nationales, le gouvernement décrète tout de même un jour de deuil national. Et une cérémonie est organisée à Notre-Dame de Paris, qui réunit à l’intérieur et à l’extérieur de la cathédrale environ 80.000 personnes.

Georges Pompidou est le seul président de la Ve République à bénéficier d’obsèques nationales. Avec un détail de taille : il s’est éteint le 2 avril 1974, pendant son mandat. Georges Pompidou est mort à 62 ans de la maladie de Waldenström, une forme rare de cancer du sang. Depuis deux ans, le président se battait et son état de santé se dégradait. Une cérémonie est organisée le 6 avril à Notre-Dame de Paris, puis il sera inhumé dans l’intimité au cimetière d’Orvilliers (Yvelines).

Le 8 janvier 1996, François Mitterrand, qui avait effectué deux septennats, s’éteint. La famille Mitterrand souhaite une cérémonie intime. Un désir compliqué à respecter quand il s’agit de « Tonton », dont la disparition affecte en France comme à l’étranger. Alors ce sera un duplex. Le 11 janvier 1996, l’ancien chef d’État est inhumé chez lui, dans sa ville natale de Jarnac auprès des parents. Pour cela, le cercueil enroulé dans un drapeau tricolore est transporté en avion militaire. Une petite cérémonie à l’église Saint-Pierre réunit ses deux familles, Danielle Mitterrand et ses deux fils, Jean-Christophe et Gilbert Mitterrand, Mazarine, sa fille longtemps cachée et sa mère, Anne Pingeot. Mais aussi ses très proches, anciens ministres et amis, et même sa chienne Baltique. Au même moment, la Nation rend hommage à l’ancien chef d’État emporté par un cancer de la prostate à Notre-Dame de Paris, où plus d’un millier de personnes assistent à une messe. Parmi elles, une soixantaine de chefs d’État, dont Helmut Kohl, qui ne peut retenir quelques larmes.

Un lieu pour que les Français puissent se recueillir

On en sait très peu pour le moment sur les obsèques de Jacques Chirac. Interrogé sur l’éventuelle tenue d’obsèques nationales pour Jacques Chirac, son gendre Frédéric Salat-Baroux a indiqué qu’aucune décision n’avait été prise pour l’heure sur ce point. En revanche, il a précisé que « les Français qui souhaitent rendre hommage à Jacques Chirac pourront, dans les jours qui viennent, venir se recueillir auprès de lui, dans un lieu qui reste à définir ». Ce que l’on sait aussi, c’est que sa fille Laurence Chirac, qui est décédée à 58 ans en 2016, après des années de lutte contre l’anorexie, avait été inhumée dans la plus stricte intimité au cimetière du Montparnasse. Enfin, il semble compliqué pour le gouvernement d’organiser une messe à Notre-Dame, mangée par les flammes il y a quelques mois, et dont les travaux ne devraient s’achever que dans cinq ans…

Obsèques nationales ou deuil national ?

La famille Chirac choisira-t-elle des obsèques nationales ou une cérémonie privée ? Ce qui est sûr, c’est que pour les trois anciens présidents de la Ve République, un deuil national avait été décrété. Le site du gouvernement précise les différences : « Les obsèques nationales ne s’inscrivent pas dans un cadre officiel précis. En cas d’obsèques nationales, les funérailles et l’hommage rendu sont pris en charge par l’Etat. Elles peuvent se dérouler dans des lieux choisis par les familles, pas nécessairement au Panthéon ou aux Invalides. »

En revanche, le deuil national est encadré. C’est le président de la République qui prend un décret, dont l’application est à la charge du Premier ministre. Une décision prise pour tous les anciens présidents décédés, mais aussi pour certaines victimes d’attentats en janvier et novembre 2015, et en 2016 après l’attentat de Nice. La durée du deuil est fixée par le Premier ministre, en général un ou deux jours. Pour la première fois, le deuil national qui a été déclaré en 2015 fut d’une durée de trois jours, les 14, 16 et 17 novembre, après les attentats du Bataclan. Et comment cela se déroule ? Ce deuil national s’accompagne d’une minute de silence dans tout le pays, et les drapeaux et étendards sont mis en berne sur tous les édifices publics. Certaines administrations peuvent être éventuellement fermées pendant une période définie. Un protocole différent de l'« hommage national », rendu récemment pour Jean d'Ormesson et de l'«hommage populaire» à Johnny en décembre 2018.