Mort de Jacques Chirac : Le « chiraquisme », une « manière de faire campagne » plus qu’un courant de pensée à droite

HERITAGE L'ancien président, décédé ce jeudi à l'âge de 86 ans, a profondément marqué sa famille politique

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Jacques Chirac en
Jacques Chirac en — GERARD FOUET / AFP POOL / AFP
  • Jacques Chirac est décédé ce jeudi à l’âge de 86 ans.
  • La droite a unanimement rendu hommage à l’ancien président, dont l’héritage politique est toutefois complexe.
  • Chez Les Républicains, on retient surtout du fondateur du RPR et de l’UMP une « manière de faire de la politique », plus qu’une doctrine.

A droite, tous se souviennent de l’animal politique. « Dans une campagne, il faut aller chercher les électeurs avec les dents », disait Jacques Chirac. L’ancien président (1995-2007), décédé ce jeudi, a reçu une foule d’hommage. Celui a qui a fondé le RPR en 1976, puis l’UMP en 2002 a profondément marqué sa famille politique.

« Fracture sociale » et « concorde nationale »

« C’est l’homme de la fracture sociale et de la concorde nationale face au Front national. Il incarne aussi une certaine idée de la France à l’international, le non-alignement sur les Etats-Unis lors de la guerre en Irak en 2003 », salue Damien Abad, vice-président du parti Les Républicains.

Jean-Paul Delevoye, entré en politique en 1981 pour soutenir Jacques Chirac à la présidentielle, évoque pêle-mêle « son sens du dialogue social, son affection pour les Dom-Tom, et son intérêt pour l’Afrique ».

« Je retiens plutôt le Chirac des débuts, l’appel de Cochin, la fracture sociale avec Séguin, le non à la guerre d’Irak en 2003 », avance Julien Aubert, député du Vaucluse.

Empathie et chaleur humaine

Sa famille politique salue l’homme d’Etat mais peine à définir le « chiraquisme ». « Il a été très gaulliste, puis très libéral, puis très consensuel. Il y a plusieurs Chirac, d’où la complexité… », poursuit le candidat à la présidence LR.

Dans cette campagne interne pour prendre la tête du parti, comme les précédentes à droite, les politiques se revendiquent toujours gaullistes, parfois sarkozystes ou séguinistes, voire fillonistes. Le nom de Chirac, en revanche, est rarement cité. « Ce n’est pas un homme d’idées ni de concepts. Il n’a jamais rien théorisé, a parfois changé de positions. C’est d’abord un homme de campagne, un conquérant. Un personnage très énergique et attachant, qui avait l’amour des gens, aimait être au contact », justifie Julien Aubert. Jean-Paul Delevoye, lui, insiste sur « sa dimension humaine et sa grande empathie. Il avait besoin de chaleur humaine, de contacts et de moments de partage ».

« Une manière de faire de la politique »

Jacques Chirac garde l’image d’une bête de campagne, prenant des bains de foule dans les terroirs et tapant « le cul des vaches » au Salon de l’Agriculture. « Quand je pense à lui, j’ai l’image de congrès enthousiastes. C’était la France d’avant, quand les politiques pouvaient attirer en meeting 100.000 personnes dans une ferveur incroyable, les gens hurlaient « Chichi ! ». Lui embrassait tout le monde, serrait des mains. Il a été l’un des premiers à avoir un sens du contact aigu, dans les congrès, dans la rue, partout, cette proximité avec les gens », se souvient l’ancien secrétaire d’Etat Roger Karoutchi, qui l’a connu au début du RPR en 1976.

« Le "chiraquisme", ce n’est pas un courant de pensées, c’est une bande d’amis », pique Julien Aubert. « C’est quelque chose de protéiforme, d’assez mouvant. Ce n’est pas un courant de pensée à droite, c’est plus un état d’esprit, la France des terroirs, la convivialité. Une manière de faire de la politique. On dit souvent "faire campagne à la Chirac" », nuance Damien Abad.

Il continue d’inspirer la jeune garde LR, assure pourtant Aurélien Pradié, député du Lot. « Son intérêt pour l’environnement, le dialogue des cultures avec le musée du Quai Branly dont on sous-estime l’impact, ses déclarations sur le Vel d’Hiv, sa défense de Simone Veil à l’Assemblée sur l’IVG… Tout ça est un bloc idéologique très cohérent et laisse transparaître son immense respect de l’humanité ».

« Le chiraquisme, c’est une bande d’amis »

La difficulté à définir le chiraquisme s’illustre peut-être aussi à travers les parcours des « bébés Chirac » :  l’ex Premier ministre Alain Juppé, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, le maire de Meaux Jean-François Copé, Christian Jacob, patron des députés LR et grand favori pour reprendre les rênes du parti en octobre, ou le maire de Troyes François Baroin.

Fin 2016, le président de l’association des maires de France disait déjà au Figaro : « le chiraquisme est mort quand Chirac a arrêté la politique ».