Mort de Jacques Chirac : Avec Nicolas Sarkozy, une relation tumultueuse

DECES L’ancien président de la République, Jacques Chirac, est décédé ce jeudi à l’âge de 86 ans

20 Minutes avec AFP

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Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, lors des états généraux de l'opposition sur l'immigration à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 1er avril 1990.
Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, lors des états généraux de l'opposition sur l'immigration à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 1er avril 1990. — CHESNOT/SIPA

Parrain en politique, proche parmi les proches, traître ou encore ennemi intime… Si Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy assuraient, ces dernières années, n’avoir ni « rancune » ni « haine », les réactions des deux hommes pressés de la politique ont régulièrement défrayé la chronique.

Depuis leur rencontre dans les années 1970, les relations entre les deux hommes ont été passionnées et leurs affrontements se sont souvent fait entendre. En 2011, Jacques Chirac avait même lancé qu’il voterait pour François Hollande à la présidentielle de 2012 contre Nicolas Sarkozy.

En 1995, la trahison de Nicolas Sarkozy pour Balladur

« Je veux dire mon respect à Jacques Chirac qui, en 1975 à Nice, m’a offert mon premier discours ». Le 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy avait pourtant soigneusement choisi ses mots lors de son investiture comme candidat de l’UMP, le parti fondé par le président, qu’il a conquis deux ans plus tôt pour en faire sa machine de guerre électorale. Derrière l’hommage public, le candidat-ministre aime à raconter que ce jour-là, Jacques Chirac lui avait « offert » cinq minutes et qu’il avait monopolisé le micro près d’une demi-heure. Déjà comme un goût de concurrence.

Et Jacques Chirac de se souvenir dans un livre d’entretiens avec Pierre Péan du « jeune militant de Neuilly, qui s’est politiquement engagé à plein pour moi » et auquel il met le pied à l’étrier pour prendre, à 28 ans, la mairie de la ville. Mais qui, déjà, aurait laissé poindre l’ingratitude… « A peine élu, Sarkozy n’a cessé d’expliquer que je n’y étais pour rien. Ça aurait dû faire tilt », poursuit le président. Pour l’heure, le jeune homme entre progressivement dans le premier cercle. Il sera témoin du mariage de Claude Chirac, et ministre du Budget de la deuxième cohabitation. Vient 1995 et la « trahison » du soutien à Edouard Balladur pour la présidentielle. La rupture est à la hauteur de la déception.

Retour à Beauvau en 2005 pour l’ancien protégé

Jugement sec de Jacques Chirac à Pierre Péan : « Sarkozy est très ambitieux, et comme il est très intelligent, il considère que tout doit être mis au service de ses objectifs ». Quand on lui parle de « coups de poignard » en politique, c’est le nom de son ancien protégé qui vient, même si c’est pour dire : « Je me fous éperdument de Sarkozy ou tel autre… ». Elu, Jacques Chirac nomme à Matignon celui qu’il présente comme « le meilleur d’entre nous », Alain Juppé. Ostracisé après la défaite, le maire de Neuilly attend son heure.

En 2002, il revient au gouvernement. Mais ses ambitions affichées lui vaudront de nouveaux ennuis. Sèchement remis à sa place par le président Chirac – « je décide, il exécute » –, il doit démissionner en novembre 2004 pour prendre la tête de l’UMP contre la volonté du chef de l’Etat. Six mois plus tard, après les claques électorales des régionales et du référendum européen, il revient triomphalement, numéro 2 du gouvernement… Et toujours président de l’UMP.

« Si vous regardez bien, il y a beaucoup de points de convergence »

Les piques repartent de plus belle. Le 14 juillet 2005, Sarkozy invite des journalistes à son ministère en pleine garden-party élyséenne, assurant « n’avoir pas vocation à démonter tranquillement les serrures à Versailles pendant que la France gronde ». Les fidèles du président font face, ne manquant pas une occasion de lui décocher des flèches, le Premier ministre Dominique de Villepin en tête. Mais Nicolas Sarkozy finit par rallier à sa candidature la plupart des fidèles chiraquiens.

Pour nombre d’observateurs, si les relations entre les deux hommes ont été à ce point passionnées, c’est parce qu’ils se ressemblent. « Si vous regardez bien, il y a beaucoup de points de convergence », reconnaît Jacques Chirac. « Au fond, peut-être que ce tempérament lui en rappelle un autre », renchérit Nicolas Sarkozy. « En tout cas », concède ce dernier dans son autobiographie Passions (2019), où il détaille ce « lien étrange et complexe » qui l’unit avec « toute la famille Chirac », « je ne serais pas devenu ce que je suis sans eux ».