Mort de Jacques Chirac : Entre l’ancien président et Valéry Giscard d’Estaing, une rivalité tenace

DECES De 1974, leur première alliance, à 2011, où ils siègent ensemble au Conseil constitutionnel, la rivalité entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais cessé

20 Minutes avec AFP

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De nombreuses personnalités étaient présentes comme les deux anciens présidents Jacques Chirac (G) et Valéry Giscard d'Estaing.
De nombreuses personnalités étaient présentes comme les deux anciens présidents Jacques Chirac (G) et Valéry Giscard d'Estaing. — AFP

Opposés pendant plus de trente ans, la rivalité entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac avait atteint son paroxysme avec la « trahison » de Chirac en 1981, ayant contribué à porter au pouvoir François Mitterrand.

Une « honteuse et stupide manœuvre » que Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais pardonnée et qu’il avait racontée dans ses mémoires, Le Pouvoir et la Vie.

« Ce qui l’anime, c’est un désir fanatique d’accéder à la présidence de la République »

En 1981, Jacques Chirac est éliminé au premier tour de l’élection présidentielle, au profit du président sortant Giscard d’Estaing et du candidat socialiste François Mitterrand. Il déclare qu'« à titre personnel », il votera Giscard au second tour. Voulant vérifier une rumeur disant que l’état-major de campagne de Jacques Chirac conseille de voter Mitterrand, Giscard appelle une permanence de Jacques Chirac, un mouchoir sur le combiné pour déguiser sa voix. « Il ne faut pas voter Giscard », répond-on à celui qui se présente comme un militant. Et alors qu’il insiste : « il faut voter Mitterrand ».

Peu avant sa mort, ce dernier lui aurait d’ailleurs confié avoir été élu grâce aux voix apportées par Jacques Chirac, qui lui aurait dit en substance lors d’un dîner secret : « il faut nous débarrasser de Giscard ». « Ce qui l’anime, c’est un désir fanatique d’accéder à la présidence de la République. Cette obsession efface pour lui tout le reste, les convictions aussi bien que le respect des règles », a écrit Giscard au sujet de Chirac. En 2009, il accusera Jacques Chirac – qui démentira – d’avoir fait financer sa campagne de 1981 par le président du Gabon de l’époque, Omar Bongo.

Un climat délétère entre les deux têtes de l’exécutif

A l’origine, les deux hommes avaient pourtant fait alliance. Pour la présidentielle de 1974, Jacques Chirac avait soutenu la candidature de Valéry Giscard d’Estaing avant le premier tour, au détriment du gaulliste Jacques Chaban-Delmas. Ce qui lui avait valu une réputation de traître, mais lui avait ouvert les portes de Matignon, jusqu’à sa démission fracassante le 26 août 1976. « Je ne dispose pas des moyens que j’estime nécessaires pour assurer efficacement mes fonctions, et dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin », avait-il alors déclaré.

Une anecdote racontée par Valéry Giscard d’Estaing, lui-même, illustre le climat délétère qui régnait entre les deux têtes de l’exécutif. L’ancien président disait sa « surprise » de lire, à l’automne 1975 dans un hebdomadaire, qu’en recevant ses invités au fort de Bregançon, il « siégeait sur un trône ». Ses soupçons sur l’origine de cette « médisance » portèrent sur son Premier ministre, bien que ce dernier démentît. Quelques mois après sa démission, Jacques Chirac crée le RPR (Rassemblement pour la République), fin 1976. L’année suivante, il se fait élire maire de Paris face au giscardien Michel d’Ornano, ce qui donne lieu à un conflit très dur entre Chirac et Giscard.

"C’est quelqu’un qui ne m’intéresse pas", déclarait Giscard à propos de Chirac

En 1978, ce dernier fonde l’UDF (Union pour la démocratie française), avec l’ambition de contester la domination du parti gaulliste au sein de la droite. Les hostilités continuent lors des élections européennes de 1979. Jacques Chirac lance son « appel de Cochin », dans lequel il qualifie l’UDF, trop proeuropéenne à ses yeux, de « parti de l’étranger ». En 1995, Giscard soutient pourtant la candidature de Chirac à la présidentielle, alors qu’une grande partie de l’UDF choisit Edouard Balladur. Echange de bons procédés, Chirac appuie en 2001 la candidature de Giscard pour présider la Convention chargée d’élaborer la Constitution de l’UE.

Mais l’échec du référendum de 2005 attise les rancœurs de Valéry Giscard d’Estaing, persuadé que les Français ont voté contre le pouvoir en place – Jacques Chirac est alors président – et non contre son texte. Il se défend pourtant de tout ressentiment. « C’est quelqu’un qui ne m’intéresse pas. De Gaulle m’a fasciné. Helmut Schmidt, je l’ai aimé. Chirac, il n’a jamais occupé mon esprit. Je n’y pense pas », avait-il affirmé en juin 2005 au journaliste Franz-Olivier Giesbert. Entre 2007 et 2011, les deux anciens présidents siègent tous deux au Conseil constitutionnel, ce qui leur donne de nouvelles occasions de se chamailler.