Convention de la droite : Anti-Greta, « esprit libre »… Laurent Alexandre, le «futurologue» qui séduit les conservateurs et le RN

POLITIQUE Le médecin, spécialiste de l’intelligence artificielle, et volontiers provocateur sur les réseaux sociaux, est l’invité de la Convention de la droite organisé par Marion Maréchal samedi

Thibaut Le Gal avec Laure Cometti

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Laurent Alexandre.
Laurent Alexandre. — Alain ROBERT/SIPA
  • Laurent Alexandre, 59 ans, chirurgien urologue de formation, séduit à droite et au RN.
  • L’entrepreneur à succès souhaite que la « révolution liée à l’économie de l’intelligence artificielle » soit prise en compte par les partis politiques.
  • Anti-Greta Thunberg revendiqué, le médecin est très populaire sur les réseaux sociaux.

« Ils aiment bien le fait que j’ose venir les voir, même si je suis un opposant. Ce sont des gens assez isolés. Et comme je me contrefous de ce qu’on peut penser de moi… » Laurent Alexandre, 59 ans, entrepreneur à succès et chirurgien urologue de formation, séduit à droite de l’échiquier politique. Ce « macroniste pro-border [frontières] »*, comme il se définit, était l’invité du Rassemblement national à Fréjus (Var) le 14 septembre, de la Manif pour tous à Port-Marly (Yvelines) le week-end suivant, et est convié à la « Convention de la droite » de Marion Maréchal, ce samedi à Paris.

« Je m’intéresse à un sujet qui n’intéressait personne, l’interaction entre technologies et politique. Je n’ai pas vocation à aller convaincre les macronistes. Ils pensent déjà comme moi et ce ne sont pas eux qui souffriront de la révolution liée à l’économie de l’intelligence artificielle. Mais les classes populaires, qui sont aujourd’hui au RN », dit l'auto-proclamé «futurologue». « Que deviendront les villes dévitalisées comme Calais à l’ère de l’économie de la connaissance, de l’Intelligence artificielle (IA) et du big data ? Aller parler aux losers de la nouvelle économie, ça me paraît utile ».

Marine Le Pen intéressée par ces questions dans la perspective de 2022

Pour le cofondateur de Doctissimo, auteur de plusieurs ouvrages sur le transhumanisme, les nouvelles technologies vont creuser les inégalités entre « gagnants » et « perdants » d’une nouvelle économie. Une thèse qui a intéressé Marine Le Pen, dont la vision politique oppose mondialistes et patriotes. Après un déjeuner avec la présidente du RN en avril 2019, le scientifique s’étonne d’ailleurs, dans une de ses chroniques de l'Express , de la « réflexion sophistiquée » de la frontiste sur ces questions.

« Marine Le Pen l’a écouté avec intérêt. L’IA, les neurosciences, l’humanité augmentée, seront des sujets incontournables dans le cadre de la présidentielle 2022 », indique Antoine Mellies, nouveau patron RN du Rhône, à l’origine de la rencontre. « La politique 2.0 pose de nombreux enjeux, sur notre rapport aux GAFA, la souveraineté numérique, les implications sociétales, la place de l’Europe dans le jeu Chine-Etats-Unis… »

« Il faut que le RN ait une réflexion sur ce grand sujet politique, confirme Philippe Olivier, conseiller spécial de Marine Le Pen. Laurent Alexandre est un homme d’une grande intelligence, qui n’est pas de notre chapelle. Mais c’est un esprit libre, qui n’hésite pas à dire des choses qui ne vont pas dans le sens courant ».

Des thèses populaires mais critiquées par certains scientifiques

La popularité de Laurent Alexandre, dont certaines vidéos ont été vues plusieurs centaines de milliers de fois sur YouTube, s’explique aussi par une certaine liberté de ton, voire un goût pour la provocation. Pas étonnant de retrouver le scientifique aux 59.000 abonnés Twitter invité de la Convention de la droite samedi, avec Eric Zemmour, Gilbert Collard, Robert Ménard ou Raphaël Enthoven. « Son succès vient de l’appauvrissement du débat. Il ose affirmer ses idées à la manière d’un Boris Johnson, d’un Donald Trump, ou même d’un Emmanuel Macron, en parlant directement à la base, sans complexe ni peur de bousculer », salue Erik Tegner, l’un des organisateurs, proche de Marion Maréchal.

« C’est un lanceur d’alerte, quelqu’un d’extrêmement rigoureux. Il aime bousculer la pensée unique, sortir des discours aseptisés », abonde Jean-François Copé, qui a motivé le scientifique à co-écrire L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? (J.C. Lattès, 2019). « Les politiques ne parlent pas d’IA, car ils ont peur de faire peur. Cela veut dire parler d’emplois, de souveraineté, d’enjeux géopolitiques, reprend le maire Les Républicains de Meaux. Laurent Alexandre est passionné par la chose publique et défend ses convictions avec beaucoup de force ».

Ses thèses sont toutefois critiquées par certains scientifiques. « Vision simplificatrice », « méconnaissance de la génétique », « corrélations absurdes »… Trois spécialistes dénonçaient les visions « eugénistes » de Laurent Alexandre dans l’Express en mars 2018 . Le mois suivant, dans Le Monde, un collectif de 20 chercheurs faisait part de son « inquiétude face au retour d’un discours pseudo-scientifique ».

Ses attaques contre Greta Thunberg populaires sur les réseaux sociaux

« Il peut avoir un côté brutal, pour choquer, faire réfléchir. Il a compris que pour faire parler d’un sujet, il fallait être clivant, malheureusement. Il fait le buzz car il estime qu’il y a un défaut de connaissance sur l’intelligence artificielle et souhaite réveiller le monde politique », indique Pierre-Alain Raphan, député LREM de l’Essonne, auteur d’une thèse sur l’IA et la démocratie.

« Sa méthode, je la comprends mais je ne la partage pas forcément. Elle est utile pour les politiques, mais peut produire l’effet inverse sur les citoyens, qui ont besoin d’éléments rassurants pour éviter les fantasmes autour de ces questions », poursuit le parlementaire, qui échange régulièrement avec l’homme d’affaires. « D’ailleurs, quand vous discutez en tête-à-tête avec lui, sa méthode est plus douce. Il parle alors davantage d’éducation que de fin du monde », ajoute-t-il.

Laurent Alexandre, président de DNAVision, entreprise de séquençage ADN, assume de cliver. « Je m’en tamponne ! Je ne suis pas provoc, je dis toujours ce que je pense, dans une période où la liberté de parole n’est pas défendue. Je suis clivant, car je combats les prophètes de malheurs comme Greta Thunberg, symbole d’une dérive sectaire apocalyptique ».

La militante de la lutte contre le réchauffement climatique est une cible privilégiée de Laurent Alexandre. Ses innombrables attaques contre la médiatique adolescente trouvent un écho à droite, et alimentent la popularité du scientifique sur les réseaux sociaux. L’ancien compagnon de route du libéral Alain Madelin dit « chercher à ne séduire personne », mais simplement vouloir porter son discours « dans tous les cénacles », face à tous les publics. Ou presque. « Il n’y a pas de débat possible avec Greta, on ne débat pas avec Jeanne d’Arc », dit-il. La formule plaira sans doute au public de Marion Maréchal samedi.

*Laurent Alexandre cite l’immigration comme seul point de divergence avec Emmanuel Macron.