Relations franco-italiennes: Emmanuel Macron en visite à Rome pour tenter de tourner la page Salvini

POLITIQUE Le chef de l’Etat français rencontrera le président du Conseil italien, à la tête d’un nouveau gouvernement, après des mois de relations « difficiles » entre les deux pays

T.L.G.

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Guiseppe Conte and Emmanuel Macron.
French President Emmanuel Macron and Prime Minister of Italy Guiseppe Conte during a press conference at Elysee Palace.
Paris, FRANCE-15/06/2018
Guiseppe Conte and Emmanuel Macron. French President Emmanuel Macron and Prime Minister of Italy Guiseppe Conte during a press conference at Elysee Palace. Paris, FRANCE-15/06/2018 — JACQUES WITT/SIPA
  • Emmanuel Macron sera en visite à Rome ce mercredi pour rencontrer les dirigeants italiens.
  • Paris et Rome souhaitent mettre fin aux tensions entre les deux pays et tourner la page Matteo Salvini.
  • La question des migrants devrait être un des sujets principaux évoqués.

Après les tensions, l’apaisement. Emmanuel Macron sera à Rome ce mercredi pour rencontrer le président italien Sergio Mattarella et le président du Conseil Giuseppe Conte. La visite permettra d’afficher l’amélioration des relations franco-italiennes, depuis la chute de l'ex vice-Premier ministre Matteo Salvini, le 5 septembre dernier.

« Le président français et Giuseppe Conte souhaitaient se voir rapidement après la formation du nouveau gouvernement italien. Cette rencontre est importante sur le fond mais aussi sur le plan symbolique […] après de longs moments de doutes ou de difficultés ces derniers mois », résume l’Elysée.

Salvini et Macron, 14 mois d’affrontement

Paris et Rome souhaitent mettre fin aux tensions sans précédent entre les deux pays, lors des 14 mois au pouvoir de la coalition entre La Ligue et le Mouvement 5 étoiles. L’ex vice-Premier ministre Matteo Salvini avait par exemple fustigé l'«arrogance» et l'«hypocrisie» d'Emmanuel Macron en matière d’immigration, l’accusant de gouverner «contre son peuple» en pleine crise des « gilets jaunes ». Le président français avait lui dénoncé la «lèpre nationaliste», faisant du chef du gouvernement italien son « opposant principal ». La tension était encore montée d’un cran lorsque le patron du M5 et ministre Luigi Di Maio avait traversé la frontière pour rencontrer des représentants des « gilets jaunes », entraînant le rappel de l'ambassadeur français, une première depuis 1940.

« L’Italie avait déjà connu des tensions, avec l’Union européenne notamment lorsque Berlusconi était au pouvoir, mais de pas de la sorte avec un seul autre pays », affirme Ludmila Acone, historienne spécialiste de l’Italie. « Le nouveau gouvernement Conte a aujourd’hui la faveur de l’UE. La visite d’Emmanuel Macron s’inscrit aussi dans ce changement d’axe dans la représentation de l’Italie au niveau européen, avec l’arrivée de David Sassoli à la présidence du Parlement européen, et Paolo Gentiloni aux Affaires économiques de la Commision, deux membres du Parti démocrate (centre gauche) au pouvoir »

Un gouvernement plus ouvert sur la question des migrants

Emmanuel Macron évoquera avec son homologue italien les prochaines échéances européennes, la situation en Libye et les relations économiques bilatérales. Mais le sujet le plus brûlant reste celui des migrants, principale pomme de discorde entre les deux capitales ces derniers mois. « Sur l’accueil des bateaux comme le Sea Watch, Conte avait eu une position plus nuancée que Salvini même s’il ne l’avait pas pour autant désavoué. La situation sera désormais différente puisque deux des trois forces au pouvoir, le Parti démocrate et Libres et égaux (gauche), sont plus ouverts sur la question migratoire », avance Ludmila Acone.

Le nouveau gouvernement a déjà rouvert les ports italiens aux navires de sauvetage en laissant débarquer samedi 82 migrants de l'Ocean Viking à Lampedusa. Paris a affiché son optimisme en se disant « sûr » de pouvoir « trouver des solutions communes dans les prochaines semaines avec l’Italie ». Mais la priorité reste de construire « une solution durable et stable » entre pays européens, notamment sur la répartition des migrants débarqués en Italie ou à Malte. L’Elysée se montre prudent, pour ne pas alimenter les critiques de Matteo Salvini, qui dénonce un gouvernement italien aux ordres « de Paris, Berlin et Bruxelles ».